… Alors j’ouïs le bruit d’un océan qui roule
Sous le fouet terrible des vents,
Et je vis s’agiter une innombrable foule
Toute pareille aux flots mouvants.
Et les cœurs frémissaient d’une horrible colère,
Pâmés en des transports ardents ;
Et, dans les rangs pressés, le tigre populaire
S’éveillait en grinçant des dents.
Hommes, femmes, enfants, … l’infernale cohorte
Faite des bourbes de Paris,
Se réveillait soudain, menaçante et plus forte,
Remplissant l’air d’horribles cris.
Forçats, monstres, démons, meute folle et sans maître,
Lâchée en un essor puissant,
Qui peut les retenir ? La Terreur va renaître,
Et la Seine rouler du sang.
Ainsi qu’aux jours affreux d’une époque lointaine,
La plus sombre d’un grand passé,
Un souffle de malheur, de vengeance et de haine
Chasse le peuple courroucé.
Le drapeau rouge flotte et jette sur les têtes
Un reflet sinistre et sanglant ;
Il ondule… on dirait qu’un souffle de tempêtes
Passe dans l’air étincelant.

Alors, sur les degrés d’un bâtiment de pierre
Où montait le flot dévorant,
Le front haut et serein et la démarche altière,
Parut un homme pâle et grand.
Comme, durant les jours de la splendeur romaine,
On voyait le gladiateur
Descendre calme et grave au milieu de l’arène
Parmi les fauves en fureur,
Dans ce pressant danger montrant sa force d’âme
Et sa puissante volonté,
Il avançait sans trouble, et son regard de flamme
Rayonnait d’intrépidité.
D’un geste impérieux il fit taire la foule,
Calma l’orage déchaîné,
Et sa parole, ainsi qu’un fleuve qui s’écoule,
Vibra sous l’espace étonné.
Ce fut une éloquence étrange et magnifique,
Ce fut un éblouissement,
Où l’on vit se dresser la jeune République,
Sereine en son blanc vêtement.
Et quand sa voix se tut, vers le ciel emportée,
Abaissant ses regards altiers,
Le tigre lui léchait les pieds.


Alice de Chambrier

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