L’enfant avril est le frère 
De l’enfant amour ; tous deux 
Travaillent en sens contraire 
À notre cœur hasardeux. 

L’enfant amour nous rend traîtres, 
L’enfant avril nous rend fous. 
Ce sont les deux petits prêtres 
Du supplice immense et doux. 

La mousse des prés exhale 
Avril, qui chante drinn drinn, 
Et met une succursale 
De Cythère à Gretna-Green. 

Avril, dont la fraîche embûche 
À nos vices pour claqueurs, 
De ses petits doigts épluche 
Nos scrupules dans nos cœurs. 

Cependant il est immense ;
Cet enfant est un géant ;
Il se mêle à la démence 
Qu’a l’Éternel en créant. 

Lorsqu’il faut que tout rayonne, 
Et que tout paye un tribut, 
Avril se proportionne 
À l’énormité du but.

La rosée est son mystère ;
Travail profond ! sa lueur 
Au front sacré de la terre 
Fait perler cette sueur. 

Victor Hugo

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