Voici une belle sélection de poèmes sur le mois de décembre.

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Décembre - William Chapman

Il neige incessamment, il neige jour et nuit.
Le mont est blanc, le val est blanc, la plaine est blanche.
Tout s’efface, tout sombre et tout s’évanouit
Sous les flots de l’immense et muette avalanche.

Il neige jour et nuit, il neige incessamment ;
Le lourd linceul mouvant s’épaissit d’heure en heure.
Parfois le vent glacé pousse le bramement
Du grand cerf aux abois qui s’affaisse et qui pleure.

Sur le suaire aux plis fugaces et luisants,
Qui dérobent le sein de la terre marâtre,
Dans leurs longs traîneaux bruts, les rudes paysans
Vont charroyant le bois qui doit flamber dans l’âtre.

À la ville, parmi les cris et les sanglots
Du nordet secouant des parcs les froids branchages,
Des rayons de l’aurore aux ombres du soir clos,
Tintent les grelots d’or des pompeux équipages.

Le grand flambeau du jour hâtivement s’éteint.
Qu’importe ! Sous nos toits abonde la lumière,
Et la Gaîté bruit et court, comme un lutin,
Du log house fumeux à la villa princière.

L’Espoir fallacieux sourit à des milliers ;
Et, bercés par des chants d’anges ou de sirènes,
En songe les enfants déjà dans leurs souliers
Voient le bon Santa Claus déposer leurs étrennes.

Et puis, pour saluer, narguant l’hiver cruel,
Dans l’an neuf qui s’avance, un bonheur qu’il espère,
Sous le rayonnement de l’arbre de Noël,
Près du feu pétillant, chacun lève son verre.

Mois de décembre - François Coppée

Le hibou parmi les décombres
Hurle, et Décembre va finir ;
Et le douloureux souvenir
Sur ton cœur jette encor ses ombres.

Le vol de ces jours que tu nombres,
L'aurais-tu voulu retenir ?
Combien seront, dans l'avenir,
Brillants et purs ; et combien, sombres ?

Laisse donc les ans s'épuiser.
Que de larmes pour un baiser,
Que d'épines pour une rose !

Le temps qui s'écoule fait bien ;
Et mourir ne doit être rien,
Puisque vivre est si peu de chose.

Décembre - Louis-Honoré Fréchette

Le givre étincelant, sur les carreaux gelés,
Dessine des milliers d'arabesques informes ;
Le fleuve roule au loin des banquises énormes ;
De fauves tourbillons passent échevelés.

Sur la crête des monts par l'ouragan pelés,
De gros nuages lourds heurtent leurs flancs difformes ;
Les sapins sont tout blancs de neige, et les vieux ormes
Dressent dans le ciel gris leurs grands bras désolés.

Des hivers boréaux tous les sombres ministres
Montrent à l'horizon leurs figures sinistres ;
Le froid darde sur nous son aiguillon cruel.

Evitons à tout prix ses farouches colères ;
Et, dans l'intimité, narguant les vents polaires,
Réchauffons-nous autour de l'arbre de Noël.

Sonnet de décembre - Joséphin Soulary

L’hiver est là. L’oiseau meurt de faim ; l’homme gèle.
Passe pour l’homme encor ; mais l’oiseau, c’est pitié !
Dans un bouquin rongé des rats plus qu’à moitié
J’ai lu qu’il paie aussi la faute originelle.

La bise a mangé l’air, durci le sol, lié
Les ruisseaux. — Temps propice aux heureux ! La flanelle
Les couvre ; au coin du feu le festin les appelle.
Mais les autres ?… Sans doute ils auront mal prié !

Le soleil disparaît sous la brume glacée ;
C’est l’acteur des beaux jours qui, la toile baissée,
Prépare sa rentrée au prochain renouveau ;

Et, tandis qu’on grelotte, il vient, par intervalle,
Regarder plaisamment, l’œil au trou du rideau,
La grimace que fait son public dans la salle.

