Un jour un homme au large et froid cerveau
Déchaîne les chiens de la guerre,
Leur dit : carnage ! Et lance le troupeau
Sur l’océan et sur la terre ;

Pour exciter leurs sombres aboîments,
Tenir leurs gueules haletantes,
Il met en flamme, et les moissons des champs,
Et les toits des villes croulantes ;

Dans le sang pur il fait marcher les rois,
Et bravant son peuple en furie,
Charge l’impôt et ses énormes poids
Sur l’épaule de la patrie ;

Et puis enfin, succombant au fardeau,
Faible, épuisé, manquant d’haleine,
Avant le temps, sans jeunesse, au tombeau
Il descend dévoré de haine.

Et tant de mal, pourquoi ? Pour rendre vain
L’effort de cette pauvre France,
Qui, l’œil en feu, criait au genre humain :
Le monde est libre, qu’il avance !

Pour arracher à ses baisers brûlants
Le front de sa sœur l’Angleterre,
Qui cependant après quinze ou vingt ans,
Remise à peine de la guerre,

Sans lutte ardente et sans nouveau combat
Des antiques jours se détache,
Et d’un bras fort, dans l’arbre de l’état
Plante elle-même un coup de hache.

Ô William Pitt, ô nocher souverain,
Ô pilote à la forte tête !
Il est bien vrai que ton cornet d’airain
Domina toujours la tempête ;

Qu’inébranlable et ferme au gouvernail
Comme un Neptune tu sus faire,
Devant ta voix, tomber le sourd travail
De la grande onde populaire.

Mais quatorze ans, l’âge au plus d’un oiseau,
De ton pouvoir fut l’étendue,
Et ton bras mort, le fleuve de nouveau
Reprit sa course suspendue.

Ah ! Le fou rire a dû prendre à l’enfer
Au bruit de tes gestes sublimes ;
Car pour un temps si court, ô cœur de fer !
Fallait-il donc tant de victimes ?

Fallait-il donc faire pleuvoir le sang
Comme la nue au ciel éclate,
Et revêtir la terre et l’océan
D’un large manteau d’écarlate ?


Auguste Barbier

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