LE POÈTE.

Voici venir l’automne, hirondelle frileuse.
Bientôt s’effeuilleront mes rosiers défleuris.
Un ciel brumeux et noir s’étendra sur Paris,
Et tu me quitteras, petite voyageuse.

Hirondelle, où vas-tu quand tu me dis adieu ?


L’HIRONDELLE.

Je passe tous les ans la Méditerranée.
J’habite, sur un fleuve, une île fortunée
Où la pervenche est rose et le nymphaea bleu.

LE POÈTE.

Ah ! quand s’achèvera ton voyage tranquille,
Dans mon triste Paris, moi, j’aurai froid au cœur ;
Et je souffrirai seul dans cette grande ville
Où je n’ai plus de mère et n’ai pas une sœur.


L’HIRONDELLE.

Poëte, pour t’aimer, n’est-il pas une femme ?

LE POÈTE.

Souvenir d’autrefois... la femme que j’aimais
Dort sous les gazons verts qu’ombragent les cyprès.


L’HIRONDELLE.

Jamais un autre amour n’éclora dans ton âme ?
Aux branches des rosiers quand une rose meurt.
Parfois j’ai vu renaître une rose nouvelle
Qui sur la même branche épanouit sa fleur.


LE POÈTE.

Bénis soient tes amours, bienheureuse hirondelle !
Moi, j’ai connu, dans l’ombre et la fraîcheur des bois,
Des plantes qui jamais n’ont fleuri qu’une fois.


André Lemoyne

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