Si vous souhaitez lire ou relire les poèmes les plus célèbres et les plus beaux de Charles Péguy, vous êtes au bon endroit. Bien que l’art soit subjectif, j’ai tenté de sélectionner des poèmes incontournables de ce poète en me basant sur mes préférences personnelles et leur présence dans plusieurs anthologies de la poésie française que j’ai pu lire.

Voici le meilleur de la poésie de Charles Péguy.

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Adieu à la Meuse - Charles Péguy

Adieu, Meuse endormeuse et douce à mon enfance,
Qui demeures aux prés, où tu coules tout bas.
Meuse, adieu : j'ai déjà commencé ma partance
En des pays nouveaux où tu ne coules pas.

Voici que je m'en vais en des pays nouveaux :
Je ferai la bataille et passerai les fleuves ;
Je m'en vais m'essayer à de nouveaux travaux,
Je m'en vais commencer là-bas les tâches neuves.

Et pendant ce temps-là, Meuse ignorante et douce,
Tu couleras toujours, passante accoutumée,
Dans la vallée heureuse où l'herbe vive pousse,

Ô Meuse inépuisable et que j'avais aimée.

Tu couleras toujours dans l'heureuse vallée ;
Où tu coulais hier, tu couleras demain.
Tu ne sauras jamais la bergère en allée,
Qui s'amusait, enfant, à creuser de sa main
Des canaux dans la terre, à jamais écroulés.

La bergère s'en va, délaissant les moutons,
Et la fileuse va, délaissant les fuseaux.
Voici que je m'en vais loin de tes bonnes eaux,
Voici que je m'en vais bien loin de nos maisons.

Meuse qui ne sais rien de la souffrance humaine,
Ô Meuse inaltérable et douce à toute enfance,
Ô toi qui ne sais pas l'émoi de la partance,
Toi qui passes toujours et qui ne pars jamais,
Ô toi qui ne sais rien de nos mensonges faux,

Ô Meuse inaltérable, ô Meuse que j'aimais,

Quand reviendrai-je ici filer encor la laine ?
Quand verrai-je tes flots qui passent par chez nous ?
Quand nous reverrons-nous ? Et nous reverrons-nous ?

Meuse que j'aime encore, ô ma Meuse que j'aime…

Quatrains - Charles Péguy

Cœur dur comme une tour,
Ô cœur de pierre,
Donjon de jour en jour
Vêtu de lierre.

De tous liens lié
A cette terre,
Ô cœur humilié,
Cœur solitaire.

Cœur qui as tant crevé
De pleurs secrets,
Buveur inabreuvé,
Cendre et regrets.

Cœur tant de fois baigné
Dans la lumière,
Et tant de fois noyé
Source première.

Ô cœur laissé pour mort
Dans le fossé,
Cœur tu battais encore,
Ô trépassé.

Ô cœur inexploré,
Vaste univers,
Idole décorée,
Jardin d'hiver.

Ô vase de regret
Plein jusqu'aux bords
Du venin d'un remords
Inespéré…

Ô vieil arbre écorcé,
Rongé des vers,
Vieux sanglier forcé,
Ô cœur pervers…

Cœur qui as tant saigné
D'amour, de haine,
Ô cœur mal résigné
De tant de peine.

Cœur tant de fois flétri
Au dur labeur,
Cœur tant de fois fleuri
Aux soirs de mai…

Cœur tant de fois forgé
Sous le marteau,
Cœur tant de fois crevé
Sous le couteau…

Cœur qui a tant rêvé,
Ô cœur charnel,
Ô cœur inachevé
Cœur éternel.

Cœur qui a tant battu,
D'amour, d'espoir,
Ô cœur trouveras-tu
La paix du soir…

Cœur tant de fois pétri,
Ô pain du jour,
Cœur tant de fois meurtri,
Levain d'amour.

Cœur qui a tant battu,
D'amour, de haine,
Cœur tu ne battras plus
De tant de peine.

Cœur dévoré d'amour,
Te tairas-tu,
Ô cœur de jour en jour
Inentendu…

Cœur plein d'un seul regret
Poignant et bref,
Comme un unique fret
Charge une nef.

Cœur plein d'un seul regret
Poignant et sourd,
Comme un fardeau trop lourd
Charge une nef.

Cœur vaisseau démarré
A charge pleine,
Vaisseau désemparé
De sa misaine.

Cœur plein d'un seul amour,
Désaccordé,
Ô cœur de jour en jour
Plus hasardé…

Dans ce noble séjour,
Cœur attardé,
Plein d'un secret si lourd,
Mur lézardé…

Ô cœur exténué,
Péri d'amour,
Ô cœur de jour en jour
Destitué…

Ô peine aux longs cheveux
Couchée au lit
De l'homme que tu veux
Enseveli.

Ô peine aux longs cheveux
Couchée au long
De l'homme juste et bon
Au même lit.

Enseveli sois-tu
Dans cet amour
Et dans cette vertu
Et cette tour.

Loué sois-tu, cœur frêle,
Pour ta rudesse,
Loué sois-tu, cœur grêle,
Pour ta tristesse.

Pour tes renoncements,
Ô dépouillé,
Pour tes abaissements,
Ô cœur souillé.

Cœur tant de fois cloué
Au dur gibet,
Tant de fois bafoué
De quolibets.

Et pardonné sois-tu,
Notre cœur, vil,
Au nom des Trois Vertus,
Ainsi soit-il.

Tu avais tout pourvu,
Ô confident,
Tu avais tout prévu,
Ô provident.

Tu avais tout pourvu,
Fors d'une fièvre,
Tu avais tout prévu,
Fors que deux lèvres…

Tu avais tout pourvu,
Fors une flamme,
Tu avais tout prévu,
Fors une autre âme.

Tu avais fait ton compte,
Ô prévoyant,
Tu n'avais oublié
Qu'un cœur battant…

Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres - Charles Péguy

Étoile de la mer voici la lourde nappe
Et la profonde houle et l'océan des blés
Et la mouvante écume et nos greniers comblés,
Voici votre regard sur cette immense chape

Et voici votre voix sur cette lourde plaine
Et nos amis absents et nos cœurs dépeuplés,
Voici le long de nous nos poings désassemblés
Et notre lassitude et notre force pleine.

Étoile du matin, inaccessible reine,
Voici que nous marchons vers votre illustre cour,
Et voici le plateau de notre pauvre amour,
Et voici l'océan de notre immense peine.

Un sanglot rôde et court par-delà l'horizon.
À peine quelques toits font comme un archipel.
Du vieux clocher retombe une sorte d'appel.
L'épaisse église semble une basse maison.

Ainsi nous naviguons vers votre cathédrale.
De loin en loin surnage un chapelet de meules,
Rondes comme des tours, opulentes et seules
Comme un rang de châteaux sur la barque amirale.

Deux mille ans de labeur ont fait de cette terre
Un réservoir sans fin pour les âges nouveaux.
Mille ans de votre grâce on fait de ces travaux
Un reposoir sans fin pour l'âme solitaire. [...]

J’espère de cette sélection des poèmes les plus beaux et les plus connus de Charles Péguy vous a plu. Pour découvrir plus d’œuvres de ce poète sur Poetica Mundi, n’hésitez pas à utiliser le lien ci-dessous.

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