Le cœur de l'homme est l'énigme du Sphinx ;
Si l'on pouvait avec les yeux du Linx,
De ses replis éclairer la souplesse,
L'œil étonné, de maints hauts faits vantés
Démêlerait les ressorts effrontés
Dont un prestige a fardé la bassesse.
Ces Conquérants, sous les noms imposteurs
De liberté, de soutiens, de vengeurs,
A l'œil surpris découvriraient peut-être
Un scélérat, honteux de le paraître ;
Ces Moines saints, les yeux en Paradis,
Décèleraient sous la haire souillée,
Un cœur brûlé de la soif des Houris,
Une âme sèche, à l'intrigue pliée,
Et l'Avarice, en Lazare habillée ;
L'homme puissant, dans son humilité,
Le vil ragoût d'une lâche fierté ;
Dans l'amitié, l'on verrait l'espérance ;
Et dans l'amour, non le tribut du cœur,
Mais le fardeau de son indifférence ;
Parfois dans l'un un grain de suffisance,
Parfois dans l'autre une jalouse humeur.
Homère a beau nous peindre dans Achille,
D'un bras fougueux le courage indompté,
Il était homme et fut resté tranquille,
Sans l'aiguillon d'un peu de vanité,
Sans Briséïs et la nécessité.
[…]
Dans la vertu l'audace se ranime,
Et la faiblesse est compagne du crime.


Louis Antoine Léon de Saint-Just

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