Voici une belle sélection de poèmes sur le mois de février.

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Mois de février - François Coppée

Hélas ! dis-tu, la froide neige
Recouvre le sol et les eaux ;
Si le bon Dieu ne les protège,
Le printemps n'aura plus d'oiseaux !

Rassure-toi, tendre peureuse ;
Les doux chanteurs n'ont point péri.
Sous plus d'une racine creuse
Ils ont un chaud et sûr abri.

Là, se serrant l'un contre l'autre
Et blottis dans l'asile obscur,
Pleins d'un espoir pareil au nôtre,
Ils attendent l'Avril futur ;

Et, malgré la bise qui passe
Et leur jette en vain ses frissons,
Ils répètent à voix très basse
Leurs plus amoureuses chansons.

Ainsi, ma mignonne adorée,
Mon cœur où rien ne remuait,
Avant de t'avoir rencontrée,
Comme un sépulcre était muet ;

Mais quand ton cher regard y tombe,
Aussi pur qu'un premier beau jour,
Tu fais jaillir de cette tombe
Tout un essaim de chants d'amour.

Pâle matin de Février - Paul-Jean Toulet

Pâle matin de Février
Couleur de tourterelle
Viens, apaise notre querelle,
Je suis las de crier ;

Las d'avoir fait saigner pour elle
Plus d'un noir encrier...
Pâle matin de Février
Couleur de tourterelle.

Février - William Chapman

Le soleil maintenant allonge son parcours ;
L’aube plus tôt sourit aux bois impénétrables ;
Mais l’air est toujours vif, l’autan rugit toujours
Parmi les rameaux nus et glacés des érables.

L’avalanche sans fin croule du ciel blafard ;
Nos toits tremblent au choc incessant des tempêtes.
Cependant à travers bise, neige, brouillard,
Nous formons de nos jours une chaîne de fêtes.

Et tous les rudes sports d’hiver battent leur plein
Au milieu de clameurs follement triomphales ;
Sur des flots dont le gel fit un cirque opalin
Les grands trotteurs fumants distancent les rafales.

Sur le ring ou l’étang par le vent balayé
Le gai patineur file ou tourne à perdre haleine.
Le sourire à la lèvre et la raquette au pied,
Des couples d’amoureux cheminent dans la plaine.

Par un souffle inconnu chacun est emporté.
Dans tous les yeux le feu du plaisir étincelle ;
Et dans le bourg naissant comme dans la cité
Le bruyant Carnaval agite sa crécelle.

Les hôtels sont bondés de lointains visiteurs.
Maint pierrot dans la rue étale sa grimace.
La nuit, torches aux poings, les fougueux raquetteurs
S’élancent à l’assaut des grands palais de glace.

À d’émouvants tournois la multitude accourt.
Tout le peuple s’ébat, tout le peuple festoie,
Car, puisque Février est le mois le plus court,
Il voudrait s’y griser de la plus longue joie.

Février - Louis-Honoré Fréchette

Aux pans du ciel l'hiver drape un nouveau décor ;
Au firmament l'azur de tons roses s'allume ;
Sur nos trottoirs un vent plus doux enfle la plume
Des petits moineaux gris qu'on y retrouve encor.

Maint coup sec retentit dans la forêt qui dort ;
Et, dans les ravins creux qui s'emplissent de brume,
Aux franges du brouillard malsain qui nous enrhume
L'Orient plus vermeil met une épingle d'or.

Folâtre, et secouant sa clochette argentine,
Le bruyant Carnaval fait sonner sa bottine
Sur le plancher rustique ou le tapis soyeux ;

Le spleen chassé s'en va chercher d'autres victimes ;
La gaîté vient s'asseoir à nos cercles intimes...
C'est le mois le plus court : passons-le plus joyeux.

Ouvriers - Arthur Rimbaud

Ô cette chaude matinée de février. Le Sud inopportun vint relever nos souvenirs d'indigents absurdes, notre jeune misère.

Henrika avait une jupe de coton à carreau blanc et brun, qui a dû être portée au siècle dernier, un bonnet à rubans, et un foulard de soie. C'était bien plus triste qu'un deuil. Nous faisions un tour dans la banlieue. Le temps était couvert, et ce vent du Sud excitait toutes les vilaines odeurs des jardins ravagés et des prés desséchés.

Cela ne devait pas fatiguer ma femme au même point que moi. Dans une flache laissée par l'inondation du mois précédent à un sentier assez haut elle me fit remarquer de très petits poissons.

La ville, avec sa fumée et ses bruits de métiers, nous suivait très loin dans les chemins. Ô l'autre monde, l'habitation bénie par le ciel et les ombrages ! Le sud me rappelait les misérables incidents de mon enfance, mes désespoirs d'été, l'horrible quantité de force et de science que le sort a toujours éloignée de moi. Non ! nous ne passerons pas l'été dans cet avare pays où nous ne serons jamais que des orphelins fiancés. Je veux que ce bras durci ne traîne plus une chère image.

