Voici une belle sélection de poèmes sur le mois de septembre.

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Mois de septembre - François Coppée

Après ces cinq longs mois que j'ai passés loin d'elle,
J'interroge mon cœur ; il est resté fidèle.

En Mai, dans la jeunesse exquise du printemps,
J'ai souffert en songeant à ses beaux dix-sept ans.

Quand la nature, en Juin, de roses était pleine,
J'ai souffert en songeant à sa suave haleine.

En Juillet, quand la nuit peuplait d'astres les cieux,
J'ai souffert en songeant à l'éclat de ses yeux.

Août a flambé, Septembre enfin mûrit la vigne,
Sans que mon triste cœur s'apaise et se résigne.

Toujours son souvenir a le même pouvoir,
Et je n'ai qu'à fermer les yeux pour la revoir.

Septembre - William Chapman

Sur le chaume odorant des champs silencieux
L’âpre paysan lie encore les javelles.
Des torrents de rayons plus chauds tombent des cieux.
Le Fleuve est caressé par des brises nouvelles.

Le dais du firmament aussi paraît nouveau ;
Et l’on dirait, tant l’air est limpide et sonore,
Que sous le calme azur teint de reflets d’aurore
S’épanouit pour nous un second renouveau.

Les arbres cependant ont épuisé leur sève ;
Mais, comme le feu jette un éclair en mourant,
Sous la flamme du jour qui se couche ou se lève,
Plus d’éclat brille au front du grand chêne souffrant.

Et le soleil fécond, en rougissant les grappes,
Revêt de pourpre et d’or l’érable sans verdeur.
L’arbre national a toute la splendeur
Du manteau solennel des césars et des papes.

Souvent des coups de feu réveillent les échos :
Les nemrods matineux viennent d’ouvrir la chasse,
Et dans les fonds, les prés, sur les monts et les flots
Poursuivent le canard, l’outarde, la bécasse.

Écoutez maintenant chanter, au coin du bois,
Les trayeuses. Leur voix est si fraîche et si douce.
Tout est joie et lumière, et, vers le soir, parfois
L’oiseau gazouille encor près du vieux nid de mousse.

Pourtant hier l’averse a grossi les ruisseaux,
Dérobant tout le jour les plaines éthérées ;
Et, transis par l’air vif et moite des soirées,
Bientôt les citadins vont revenir des Eaux.

En septembre - Paul Verlaine

Parmi la chaleur accablante
Dont nous torréfia l'été,
Voici se glisser, encor lente
Et timide, à la vérité,

Sur les eaux et parmi les feuilles,
Jusque dans ta rue, ô Paris,
La rue aride où tu t'endeuilles
De tels parfums jamais taris,

Pantin, Aubervilliers, prodige
De la Chimie et de ses jeux,
Voici venir la brise, dis-je,
La brise aux sursauts courageux...

La brise purificatrice
Des langueurs morbides d'antan,
La brise revendicatrice
Qui dit à la peste : va-t'en !

Et qui gourmande la paresse
Du poëte et de l'ouvrier,
Qui les encourage et les presse...
"Vive la brise !" il faut crier :

"Vive la brise, enfin, d'automne
Après tous ces simouns d'enfer,
La bonne brise qui nous donne
Ce sain premier frisson d'hiver !"

Septembre - Louis-Honoré Fréchette

L'atmosphère dort, claire et lumineuse ;
Un soleil ardent rougit les houblons ;
Aux champs, des monceaux de beaux épis blonds
Tombent sous l'acier de la moissonneuse.

Sonore et moqueur, l'écho des vallons
Répète à plaisir la voix ricaneuse
Du glaneur qui cherche avec sa glaneuse,
Pour s'en revenir, des sentiers plus longs.

Tout à coup éclate un bruit dont la chute
Retentit au loin, et que répercute
Du ravin profond le vaste entonnoir.