Décembre - Émile Verhaeren

- Ouvrez, les gens, ouvrez la porte,
je frappe au seuil et à l'auvent,
ouvrez, les gens, je suis le vent,
qui s'habille de feuilles mortes.

- Entrez, monsieur, entrez, le vent,
voici pour vous la cheminée
et sa niche badigeonnée ;
entrez chez nous, monsieur le vent.

- Ouvrez, les gens, je suis la pluie,
je suis la veuve en robe grise
dont la trame s'indéfinise,
dans un brouillard couleur de suie.

- Entrez, la veuve, entrez chez nous,
entrez, la froide et la livide,
les lézardes du mur humide
s'ouvrent pour vous loger chez nous.

- Levez, les gens, la barre en fer,
ouvrez, les gens, je suis la neige,
mon manteau blanc se désagrège
sur les routes du vieil hiver.

- Entrez, la neige, entrez, la dame,
avec vos pétales de lys
et semez-les par le taudis
jusque dans l'âtre où vit la flamme.

Car nous sommes les gens inquiétants
qui habitent le Nord des régions désertes,
qui vous aimons - dites, depuis quels temps ? -
pour les peines que nous avons par vous souffertes.

Demain - Louisa Siefert

Au dehors un temps gris de décembre. Au dedans
Le poêle froid, le lit vendu, le métier vide.
Assis, les bras croisés, calme, muet, livide,
L'ouvrier regardait, sa pipe éteinte aux dents.

Debout, sombre, les poings serrés, les yeux ardents,
Sa femme à son côté pleurait ; et chaque ride,
Comme un sillon creusé dans une terre aride,
Buvait sans les tarir ces flots trop abondants.

Et quand nous vîmes là cet homme et cette femme,
Et cette chambre nue et ce foyer sans flamme,
Nous eûmes le cœur pris d'une immense pitié.

Elle, devant nos mains pleines, baissa la tête
En rougissant ; mais lui, n'entendant qu'à moitié :
« Femme, as-tu pas encor dix sous ? donne à la quête ! »

Du silence V - Georges Rodenbach

Les miroirs, par les jours abrégés des décembres,
Songent-telles des eaux captives-dans les chambres,
Et leur mélancolie a pour causes lointaines
Tant de visages doux fanés dans ces fontaines
Qui s'y voyaient naguère, embellis du sourire !
Et voilà maintenant, quand soi-même on s'y mire,
Qu'on croit y retrouver l'une après l'autre et seules
Ces figures de sœurs défuntes et d'aïeules
Et qu'on croit, se penchant sur la claire surface,
Y baiser leurs fronts morts, demeurés dans la glace !

Frisson - Théophile Gautier

Un brouillard épais noie
L'horizon où tournoie
Un nuage blafard,
Et le soleil s'efface,
Pâle comme la face
D'une vieille sans fard ;

La haute cheminée,
Sombre et chaperonnée
D'un tourbillon fumeux,
Comme un mât de navire,
De sa pointe déchire
Le bord du ciel brumeux ;

Sur un ton monotone
La bise hurle et tonne
Dans le corridor noir :
C'est l'hiver, c'est décembre,
Il faut garder la chambre
Du matin jusqu'au soir.

Les fleurs de la gelée
Sur la vitre étoilée
Courent en rameaux blancs,
Et mon chat qui grelotte
Se ramasse en pelote
Près des tisons croulants.

Moi, tout transi, je souffle,
À griller ma pantoufle,
À rougir mes chenets,
Mon feu qui se déploie
Et sur la plaque ondoie
En bleuâtres filets.

Adieu les promenades
Sous les fraîches arcades
Des verdoyants tilleuls,
A travers les prairies,
Les bruyères fleuries
Et les pâles glaïeuls ;

Parmi les plaines blondes
Où le vent roule en ondes
Le seigle déjà mûr,
Par les hautes futaies
Au long des jeunes haies
Et des ruisseaux d'azur !

Adieu les églantines
Et, moissons enfantines,
Les bleuets dans les blés,
Les vertes sauterelles
Et les pissenlits frêles
Sans cesse échevelés !

