Les claires heures des printemps
Sont des gemmes qu’en leurs largesses
Nous jettent des cieux éclatants
Les mains d’invisibles princesses.

Tous ces joyaux spirituels,
Tombés des célestes Golcondes,
Tiennent des bonheurs virtuels
Cachés dans leurs clartés profondes.

Et cependant, c’est vainement
Qu’elles viennent, les gemmes rares,
Livrer leur resplendissement
À nos doigts de mauvais avares.

Car nous entassons, jamais las
De nos espérances subtiles,
Pour un jour qui ne viendra pas
Les belles perles inutiles.

Mon Dieu ! mes mains d’enfouisseur
Ont-elles fait quelque œuvre bonne ?
Écoute ! Un reproche obsesseur
Dans les lents angelus résonne.

Tandis qu’éperdument j’attends
L’éveil d’une impossible aurore,
Le trésor stérile du Temps
S’avilit et se décolore.

Et je vis, n’ayant dans mon cœur
Que des souvenances banales…
Ô perles qu’un mage moqueur
Transforme en feuilles automnales !


Éphraïm Mikhaël

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