N'ayez point frayeur de ce tintamarre ?...
C'est quelque nemrod qui, de mare en mare,
Poursuit la bécasse ou le canard noir.

Les Soleils de Septembre - Auguste Lacaussade

Sous ces rayons cléments des soleils de septembre
Le ciel est doux, mais pâle, et la terre jaunit.
Dans les forêts la feuille a la couleur de l’ambre ;
L’oiseau ne chante plus sur le bord de son nid.

Du toit des laboureurs ont fui les hirondelles ;
La faucille a passé sur l’épi d’or des blés ;
On n’entend plus dans l’air des frémissements d’ailes :
Le merle siffle seul au fond des bois troublés.

La mousse est sans parfum, les herbes sans mollesse ;
Le jonc sur les étangs se penche soucieux ;
Le soleil, qui pâlit, d’une tiède tristesse
Emplit au loin la plaine et les monts et les cieux.

Les jours s’abrègent ; l’eau qui court dans la vallée
N’a plus ces joyeux bruits qui réjouissaient l’air :
Il semble que la terre, et frileuse et voilée,
Dans ses premiers frissons sente arriver l’hiver.

Ô changeantes saisons ! ô lois inexorables !
De quel deuil la nature, hélas ! va se couvrir !
Soleils des mois heureux, printemps irréparables,
Adieu ! ruisseaux et fleurs vont se taire et mourir.

Mais console-toi, terre ! ô Nature ! ô Cybèle !
L’hiver est un sommeil et n’est point le trépas :
Les printemps reviendront te faire verte et belle ;
L’homme vieillit et meurt, toi, tu ne vieillis pas !

Tu rendras aux ruisseaux, muets par la froidure,
Sous les arceaux feuillus leurs murmures chanteurs ;
Aux oiseaux tu rendras leurs nids dans la verdure ;
Aux lilas du vallon tu rendras ses senteurs.

Ah ! des germes captifs quand tu fondras les chaînes,
Quand, de la sève à flots épanchant la liqueur,
Tu feras refleurir les roses et les chênes,
Ô Nature ! avec eux fais refleurir mon cœur !

Rends à mon sein tari les poétiques sèves,
Verse en moi les chaleurs dont l’âme se nourrit,
Fais éclore à mon front les gerbes de mes rêves,
Couvre mes rameaux nus des fleurs de mon esprit.

Sans l’ivresse des chants, ma haute et chère ivresse,
Sans le bonheur d’aimer, que m’importent les jours !
Ô soleils ! ô printemps ! je ne veux la jeunesse
Que pour toujours chanter, que pour aimer toujours !

Tristesse de septembre - Éphraïm Mikhaël

Quand le vent automnal sonne le deuil des chênes,
Je sens en moi, non le regret du clair été,
Mais l'ineffable horreur des floraisons prochaines.

C'est par l'avril futur que je suis attristé ;
Et je plains les forêts puissantes, condamnées
A verdir tous les ans pendant l'éternité.

Car, depuis des milliers innombrables d'années,
Ce sont des blés pareils et de pareilles fleurs,
Invariablement écloses et fanées ;

Ce sont les mêmes vents susurrants ou hurleurs,
La même odeur parmi les herbes reverdies,
Et les mêmes baisers et les mêmes douleurs.

Maintenant les forêts vont s'endormir, raidies
Par les givres, pour leur sommeil de peu d'instants.
Puis, sur l'immensité des plaines engourdies,

Sur la rigidité blanche des grands étangs,
Je verrai reparaître à l'heure convenue -
Comme un fantôme impitoyable - le printemps ;

Ô les soleils nouveaux ! la saison inconnue !

