Laissez couler, mes yeux, laissez couler vos pleurs,
Donnez nouvelles eaux à leur source lassée,
Mon cœur, ouvrez la porte aux plus vives douleurs,
Ma sentence de mort vient d'être prononcée !

Cette belle qui tient mon esprit attaché
D'un lien qui me fait adorer mon servage,
Ose dire qu'aimer est commettre un péché,
Et qu'en la désirant j'ai commis un outrage !

Hélas ! si c'est pécher qu'aimer parfaitement,
Je suis d'un grand péché coupable en ma constance,
Mais je tiens à faveur d'en avoir châtiment,
Et crois que c'est péché d'en avoir repentance.

Je n'ai pu voir son œil sans en être enflammé ;
Il m'a semblé trop doux pour y craindre un supplice,
Mais en me punissant pour l'avoir trop aimé,
La cause de mon mal l'accuse d'injustice.

Lors que cette beauté me rendit son sujet,
Ma raison prévit bien sa rigueur inconnue,
Mais je ne peux quitter un si plaisant objet,
Ni plaire à ma raison pour déplaire à ma vue.

Sans penser qu'elle dût avoir tant de rigueur,
Je perdis sans regret ma liberté pour elle,
Mais bien qu'elle ait changé, je n'aime encor mon cœur
Que pour lui voir aimer son humeur infidèle.


Etienne Durand

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