Adieu dans l'herbe haute
La grenouille qui saute,
Et sous le frais buisson
Le lézard qui regarde
La cigale criarde
Qui sonne sa chanson !

Adieu les demoiselles
Aux diaphanes ailes,
Aux minces corsets d'or,
Le papillon qui brille
Et que la jeune fille
Poursuit comme un trésor ;

Le soir dans la nacelle
Qui penche et qui chancelle
Au moindre souffle d'air,
Les courses d'une lieue
Sur l'immensité bleue
Du lac profond et clair ;

Et puis les danses molles
Et les caresses folles
Sur les prés de velours,
Lorsque la blanche lune
Au sein de la nuit brune
Jette ses demi-jours !

De longtemps l'hirondelle
Ne viendra, de son aile
Effleurant mes carreaux,
Battre la capucine
Dont la pourpre dessine
Un cadre à mes barreaux.

— Pour horizon, la rue
Où la foule se rue
Avec ses mille cris ;
Pour soleil, des lanternes
Qui de leurs reflets ternes
Baignent les pavés gris ;

Pour musique, la bise
Qui se plaint et se brise
Dans les arbres mouillés,
Les rauques girouettes
Qui font des pirouettes
Sur leurs axes rouillés.

Comment sortir ? les roues
S'enfoncent dans les boues
Presque jusqu'à l'essieu.
Du brouillard, de la pluie !
L'âme souffre et s'ennuie :
Quoi donc faire, mon Dieu ?

Nous aimer, ma charmante !
Jette là cette mante
Qui me cache ton cou,
Ta belle épaule blanche,
Ton corsage, ta hanche,
Ton sein dont je suis fou.

Sur mes genoux prends place,
Livre tes mains de glace
À mes baisers de feu,
Et laisse voir ta jambe
À la braise qui flambe,
Qui flambe rouge et bleu.

Vois donc le gaz qui danse
Et s'agite en cadence,
Aux fantasques chansons
Que fredonne la sève
Dans la bûche qui crève
Et retombe en tisons.

Mon bijou, mon idole,
Comme le temps s'envole
Lorsque l'on est ainsi !
La voix haute et profonde
Qu'au loin jette le monde
Ne parvient pas ici.

Nos deux âmes jumelles,
Ensemble ouvrant les ailes,
Planent dans l'infini,
Comme deux alouettes
Ou comme deux fauvettes
Oublieuses du nid.

L'Enfant Jésus de Prague - Paul Claudel

Il neige.
Le grand monde est mort sans doute. C'est décembre.
Mais qu'il fait bon, mon Dieu, dans la petite chambre  !
La cheminée emplie de charbons rougeoyants
Colore le plafond d'un reflet somnolent,
Et l'on n'entend que l'eau qui bout à petit bruit.
Là-haut sur l'étagère, au-dessus des deux lits,
Sous son globe de verre, couronne en tête,
L'une des mains tenant le monde, l'autre prête
À couvrir ces petits qui se confient à elle,
Tout aimable dans sa grande robe solennelle
Et magnifique sous cet énorme chapeau jaune,
L'Enfant Jésus de Prague règne et trône.
Il est tout seul devant le foyer qui l'éclaire
Comme l'hostie cachée au fond du sanctuaire,
L'Enfant-Dieu jusqu'au jour garde ses petits frères.
Inentendue comme le souffle qui s'exhale,
L'existence éternelle emplit la chambre, égale
À toutes ces pauvres choses innocentes et naïves  !
Quand il est avec nous, nul mal ne nous arrive.
On peut dormir, Jésus, notre frère, est ici.
Il est à nous, et toutes ces bonnes choses aussi  :
La poupée merveilleuse, et le cheval de bois,
Et le mouton sont là, dans ce coin tous les trois.
Et nous dormons, mais toutes ces bonnes choses sont à nous  !
Les rideaux sont tirés… Là-bas, on ne sait où,
Dans la neige et la nuit sonne une espèce d'heure.
L'enfant dans son lit chaud comprend avec bonheur
Qu'il dort et que quelqu'un qui l'aime bien est là,
S'agite un peu, murmure vaguement, sort le bras,
Essaye de se réveiller et ne peut pas.

