Voici une belle sélection de poèmes sur le mois de juillet.

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Mois de juillet - François Coppée

Le ciel flambe et la terre fume,
La caille frémit dans le blé ;
Et, par un spleen lourd accablé,
Je dévore mon amertume.

Sous l'implacable Thermidor
Souffre la nature immobile ;
Et dans le regret et la bile
Mon chagrin s'aigrit plus encor.

Crève donc, cœur trop gonflé, crève,
Cœur sans courage et sans raison,
Qui ne peux vomir ton poison
Et ne peux oublier ton rêve !

Par cet insultant jour d'été,
Cœur torturé d'amour, éclate !
Et que, de ta fange écarlate
Me voyant tout ensanglanté,

Ainsi que l'apostat antique,
Avec un blasphème impuissant,
Je jette à pleines mains mon sang
A ce grand soleil ironique !

Les Soleils de Juillet - Auguste Lacaussade

Les voici revenus, les jours que vous aimez,
Les longs jours bleus et clairs sous des cieux sans nuage.
La vallée est en fleur, et les bois embaumés
Ouvrent sur les gazons leur balsamique ombrage.
Tandis que le soleil, roi du splendide été,
Verse tranquillement sa puissante clarté,
Au pied de ce grand chêne aux ramures superbes,
Amie, asseyons-nous dans la fraîcheur des herbes ;
Et là, nos longs regards perdus au bord des cieux,
Allant des prés fleuris dans l’éther spacieux,
Ensemble contemplons ces beaux coteaux, ces plaines
Où les vents de midi, sous leurs lentes haleines,
Font des blés mûrissants ondoyer les moissons.
Avec moi contemplez ces calmes horizons,
Ce transparent azur que la noire hirondelle
Emplit de cris joyeux et franchit d’un coup d’aile ;
Et là-bas ces grands bœufs ruminants et couchés,
Et plus loin ces hameaux d’où montent les clochers,
Et ce château désert, ces croulantes tourelles,
Qu’animent de leur vol les blanches tourterelles,
Et ce fleuve paisible au nonchalant détour,
Et ces ravins ombreux, frais abris du pâtour,
Et tout ce paysage, heureux et pacifique,
Où s’épanche à flots d’or un soleil magnifique ! …

O soleils de juillet ! ô lumière ! ô splendeurs !
Radieux firmament ! sereines profondeurs !
Mois puissants qui versez tant de sèves brûlantes
Dans les veines de l’homme et les veines des plantes,
Mois créateurs ! beaux mois ! je vous aime et bénis.
Par vous les bois chargés de feuilles et de nids,
S’emplissent de chansons, de tiédeurs et d’arômes.
Les arbres, dans l’azur ouvrant leurs larges dômes,
Balancent sur nos fronts avec l’encens des fleurs
Les voix de la fauvette et des merles siffleurs.
Tout est heureux, tout chante, ô saison radieuse !
Car tout aspire et boit ta flamme glorieuse.
Par toi nous vient la vie, et ta chaude clarté
Mûrit pour le bonheur et pour la volupté
La vierge, cette fleur divine et qui s’ignore.
Dans les vallons d’Éden, sereine et pure encore,
Sous tes rayons rêvant son rêve maternel,
A l’ombre des palmiers Ève connût Abel.
Abel dans ses enfants en garde souvenance.
Aussi, quand brûle au ciel ta féconde puissance,
O mère des longs jours ! lumineuse saison !
Oubliant tout, Caïn, l’ombre, la trahison,
La race enfant d’Abel, fille de la lumière,
Race aimante et fidèle à sa bonté première,
Avec l’onde et la fleur, avec le rossignol,
Ce qui chante dans l’air ou fleurit sur le sol,
S’en va disant partout devant ta clarté blonde :
" Combien tous les bons cœurs sont heureux d’être au monde ! "