Se retrouver tout comme aujourd'hui dans dix ans - Jacques Prevel

Se retrouver tout comme aujourd'hui dans dix ans
Il n'y aurait rien de changé
Le jour un peu plus pâle et les journées plus courtes
Ce carré de ciel découpé par les toits aussi lourd de pluie ou de lumière
Les habitudes et les saisons obscurcies par un usage trop long et trop familier
Un ciel de février comme aujourd'hui pesant et bas
Devant une table au café ma main tenant un crayon inutile
Et la même distance entre les passants et ma présence obscure
Avec seulement une plus grande peine un plus grand mal
A regarder face à face le vide de cette vie si remplie et si vaine
Une plus longue habitude de la vie
Une plus longue habitude de la mort
Et ce rétrécissement douloureux de mes gestes
Et de mon visage

Comme tout est triste ici - Jacques Prevel

Comme tout est triste ici
Le vent hurle et la pluie bat les vitres
C'est février et je me souviens d'autres mois pareils dans le temps
A ce féroce et inhumain désir
A cette épreuve de songe et de miroir brisé
A cette haine suintante de partout
A ce refus
A ce spectacle de ma vie de l'autre côté
D'une certaine lumière.

Mon âme - Émile Nelligan

Mon âme a la candeur d'une chose étiolée,
D'une neige de février…
Ah ! retournons au seuil de l'Enfance en allée,
Viens-t-en prier…

Ma chère, joins tes doigts et pleure et rêve et prie,
Comme tu faisais autrefois
Lorsqu'en ma chambre, aux soirs, vers la Vierge fleurie
Montait ta voix.

Ah ! la fatalité d'être une âme candide
En ce monde menteur, flétri, blasé, pervers,
D'avoir une âme ainsi qu'une neige aux hivers
Que jamais ne souilla la volupté sordide !

D'avoir l'âme pareille à de la mousseline
Que manie une sœur novice de couvent,
Ou comme un luth empli des musiques du vent
Qui chante et qui frémit le soir sur la colline !

D'avoir une âme douce et mystiquement tendre,
Et cependant, toujours, de tous les maux souffrir,
Dans le regret de vivre et l'effroi de mourir,
Et d'espérer, de croire… et de toujours attendre !

Neige - Théodore de Banville

La neige tombe en flocons
Sur les toits, sur les balcons.
C'est à se croire en Norvège.
Les gazons gèlent, tapis
Sous un merveilleux tapis.
Car il neige, il neige, il neige.

Pour combiner, en ses jeux,
Un effet de blanc neigeux,
Le ciel a jeté ses perles.
Mais ces parures de cour
Sont un mince régal, pour
Les moineaux et pour les merles.

Par ce temps, ils n'errent pas.
Mais enfin, pour quel repas
Cette nappe est-elle mise ?
La Terre, montrant son flanc,
Est dans un vêtement blanc,
Comme une dame en chemise.

Or, mesdames, le rimeur
Se livre à sa belle humeur,
Et sur les routes divines
Aux harmonieux dessins,
Voit les blancheurs de vos seins
Et celles de vos poitrines.

Sous la neige ensevelis,
Mais levant leurs fronts pâlis
Que le vent ne peut abattre,
Les arbres un peu tremblants,
Ont tous des panaches blancs,
Comme le roi Henri Quatre.

Les petits dos féminins
Sont comme des Apennins ;
Et Flavie, Emma, Nadège,
Pour qui j'enfle mes pipeaux,
Sur leurs élégants chapeaux
Emportent des fleurs de neige.

Des loups, terreur des marmots,
Pénètrent dans les hameaux,
Plus sérieux que des mages,
Et si j'en crois le journal,
On en voit dans Épinal,
Où se vendent les images.

Ces loups, fuyant nos paris,
Ne viennent pas à Paris.
Mais dans ce Paris, qui m'aime
Et qui, malgré les méchants,
Écoute parfois nos chants,
Nous en avons tout de même.

Ces chasseurs qui passent dans
La ville, ont du sang aux dents.
O Balzac ! c'est toi qui trouves
Ces meurtriers, ces filous ;
Nous avons beaucoup de loups,
Et même aussi, quelques louves.

Sveltes comme des fuseaux,
Elles tendent leurs museaux
De bêtes aventurières,
Et plus d'un sage barbon
Estime qu'il serait bon
D'exterminer ces guerrières.

Mais le prudent louvetier
Veut bien les amnistier,
Si leur candeur les protège ;
Et ne soyez pas surpris
Que ces louves de Paris
Aient la blancheur de la neige !

