À travers la forêt de folles arabesques
Que le doigt du sommeil trace au mur de mes nuits,
Je vis, comme l’on voit les Fortunes des fresques,
Un jeune homme penché sur la bouche d’un puits.

Il jetait, par grands tas, dans cette gueule noire
Perles et diamants, rubis et sequins d’or,
Pour faire arriver l’eau jusqu’à sa lèvre, et boire ;
Mais le flot flagellé ne montait pas encor.

Hélas ! que d’imprudents s’en vont aux puits, sans corde,
Sans urne pour puiser le cristal souterrain,
Enfouir leur trésor afin que l’eau déborde,
Comme fit le corbeau dans le vase d’airain !

Hélas ! et qui n’a pas, épris de quelque femme,
Pour faire monter l’eau du divin sentiment,
Jeté l’or de son cœur au puits sans fond d’une âme,
Sur l’abîme muet penché stupidement !


Théophile Gautier

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