Et moi, je suis des leurs ! Épris d’azur et d’air,
Quand ton astre me luit dans le firmament clair,
Avant midi j’accours, sous l’arbre où tu m’accueilles,
Saluer en plein bois la jeunesse des feuilles !
Là, dans l’herbe caché, seul avec mes pensers,
J’ai bien vite oublié les mauvais jours passés.
Sous les rameaux lustrés où ta clarté ruisselle,
Je bois en paix ma part de vie universelle.
Les sens enveloppés de tes tièdes réseaux,
J’écoute autour de moi mes frères les oiseaux ;
Avec l’herbe et l’insecte, avec l’onde et la brise,
Sympathique rêveur, mon esprit fraternise.
Voilé d’ombre dorée et les yeux entr’ouverts,
L’âme pleine d’accords, je médite des vers.
Mais si, comme aujourd’hui, ma pâle bien-aimée
M’a voulu suivre au bois, sous la haute ramée,
Si ma charmante amie aux regards veloutés
A voulu tout un jour, pensive à mes côtés,
Oubliant et la ville et la vie et nos chaînes,
Boire avec moi la paix qui tombe des grands chênes ;
Sur les mousses assis, mon front sur ses genoux,
Plongeant mes longs regards dans ses regards si doux,
Ah ! je ne rêve plus de vers ! … Sous son sourire
Chante au fond de mon âme une ineffable lyre ;
Et des arbres, des fleurs, des grâces de l’été,
Mon œil ne voit, mon cœur ne sent que sa beauté !
Et dans ses noirs cheveux glissant un doigt timide,
J’y pose en frémissant quelque beau lys humide ;
Et, muet à ses pieds, et sa main sur ma main,
J’effeuille vaguement des tiges de jasmin ;
Et leur vive senteur m’enivre, et sur notre âme
Comme un vent tiède passe une haleine de flamme ! …

O flammes de juillet ! soleils de volupté !
Saveur des baisers pris dans le bois écarté !
O chevelure moite et sous des mains aimées
S’épandant sur mon front en grappes parfumées !
Des fleurs sous la forêt pénétrante senteur,
Arbres de feux baignés, heures de molle ardeur,
Heures où sur notre âme, ivre de solitude,
Le calme des grands bois règne avec plénitude ;
Tranquillité de l’air, soupirs mystérieux,
Dialogue muet des yeux parlant aux yeux ;
Longs silences coupés de paroles plus douces
Que les murmures frais de l’eau parmi les mousses ;
O souvenirs cueillis au pied des chênes verts,
Vous vivez dans mon cœur. Vous vivrez dans mes vers !

La chanson de juillet - Joseph Autran

Je suis l'été riche et superbe,
La saison des brûlants soleils,
Jusqu'au genou, plongé dans l'herbe,
Je me couronne d'une gerbe,
Pleine de fleurs aux tons vermeils !

Que dans sa nuit, vieillard sauvage,
L'hiver grelotte sur un feu :
Rêvant les rêves du bel âge,
De ma cabane de feuillage,
Moi, je souris au grand ciel bleu.

Je viens, et la gaîté s'allume ;
Je la fais naître d'un coup d'œil ;
Et tout s'en va, comme l'écume,
Au ciel ce qu'il restait de brume,
Au cœur ce qu'il restait de deuil.

J'arrive, et toute voix me chante ;
Chacun se dit : voici l'été !
S'il est des maux, je les enchante ;
Et l'âme enfin la plus méchante
Me prend un peu de ma bonté !

Arrière les soucis moroses,
Et les misères et la faim !
Prodiguant au loin toutes choses,
Aux riches j'apporte les roses,
Aux indigents j'offre le pain !

Par moi le banquet recommence,
Etalé sur les gazons verts :
Venez, convives en démence ;
Je suis, dans ma largesse immense,
L'amphitryon de l'univers !

Dans mes retraites inconnues,
Venez, sans voile sur le sein,
Nymphes des bois, dryades nues !
Sous le regard des chastes nues,
Plongez-vous dans mon clair bassin !

Aux bois, dans l'ombre tiède et rare,
Venez dormir, couples d'amants !
De mille fleurs le sol se pare :
Voilà le lit que je prépare
A vos féconds embrassements !

Dans le hallier, dans la charmille,
Que tout se livre à ses amours.
Je suis le Père de famille,
Par qui tout aime et tout fourmille
Et tout bénit l'auteur des jours !

Juillet - William Chapman

Le soleil brûle au fond de l’immense ciel bleu.
Pas un lambeau de vent ne traîne sur les ondes.
La canicule étreint dans un cercle de feu
Jusqu’aux sapins touffus des savanes profondes.

Les ruisseaux ont cessé leurs chants dans les vallons ;
Les coteaux sont jaunis, les sources desséchées ;
Le grillon, accablé, se tait sur les sillons ;
Le papillon se meurt sur les roses penchées.