Un médecin ? - Sabine Sicaud

Un médecin ? Mais alors qu’il soit beau !
Très beau. D’une beauté non pas majestueuse,
Mais jeune, saine, alerte, heureuse !
Qu’il parle de plein air, non pas trop haut,
Mais assez pour que du soleil entre avec lui.

Qu’il sache rire – tant d’ennui
Bâille aux quatre coins de la chambre –
Et qu’il sache te faire rire, toi, souffrant
De ta souffrance et du mal de Décembre.

Décembre gris, Décembre gris, Noël errant
Sous un ciel de plomb et de cendre.
Un médecin doit bien savoir
D’où ce gris mortel peut descendre ?

Qu’il soit gai pour vaincre le soir
Et les fantômes de la fièvre –
Qu’il dise les mots qu’on attend
Ou qu’on les devine à ses lèvres.

Qu’il soit gai, qu’il soit bien portant,
(Ne faut-il croire à l’équilibre
Qui doit redevenir le nôtre, aux membres libres,
À l’esprit jouant sans efforts ?)
Qu’il soit bien portant, qu’il soit fort – sans insolence,
Avec douceur, contre le sort…
Il nous faut tant de confiance !

Qu’il aime ce que j’aime – J’ai besoin
Qu’il ait cet art de tout comprendre
Et de s’intéresser, non pas de loin,
Mais en ami tout proche, à ce qui m’intéresse.

Qu’il soit bon – nous voulons une indulgence tendre
Pour accepter notre révolte ou nos faiblesses.

De la science ? Il en aura, n’en doutez point,
S’il est ce que je dis, ce que j’exige.

Mais exiger cela, c’est, vous le voyez bien,
Leur demander, quand ils n’y peuvent rien,
Quelque chose comme un prodige !

Lequel, parmi vos diplômés,
Ressemble au médecin qu’espère le malade ?
Lequel, dans tout ce gris tenace, épais, maussade,
Sera celui que moi je vois, les yeux fermés ? …

Ou bien, alors, prenons-le contrefait,
Cagneux, pointu, perclus, minable ;
Qu’il flotte en ses effets
Comme un épouvantail – et semble inguérissable
Des pires maux, connus ou inconnus !

Prenons-le blême et vieux, que son crâne soit nu,
Ses yeux rougis, sa lèvre amère –
Et que rien ne paraisse au monde plus précaire,
Plus laid, plus rechigné que cet être vivant,

Afin que, chaque jour, l’apercevant
Comme un défi, parmi les fleurs venant d’éclore,
Nous pensions, rassurés, soulagés, fiers un peu
De nous sentir si forts par contraste : " Grand Dieu !
Qu’il doit être savant pour vivre encore ! "

Mère - Ondine Valmore

C’est l’hiver et le noir décembre
Gémit dans le bois attristé ;
A la fenêtre de ta chambre
Pend un vieux pampre dévasté ;
La bise qui gronde à ta porte
Siffle autour de ton front charmant ;
Sans songer aux fleurs qu’elle emporte,
Pourquoi souris-tu si gaîment ?

Oh ! dit-elle en levant la tête,
Que me fait le temps triste ou beau !
Tous mes jours sont des jours de fête.
J’ai dans le cœur un chant d’oiseau.

Mais du sein de la terre ouverte
S’élèvent les blondes moissons ;
Vois la feuille odorante et verte
Habiller rochers et maisons :
Quant tout frémit, s’éveille et chante,
Quand ta vitre brille au soleil,
Pourquoi la gaîté rayonnante
A-t-elle fui ton front vermeil ?

Oh ! dit-elle en baissant la tête,
Que me fait le temps triste ou beau !
Comment saurais-je que c’est fête ?
Mon cœur a perdu son oiseau.

J'espère que vous avez apprécié cette sélection des poèmes les plus beaux et célèbres sur le mois de décembre.

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