Septembre au ciel léger taché de cerfs-volants - François Coppée

Septembre au ciel léger taché de cerfs-volants
Est favorable à la flânerie à pas lents,
Par la rue, en sortant de chez la femme aimée,
Après un tendre adieu dont l'âme est parfumée.
Pour moi, je crois toujours l'aimer mieux et bien plus
Dans ce mois-ci, car c'est l'époque où je lui plus.
L'après-midi, je vais souvent la voir en fraude ;
Et, quand j'ai dû quitter la chambre étroite et chaude
Après avoir promis de bientôt revenir,
Je m'en vais devant moi, distrait. Le Souvenir
Me fait monter au cœur ses effluves heureuses ;
Et de mes vêtements et de mes mains fiévreuses
Se dégage un arôme exquis et capiteux,
Dont je suis à la fois trop fier et trop honteux
Pour en bien définir la volupté profonde,
- Quelque chose comme une odeur qui serait blonde.

Septembre - Francis Jammes

Le mois de Septembre, expliquent les savants
qui ont des bonnets carrés pour voir s'il fait du vent,
est soumis au régime de la Balance.
À cette époque, les bateaux sur la mer dansent
furieusement. Les livres parlent d'équinoxe.
J'en ai même vu un où sont des PARADOXES,
des écliptiques, des zodiaques et des reflux
qui expliquent la terre au moment de Septembre.

C'est d'une grande poésie et, dans ma chambre,
j'ai vu sur le papier des ronds blancs et noirs,
avec des rubans et des rayons emplis d'astres.
Et cela fait penser à Christophe Colomb,
ce fou sublime qui allait devant lui,
et qu'un méchant roi a mis en prison
parce que l'ingratitude est la sœur de la jalousie.
Maintenant je chanterai les animaux de ce mois,
qui sont les mêmes que ceux des autres, je le crois,
mais je ne nommerai que les principaux,
à cause du papier qui coûte cher aux poètes.

Muse ! Inspire-moi et que le simple pipeau
où je m'essaie enchante aux rives de ces eaux
les poètes amis qui président aux luttes.

L'âne, aux longues oreilles, baisse la tête.
Les paysans aisés lui fichent des culottes,
car le mois de Septembre est couronné d'abeilles
qui dorent la grappe gluante de la treille,
puis s'envolent et piquent les pauvres aliborons.

Le coq, pressé, luit et monte à califourchon
sur la poule pour qu'elle fasse des œufs.
Il s'éveille dès l'heure où, remontant aux cieux,
le soleil, dissipant les brouillards de l'aurore,
emplit de majesté la campagne sonore.

Le bœuf lent, que l'on vit dans les fêtes antiques,
est utile entre tous à nos us domestiques.
On voit sa bonne tête et son goitre bougeant
quitter l'étable ombreuse et, des crottes aux cuisses,
il s'achemine vers l'horizon d'un bleu d'argent,
précédé du troupeau naïf des roses génisses.

Autre animal : sur l'eau, la libellule bleue
vibre immobilement près d'un jonc coupé en deux.

La chèvre, à la barbe en pointe, au corps noueux,
au poil rude : elle broute, près des fossés poudreux,
les vignes sauvages avec un bruit de ciseaux.

Les brebis sont devant le berger :
sur elles on dirait toujours qu'il a neigé.
Le chien qui les garde est très agité.
Il gambade et l'on voit sous le bras du berger,
comme une loque, un agneau nouveau-né
qu'essaie de lécher sa mère sanglante.

Le cochon : on le voit, sur le fumier des fermes,
renifler quelque pelure de pomme de terre.
Il est aussi ridicule, aussi laid qu'on voudra,
mais personne au monde ne m'empêchera
de frissonner, lorsqu'on le saigne, et qu'on entend
sortir un cri aigu et long, de temps en temps,
de son pauvre gros cou saigné par une brute,
et qu'il ferme les yeux et tord son groin
sanglant pour demander pitié à l'homme
qui a seul une âme et de la pitié — en somme.

Aux fils du télégraphe, on voit les hirondelles
qui font rêver d'amour les chastes demoiselles.