Tout souffre et tout gémit dans ce nouvel enfer ;
Et, pâles et poudreux, en quête d’un asile,
Les citadins hier ont déserté la ville
Pour humer l’air léger des monts ou de la mer.

Mais l’effluve est aussi lourd dans le bas du fleuve,
Et le brun riverain, la faux sifflante aux poings
En ouvrant sa tranchée à travers les grands foins,
Péniblement halète, imprudemment s’abreuve.

Le soleil parfois semble une flaque de sang,
Et soudain un nuage à la frange écarlate
Monte de l’horizon. L’orage menaçant
Accourt. Déjà l’éclair brille, la foudre éclate.

Bientôt le ciel voilé laisse couler ses pleurs :
Sous cette aspersion sonore, fraîche et dense,
Les arbres, les épis, les ajoncs et les fleurs
Ont l’air de s’incliner devant la Providence.

Mais l’azur resourit au terroir tout trempé,
Et, le soir, sur le pas de nos portes ouvertes,
Nous nous grisons de l’âcre odeur des feuilles vertes,
De l’orge blondissante et du foin frais coupé.

Juillet - Louis-Honoré Fréchette

Depuis les feux de l'aube aux feux du crépuscule,
Le soleil verse à flots ses torrides rayons ;
On voit pencher la fleur et jaunir les sillons
Voici les jours poudreux de l'âpre canicule.

Le chant des nids a fait place au chant des grillons ;
Un fluide énervant autour de nous circule ;
La nature, qui vit dans chaque animalcule,
Fait frissonner d'émoi tout ce que nous voyons.

Mais quand le bœuf qui broute à l'ombre des grands chênes
Se tourne haletant vers les sources prochaines,
Quel est donc, dites-vous, ce groupe échevelé

Qui frappe les échos de ses chansons rieuses ?
Hélas ! c'est la saison des vacances joyeuses...
Comme il est loin de nous ce beau temps envolé !

La Fleur de pommier - Robert Desnos

Joli rossignol et fleur de pommier,
Si la neige tombe au mois de Juillet,
Joli rossignol et fleur de pommier,
C'est que le soleil en Janvier brillait,
Joli rossignol et fleur de pommier.

Été - Théodore de Banville

On dit à ce cruel Été,
Qui tanne la peau des gorilles :
Tu nous endors, comme un Léthé ;
Puis tu nous cuis et tu nous grilles.

Nous vivons, grâce à ton aplomb
Comme la colombe et les ânes,
Sous une calotte de plomb
Qui fond les cerveaux dans les crânes.

Été cruel, chacun se tut
Devant ton affreux monopole ;
Car on sent, comme à l'Institut,
L'étouffement d'une coupole.

Pourquoi remplir nos vastes cieux
De ton caprice et de tes rages ?
Quel appareil prétentieux
De fournaise et de faux orages !

Ces orages, que tu prends soin
De balayer avec ta robe,
Filent, et puis s'en vont très loin,
Comme un caissier qui se dérobe.

Effarouchant les astres bleus
Effarés dans leur vol magique,
On ne sait jamais si tu pleus
Ou non. Rouge Été, sois logique.

Écoute-nous, dans tes donjons !
Nous voulons, moyennant des sommes,
Savoir si c'est nous qui mangeons
Les biftecks, ou si nous les sommes.

Or, le féroce Été répond :
Homme, instruit jadis par la Muse,
La foire n'est pas sur le pont.
Je suis un roi. Le roi s'amuse.

Avant de manger les cerneaux,
Comme il est bon que l'homme souffre,
J'ai repris dans mes arsenaux
L'ouragan, la pluie et le soufre.

J'étale ainsi mon gai savoir
Et je sais égayer ma rate ;
Et je ris, lorsque après avoir
Balancé, mon dénoûment rate.

Comme en un désert libyen,
J'ai tari les mourantes sources.
Mais que voulez-vous ? il faut bien
Que l'on connaisse mes ressources.

Mon sourcil, quand je le fronçais,
A fait gémir la terre noire.
Comme Claretie aux Français,
Je reprends mon vieux répertoire.

Accrochant l'éther sur mes pas,
Je ne tonne pas, et je tonne.
Puis je pleus, et je ne pleus pas.
Voilà donc ce qui vous étonne ?

