« Wieland ! tu dors, Wieland ! »
C'est Égile et son rire et son arc ;
« Qu'as-lu fait de ta nuit, Wieland ? »
Égile rit et se moque ;
Et Slafide, qui le suit, interpelle :
« Es-tu las, ce matin, de l'enclume ?
Ou c'est elle qui est lasse ! »
« – Oui » , dit Wieland.
« – Ta forge t'enfume !
Viens-t'en donc avec nous à la chasse ;
Prends des lacets. »
« – Prends un arc à ta force ;
Viens chasser ! »

Wieland prend l'arc et le tend
Et le brise en riant :
« Que veux-tu que j'en fasse ? »
« – Prends ton épée, alors ; mais viens-t'en ! »
« – Je ne prends que la force
De mes bras dont l'étreinte étouffe. »
« – Prends ta force, et ce sera assez » ,
Dit Slafide ;
Et l'Égile, qui riait, dit : « Qui sait ? »
Ils s'en furent en troupe.

Étant jeunes ils chantaient, en cadence, à mi-voix ;
Mais, dès l'orée franchie.
Chacun fut à sa guise
A travers le grand bois :
Slafide, compter aux lacets ses prises,
Égile, guetter un passage de bête annoncée,
Et Wieland s'en alla, sans surprise,
Guidé par l'arôme subtil qui le grise.
Tout  le long du val noir
Jusqu'au lac entrevu
A  travers le branchis,
Par-delà l'ombre dense,
Comme un miroir brisé,
Où l'azur du ciel danse
Irisé.


Francis Vielé-Griffin

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