Ane, bœuf, cochon, génisses, d'autres, je les ai vus
bien souvent au marché d'Orthez, au crépuscule
de Septembre, quand le soleil, sombrant sur les auberges,
faisait luire au loin les ardoises et les verres.
Les voix qui discutaient faisaient remuer l'ombre.
Les paysans étaient grandis par les aiguillons.
Les chars criaient, écailleux de boue, ébranlés.
Des faucheurs essayaient des faux sur un pavé.
Des bouviers essayaient le son rauque des cloches.
Des cuves qui puaient la figue étaient traînées
vers les pressoirs pleins de nuit.

Et, alors, j'ai pensé,
les larmes aux yeux, par ces beaux soirs de Septembre,
que le Bon Dieu est au Ciel ; qu'il me faudra quitter,
un jour ou l'autre, le calme de ma petite chambre ;
que je devrai m'en aller là où sont les domestiques
et les purs, non point orgueilleusement
comme un Christophe Colomb à travers les éléments,
mais tout bonnement et tout simplement,
comme je fais ces vers, et donnant à des parents
la main comme quand j'étais un tout petit
et que, pour marcher, je devais courir,
et que je pleurais, ô mon Dieu ! sans savoir pourquoi
et sans savoir sur qui, et sans savoir de quoi.

Qu'importent donc Septembre et sa faune et sa flore ?
Qu'importent donc hiver, printemps, été, automne ?
Qu'importe que l'on sème, avec les amandiers,
les pâles cerisiers et les abricotiers ?
Qu'importent les produits pour le printemps prochain ?
Qu'importent du persil et du cerfeuil les graines,
le céleri qu'on butte et la laitue amère,
s'il faut mourir ?

J'aurai passé sur la terre,
et l'on m'aura appelé sceptique et poète,
parce que j'aurai ri à force de pleurer,
parce que j'ai compris que Dieu est si grand
qu'il faut nous dédaigner devant lui en riant.

Ô Muse ! Apaise un cœur douloureux. Si ma cendre
doit un jour retourner aux vignes de Septembre :
fais, du sang de mon cœur, naître une grappe d'or,
douce à la grive agile et pépieuse. Mais encore :
que la fille qui passera, un jour, auprès, la cueille
et la mange, en riant, sans penser au tombeau
où mon cœur dormira éternellement beau.
Qu'elle la mange et dise à ses amies : Septembre,
cette année, a mûri longuement ces grains d'ambre,
j'ai mangé cette grappe douce, et suis contente.

Et maintenant, amis, c'est à vous de gonfler
à vos pipeaux, vos joues aimées des belles filles.
Je me rends : car, déjà, par l'azur des charmilles,
ainsi que des oiseaux, sortent vos notes tendres.
Allez. Chantez les mois qui ne sont pas Septembre.

Le tiède après-midi paisible de septembre - Charles Guérin

Le tiède après-midi paisible de septembre
Languit sous un ciel gris, mélancolique et tendre,
Pareil aux derniers jours d'un amour qui s'achève.
Après les longs et vains et douloureux voyages,
Le solitaire, ouvrant sans bruit la grille basse,
Rentre ce soir dans le logis de sa jeunesse.

Ah ! comme tout est lourd, comme tout sent l'automne !
Comme ton cœur d'enfant prodigue bat, pauvre homme,
Devant ces murs où tu laissas ta vie ancienne !
La vigne vierge rouge étreint les persiennes,
Le seuil humide et froid est obscur sous les arbres,
Et le portail, vêtu de lierre, se lézarde.

Le voyageur, avant de rouvrir les fenêtres,
Respire en défaillant l'odeur des chambres closes ;
Il regarde onduler les rideaux des alcôves
Et le miroir verdi briller dans les ténèbres.
Il pèse sur le bois gonflé, les volets crient,
La poussière voltige à la lumière triste ;
L'âme émue et les doigts tremblants, pieux, il touche
Les roseaux desséchés, le clavecin qui vibre,
Les estampes, les maroquins ouatés de mousses :
Ah ! ces mousses qui sont les cheveux blancs des livres !
L'enfant morne, oppressé de souvenirs, étouffe,
Et son fragile cœur frémit comme une vitre.