Je fleuris la rose et le lys.
Je sais charmer autant que nuire ;
Je fais un Alger de Senlis
Et, j'en conviens, j'aime à vous cuire.

Cependant on doit m'héberger !
Tout cela n'est pas une pose.
Je le fais pour monsieur Berger
Et pour monsieur Alphand. — J'expose !

23 juillet 1889.

Ciels brouillés - Théodore de Banville

Campagne, où sur le cerisier
Je mange à même des cerises,
Chez toi je puis m'extasier !
Mais le ciel t'en fait voir de grises.

C'est vrai, nous sommes en juillet
Par ce temps-là, sang et tonnerre !
Voici bien la rose et l'œillet,
O vieux siècle nonagénaire !

Mais par un procédé nouveau,
Puisque, pour imiter décembre,
Le vent pleure et geint comme un veau,
J'allume un grand feu dans ma chambre.

Pluie, orage, tonnerre, éclair,
Et vous, noirs frimas que j'héberge,
Tant pis ! j'allume un beau feu clair,
Un feu de forge, un feu d'auberge.

Privé de voir le doux ciel bleu,
Je mets un terme aux dithyrambes
Et, transi, j'allume ce feu,
Afin de me rôtir les jambes.

Et l'autan noir peut aboyer.
Pourtant, voyant la flamme éparse
Rougir ma vitre et flamboyer,
Les Lys disent : C'est une farce.

Lys pur au superbe appareil,
Vous dont Hugo, dans sa fournaise,
A dit : Le Lys à Dieu pareil,
Vous en parlez bien à votre aise !

Car pourquoi, par quelles raisons,
Renan l'ignore comme Taine,
Mais on voit bien que les Saisons
Courent toutes la prétentaine.

Par un délire inattendu,
(Qu'un bon coup de vin nous console !)
A coup sûr, elles ont perdu
La tramontane et la boussole.

Cachant sous leur sombre manteau
Les déluges, les pleurs, les houles,
Ces vagabondes s'en vont au
Hasard, comme des femmes soûles.

A voir leur choeur aérien
S'agiter dans le ciel qui bouge,
On songe aux danseuses que rien
Ne déconcerte, au Moulin-Rouge.

Elles vont, folles de terreur,
Parmi les nuits hyperborées,
A travers le vague et l'horreur
Et les vertigineux Borées,

Et découvrant leur mollet noir
A travers la nue impollue,
Sur leurs jambes semblent avoir
Des bas noirs, comme la Goulue.

En se tordant comme des flots,
Elles s'en vont avec des rages,
Des hurlements et des sanglots ;
Et les cherchant dans les orages,

Parfois, combat mystérieux !
Dans le désordre affreux d'un rêve,
Le Soleil, astre furieux,
Les aveugle avec son vieux glaive.

Sous l'éclair de son yatagan
Elles s'en vont, dégingandées
Et c'est le sauvage Ouragan
Qui fouaille ces dévergondées.

22 juillet 1890.

Thermidor - Sabine Sicaud

Des lézards et des chats suis-je la sœur ?
D’où me vient cet amour des pierres chaudes
Et de ce plein soleil où rôdent
Comme des taches de rousseur ?

Insectes roux, lumière vive
Qui force les yeux à cligner ;
Ample été dont on est baigné
Sans qu’un frisson d’air vous arrive !

La pierre brûle sous les doigts. Le sable en feu
Parle d’Afrique à l’herbe sèche.
Une odeur d’encens et de pêche
Parle d’Asie au cèdre bleu.

L’insecte : abeille, moucheron, cétoine,
Puceron fauve, agrion d’or,
Sur chaque brindille s’endort.
Il fait rouge sous les pivoines.

Il fait jaune dans les yeux clairs
Du lézard, mon frère, qui bâille.
Prends garde aux yeux clairs des murailles,
Insecte roux, brun, rouge ou vert !

Et toi, lézard, prends garde aussi… prends garde
Au chat noir qui dort, à l’envers,
Paupière close et poings ouverts,
Une oreille molle en cocarde…

Savons-nous de quoi sont tigrés,
Jaspés, striés, vos regards d’ambre,
Frères dont s’étirent les membres
Sur ma pierre au lichen doré ?

Je voudrais que ce soit du soleil en paillettes
Qui flambe seulement dans les petits lacs blonds
De vos yeux somnolents où midi se reflète !

