Le fort sommeil, que celeste on doibt croyre,
Plus doulx que miel, couloit aux yeulx lassez
Lors que d’amour les plaisirs amassez
Entrent en moy par la porte d’ivoyre.

J’avoy’lié ce col de marbre : voyre
Ce sein d’albastre en mes bras enlassez
Non moins qu’on void les ormes embrassez
Du sep lascif, au fecond bord de Loyre.

Amour avoit en mes lasses mouëlles
Dardé le traict de ses flammes cruelles,
Et l’ame erroit par ces levres de roses.

Preste d’aller au fleuve oblivieux
Quand le reveil de mon ayse envieux
Du doulx sommeil a les portes decloses.

Joachim du Bellay

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