Aussi, maison, jardin, adieu, je vous bénis.
Que les printemps futurs jusqu'aux âges lointains
Vous remplissent tous deux et d'enfants et de nids !
Que les roses te soient toujours belles, jardin,
Tes longs couloirs toujours sonores, ô maison !
Adieu, pesant verger de l'arrière-saison,
Charmille... Effacez-vous, ô chères visions,
Car mes yeux sont un port de fumée où l'on voit
A travers la forêt vacillante des mâts
Les grands vaisseaux appareiller pour les climats
Qui bercent la douleur sous des cieux azurés.
Demain, plus seul, plus triste et vieux, je partirai
Mettre au tombeau le Dieu secret qui souffre en moi.

L'enfant d'exil se tait, baisse ses cils mouillés ;
Il s'enivre à mourir de son amer émoi,
Et dans son cœur le souvenir des jours dorés
Fond comme un peu de sable tiède entre les doigts.

Ballade de retour - Jules Laforgue

Le Temps met Septembre en sa hotte,
Adieu, les clairs matins d'été !
Là-bas, l'Hiver tousse et grelotte
En son ulster de neige ouaté.
Quand les casinos ont jeté
Leurs dernières tyroliennes,
La plage est triste en vérité !
Revenez-nous, Parisiennes !

Toujours l'océan qui sanglote
Contre les brisants irrités,
Le vent d'automne qui marmotte
Sa complainte à satiété,
Un ciel gris à perpétuité,
Des averses diluviennes,
Cela doit manquer de gaieté !
Revenez-nous, Parisiennes !

Hop ! le train siffle et vous cahote !
Là-bas, c'est Paris enchanté,
Où tout l'hiver on se dorlote :
C'est l'opéra, les fleurs, le thé,
Ô folles de mondanité
Allons ! Rouvrez les persiennes
De l'hôtel morne et déserté !
Revenez-nous, Parisiennes !

ENVOI

Reines de grâce et de beauté,
Venez, frêles magiciennes,
Reprendre Votre Royauté :
Revenez-nous, Parisiennes !

Je ne désire point… - Francis Jammes

Je ne désire point ces ardeurs qui passionnent.
Non : elle me sera douce comme l'Automne.
Telle est sa pureté que je désirerais
qu'elle eût sur son chapeau des narcisses-des-prés.
Mais que, si elle doit me donner cette grâce
que la blanche vertu rend calme et efficace,
et veiller aux travaux ainsi que la fourmi,
je la voie au jardin me sourire parmi
les carrés de piments que Septembre rougit.
Ils me feront penser à mes passions passées.
Elle sera le lys qui les a dominées.

Première Moisson - Louis-Honoré Fréchette

Ce site, c'est Québec. Au nord moment splendides
Les échelons lointains des vastes Laurentides.
En bas, le fleuve immense et paisible, roulant
Au soleil du matin son flot superbe et lent,
Reflète, avec les pins des grands rochers moroses,
Le clair azur du ciel et ses nuages roses.
Nous sommes en septembre ; et le blond fructidor.
Qui sur la plaine verte a mis des teintes d'or,
Au front des bois bercés par les brises flottantes
Répand comme un fouillis de couleurs éclatantes ;
On dirait les joyaux d'un gigantesque écrin.

Un repos solennel plein de calme serein
Plane encor sur ces bords où la chaste Nature,
Aux seuls baisers du ciel dénouant sa ceinture,
Drapée en sa sauvage et rustique beauté,
Garde encor les trésors de sa virginité.

