Dans le beau siècle d’or, quand les premiers humains,
Au milieu d’une paix profonde,
Coulaient des jours purs et sereins,
La Vérité courait le monde
Avec son miroir dans les mains.
Chacun s’y regardait, et le miroir sincère
Retraçait à chacun son plus secret désir,
Sans jamais le faire rougir :
Temps heureux qui ne dura guère !
L’homme devint bientôt méchant et criminel.
La Vérité s’enfuit au ciel,
En jetant de dépit son miroir sur la terre.
Le pauvre miroir se cassa.
Ses débris, qu’au hasard la chute dispersa,
Furent perdus pour le vulgaire.
Plusieurs siècles après on en connut le prix ;
Et c’est depuis ce temps que l’on voit plus d’un sage
Chercher avec soin ces débris,
Les retrouver parfois ; mais ils sont si petits,
Que personne n’en fait usage.
Hélas ! le sage, le premier,
Ne s’y voit jamais tout entier.


Jean-Pierre Claris de Florian

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