Dans mes yeux qui sont bleus, même un peu gris au fond,
Mes yeux à moi, je sais bien ce que mettent
Les rayons d’un été me traversant le front.

Même les cils rejoints, même faisant de l’ombre
Avec mes doigts serrés devenus transparents,
C’est comme un incendie aux trous d’un rideau sombre !

Tout l’or des joailliers, des princes d’Orient,
Peuple mes yeux fermés d’étoiles qui s’obstinent…

Lézards, mes compagnons, chats dormants qu’hallucine
La ronde du soleil contre le mur ardent,
Me direz-vous jamais ce que voit en dedans
– Ce que voit dans la nuit qui descend en sourdine –
Votre œil clair de chasseurs que juillet hallucine ? …

Chanson patriotique des danseuses de l'opéra - Hégésippe Moreau

Pour fêter l'anniversaire de la Révolution de Juillet

De politique et cœtera
S'occupant après boire,
Les dames du grand Opéra
Hier chantaient : Victoire !
À s'émanciper aussi
Les Amours ont réussi :
Aux marchands de lorgnettes
Juillet du moins à profité.
Vivent les pirouettes !
Vive la liberté !

Devant les galbes et des nus,
Tartufe, qui s'indigne,
Dans nos jardins coiffait Vénus
D'une feuille de vigne :
Il eût, sans des jours meilleurs
Aux marchands de lorgnettes
Juillet du moins à profité.
Vivent les pirouettes !
Vive la liberté !

Consolez-vous, gens maladroits,
D'être vainqueurs et dupes :
Si là-bas on rogne vos droits,
On rogne ici nos jupes.
Votre étendard, vieux haillon,
Vaut-il un frais cotillon ?
Aux marchands de lorgnettes
Juillet du moins à profité.
Vivent les pirouettes !
Vive la liberté !

Contre nous, sans nous effrayer
Caton crie au scandale,
Et la Chambre veut nous rayer
De son budget vandale.
Que de pantins il paîra
Même ailleurs qu'à l'Opéra !
Aux marchands de lorgnettes
Juillet du moins à profité.
Vivent les pirouettes !
Vive la liberté !

Au duc, soucieux et rêvant,
La sylphide coquette,
Flic flac, dit en jetant au vent
Les plis de sa jaquette :
Vous qui pleurez Charles dix,
Riez donc : voilà des lis !
Aux marchands de lorgnettes
Juillet du moins à profité.
Vivent les pirouettes !
Vive la liberté !

Vous qui sabrez, tambour battant,
Les émeutes civiles,
À nous, bourgeois : vous aimez tant
Les victoires faciles !
Tuer est charmant : d'accord ;
Mais peupler vaut mieux encor.
Aux marchands de lorgnettes
Juillet du moins à profité.
Vivent les pirouettes !
Vive la liberté !

Républicains, ayez de l'or,
Vous aurez des prêtresses ;
Nous nous sentons d'humeur encor
À devenir déesses.
Vos aînés, francs étourdis,
Ont vécu : De profundis.
Aux marchands de lorgnettes
Juillet du moins à profité.
Vivent les pirouettes !
Vive la liberté !

Le Quatorze Juillet - Eugène Imbert

Fier et joyeux comme un dimanche,
Voyez, à l'appel des tambours,
Ce Paris, humaine avalanche,
Rouler du haut de ses faubourgs.
Il veut rétablir l'équilibre
Entre la force et la raison ;
Il veut vivre, il veut mourir libre ;
Il veut détruire une prison.

Refrain

Salut au réveil de la France !
Las, enfin, des tourments soufferts,
Le front rayonnant d'espérance,
Le grand peuple a brisé ses fers.
Le front rayonnant d'espérance,
Le grand peuple a brisé ses fers.

Une noblesse sans entrailles,
Mais riche en lettres de cachet,
Laissait pourrir dans ces murailles
Les malheureux qu'elle y cachait :
Parents des victimes séduites,
Vieux confidents remerciés,
Ennemis des pères jésuites,
Écrivains, surtout créanciers.

Refrain

O bonheur ! Malgré leur cocarde
Et leur drapeau fleurdelisé,
Les braves soldats de la garde.
Avec nous ont fraternisé.
Alors, en un clin d'œil, sans phrase,
Par la résistance excité,
Paris attaque, prend et rase
La Bastille... et la royauté.