Cependant un lambeau de brise nous apporte
Comme un refrain joyeux qu'une voix mâle et forte,
Mêlée à des éclats de babil argentin,
Jette dans l'air sonore aux échos du lointain.
Ce sont des moissonneurs avec des moissonneuses.
Ils suivent du sentier les courbes sablonneuses,
Et, le sac à l'épaule, ils cheminent gaîment.
Ce sont des émigrés du doux pays normand,
Des filles du Poitou, de beaux gars de Bretagne,
Qui viennent de quitter leur lande ou leur campagne
Pour fonder une France au milieu du désert.

L'homme qui les conduit, c'est le robuste Hébert,
Un vaillant ! le premier de cette forte race
Dont tout un continent garde aujourd'hui la trace,

Qui, dans ce sol nouveau par son bras assaini,
Mit le grain de froment, trésor du ciel béni,
Héritage sans prix dont la France féconde
Dans sa maternité dota le nouveau monde.
Ils vont dans la vallée où les vents assoupis
Font ondoyer à peine un flot mouvant d'épis
Qu'ont mûris de l'été les tépides haleines.

Bientôt le blé jauni tombe à faucilles pleines ;
La javelle, où bruit un essaim de grillons,
S'entasse en rangs pressés au revers des sillons,
Dont le creux disparaît sous l'épaisse jonchée ;
Chaque travailleur s'ouvre une large tranchée ;
Et, sous l'effort commun, le sol transfiguré
Laisse tomber les plis de son manteau doré.

Le soir arrive enfin, mais les gerbes sont prêtes :
On en charge à pleins bords les rustiques charrettes
Dont l'essieu va ployant sous le noble fardeau ;
Puis, presque recueilli, le front ruisselant d'eau,

Pendant que, stupéfait, l'enfant de la savane
Regarde défiler l'étrange caravane,
Et s'étonne à l'aspect de ces apprêts nouveaux,
Hébert, qui suit, ému, le pas de ses chevaux,
Rentre, offrant à Celui qui donne l'abondance
La première moisson de la Nouvelle-France !

L'automne - Anna de Noailles

Voici venu le froid radieux de septembre :
Le vent voudrait entrer et jouer dans les chambres ;
Mais la maison a l'air sévère, ce matin,
Et le laisse dehors qui sanglote au jardin.

Comme toutes les voix de l'été se sont tues !
Pourquoi ne met-on pas de mantes aux statues ?
Tout est transi, tout tremble et tout a peur ; je crois
Que la bise grelotte et que l'eau même a froid.

Les feuilles dans le vent courent comme des folles ;
Elles voudraient aller où les oiseaux s'envolent,
Mais le vent les reprend et barre leur chemin :
Elles iront mourir sur les étangs demain.

Le silence est léger et calme ; par minute
Le vent passe au travers comme un joueur de flûte,
Et puis tout redevient encor silencieux,
Et l'Amour qui jouait sous la bonté des cieux

S'en revient pour chauffer devant le feu qui flambe
Ses mains pleines de froid et ses frileuses jambes,
Et la vieille maison qu'il va transfigurer
Tressaille et s'attendrit de le sentir entrer...

C'est la terre sans fleurs - Albert Mérat

C'est la terre sans fleurs de pourpre et sans décor,
Le champ dur qui nourrit les bras et leur résiste.
Septembre dans le ciel a mis sa pâleur triste,
Et le soir au couchant se lit en un trait d'or.

L'heure qui vient n'a pas de fantômes encor,
Mais des solennités où le contour persiste.
Le tableau se déroule ample, sans jeu d'artiste :
On dirait un poëme ancien d'un grand essor.

Deux jeunes filles font vivre le paysage,
L'une grave et debout, l'autre dont le visage
Est comme un fruit d'été substantiel et clair.

Leur front ne pense pas, leurs yeux rêvent à peine :
Mais, subissant le rhythme austère de la plaine,
Elles suivent un vol de cigognes dans l'air.

J'espère que vous avez apprécié cette sélection des poèmes les plus beaux et célèbres sur le mois de septembre.

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