Refrain

Cette solennelle réplique,
Ô France, fut ton premier pas.
En route pour la République !
La foudre ne s'arrête pas.
En vain la tourbe mercenaire,
Rois, prélats, courtisans, valets,
Voudront détourner ton tonnerre :
S'ils te gênent, supprime-les.

Refrain

Nous étions des bêtes de somme,
Mais pour tous la liberté luit.
Maintenant le serf est un homme ;
Le champ qu'il féconde est à lui.
Le savoir succède au courage :
Et trace de nouveaux chemins.
Paix à tous ! Le droit de suffrage
Nous fait tomber l'arme des mains.

Refrain

Célébration du 14 juillet dans la forêt - Victor Hugo

Qu'il est joyeux aujourd'hui
Le chêne aux rameaux sans nombre,
Mystérieux point d'appui
De toute la forêt sombre !

Comme quand nous triomphons,
Il frémit, l'arbre civique ;
Il répand à plis profonds
Sa grande ombre magnifique.

D'où lui vient cette gaieté ?
D'où vient qu'il vibre et se dresse,
Et semble faire à l'été
Une plus fière caresse ?

C'est le quatorze juillet.
À pareil jour, sur la terre
La liberté s'éveillait
Et riait dans le tonnerre.

Peuple, à pareil jour râlait
Le passé, ce noir pirate ;
Paris prenait au collet
La Bastille scélérate.

À pareil jour, un décret
Chassait la nuit de la France,
Et l'infini s'éclairait
Du côté de l'espérance.

Tous les ans, à pareil jour,
Le chêne au Dieu qui nous crée
Envoie un frisson d'amour,
Et rit à l'aube sacrée.

Il se souvient, tout joyeux,
Comme on lui prenait ses branches !
L'âme humaine dans les cieux,
Fière, ouvrait ses ailes blanches.

Car le vieux chêne est gaulois :
Il hait la nuit et le cloître ;
Il ne sait pas d'autres lois
Que d'être grand et de croître.

Il est grec, il est romain ;
Sa cime monte, âpre et noire,
Au-dessus du genre humain
Dans une lueur de gloire.

Sa feuille, chère aux soldats,
Va, sans peur et sans reproche,
Du front d'Epaminondas
À l'uniforme de Hoche.

Il est le vieillard des bois ;
Il a, richesse de l'âge,
Dans sa racine Autrefois,
Et Demain dans son feuillage.

Les rayons, les vents, les eaux,
Tremblent dans toutes ses fibres ;
Comme il a besoin d'oiseaux,
Il aime les peuples libres.

C'est son jour. Il est content.
C'est l'immense anniversaire.
Paris était haletant.
La lumière était sincère.

Au loin roulait le tambour... ?
Jour béni ! jour populaire,
Où l'on vit un chant d'amour
Sortir d'un cri de colère !

Il tressaille, aux vents bercé,
Colosse où dans l'ombre austère
L'avenir et le passé
Mêlent leur double mystère.

Les éclipses, s'il en est,
Ce vieux naïf les ignore.
Il sait que tout ce qui naît,
L'oeuf muet, le vent sonore,

Le nid rempli de bonheur,
La fleur sortant des décombres,
Est la parole d'honneur
Que Dieu donne aux vivants sombres.

Il sait, calme et souriant,
Sérénité formidable !
Qu'un peuple est un orient,
Et que l'astre est imperdable.

Il me salue en passant,
L'arbre auguste et centenaire ;
Et dans le bois innocent
Qui chante et que je vénère,

Étalant mille couleurs,
Autour du chêne superbe
Toutes les petites fleurs
Font leur toilette dans l'herbe.

L'aurore aux pavots dormants
Verse sa coupe enchantée ;
Le lys met ses diamants ;
La rose est décolletée.

Aux chenilles de velours
Le jasmin tend ses aiguières ;
L'arum conte ses amours,
Et la garance ses guerres.

Le moineau-franc, gai, taquin,
Dans le houx qui se pavoise,
D'un refrain républicain
Orne sa chanson grivoise.

L'ajonc rit près du chemin ;
Tous les buissons des ravines
Ont leur bouquet à la main ;
L'air est plein de voix divines.

Et ce doux monde charmant,
Heureux sous le ciel prospère,
Épanoui, dit gaiement :
C'est la fête du grand-père.

J'espère que vous avez apprécié cette sélection des poèmes les plus beaux et célèbres sur le mois de juillet.

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