19 février 1889.

Soir d'hiver - Émile Nelligan

Ah! comme la neige a neigé!
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah! comme la neige a neigé!
Qu'est-ce que le spasme de vivre
A la douleur que j'ai, que j'ai.

Tous les étangs gisent gelés,
Mon âme est noire! Où-vis-je? où vais-je?
Tous ses espoirs gisent gelés:
Je suis la nouvelle Norvège
D'où les blonds ciels s'en sont allés.

Pleurez, oiseaux de février,
Au sinistre frisson des choses,
Pleurez oiseaux de février,
Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
Aux branches du genévrier.

Ah! comme la neige a neigé!
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah! comme la neige a neigé!
Qu'est-ce que le spasme de vivre
A tout l'ennui que j'ai, que j'ai…

La Saint-Valentin - Auguste Angellier

Février vient, c'est la Saint-valentin,
Février vient, il fait rougir les saules,
Et, sous les rais d'un soleil argentin,
Encor frileux découvre ses épaules.

Dès qu'au ciel gris, c'est la Saint-Valentin,
Dès qu'au ciel gris, un peu d'aube prochaine,
Un pli d'argent et de jour indistinct
Ont soulevé les ombres sur la plaine,

Tous les oiseaux, c'est la Saint-Valentin,
Tous les oiseaux, rouge-gorges, fauvettes,
Merles, geais, pics, tout le peuple mutin
Des moineaux francs, les vives alouettes,

Se réveillant, c'est la Saint-Valentin,
Se réveillant, et secouant leurs plumes,
D'un fou désir et d'un vol incertain
Se sont cherchés dans les dernières bruines.

Dans les buissons, c'est la Saint-Valentin,
Dans les buissons, les lierres et les haies
Où le houx vert offre un rouge festin,
Dans les roseaux, les halliers, les coudraies.

Dans les vieux murs, c'est la Saint-Valentin,
Dans les vieux murs, pleins d'heureuses nouvelles,
Ce fut des cris, des chants, un bruit lointain
De gazouillis et de battements d'ailes.

Tous échangeaient, c'est la Saint-Valentin,
Tous échangeaient, en palpitant de joie,
Maint propos tendre ou leste ou libertin,
Après lesquels il faut qu'on se tutoie.

De temps en temps, c'est la Saint-Valentin,
De temps en temps, se détachait un couple ;
Et tous les deux avaient bientôt atteint,
Pour y causer tout seuls, un rameau souple.

Puis ils cherchaient, c'est la Saint-Valentin,
Puis ils cherchaient les branches élevées
Ou l'humble touffe où blottir leur destin,
Et faire un nid aux futures couvées.

Et tout le jour, c'est la Saint-Valentin,
Et tout le jour ce fut des mariages,
Conclus sans prêtre et francs de sacristain,
Et dont les lits sont les premiers feuillages.

Voici le soir, c'est la Saint-Valentin,
Voici le soir, sortant de ses repaires
L'ombre a rampé vers le soleil éteint :
Tous les oiseaux sont endormis par paires.

Gelée blanche - Jean Aicard

Février. Le blé monte aux tiédeurs hivernales.
En hiver nos midis sont des matins d'été ;
Mais parfois méchamment, aux heures matinales,
Un souffle d'hiver glace Avril épouvanté.

Il sent alors que tout s'est trop hâté d'éclore,
Que tout s'est revêtu de trop claires couleurs,
Et, dans les champs déserts, en attendant l'aurore,
Avril frileux et blanc frissonne sous les fleurs.

A une branche d'amandier - Victor de Laprade

Déjà mille boutons rougissants et gonflés,
Et mille fleurs d'ivoire,
Forment de longs rubans et des nœuds étoilés
Sur votre écorce noire,

Jeune branche ! et pourtant sous son linceul neigeux,
Dans la brume incolore,
Entre l'azur du ciel et nos sillons fangeux
Février flotte encore.

Une heure de soleil, le bleu de l'horizon,
La tiède matinée,
Vous ont fait croire, hélas ! que la belle saison
Nous était ramenée.

Parfois l'hiver stérile a des soleils trompeurs,
Et sa face est dorée ;
Mais il ne peut mûrir une seule des fleurs
Dont vous êtes parée.

Après ce doux rayon qui brille avec amour,
La nuit sera mortelle ;
Pour fixer le printemps il faut plus d'un beau jour
Et plus d'une hirondelle.

Ne laissez pas jaillir tous vos boutons vermeils
Que le froid ne s'achève ;
Pour la saison féconde et pour les vrais soleils
Gardez bien votre sève.

L'hiver va de vos fleurs ternir la pureté,
Et leur règne s'abrège ;
Leurs calices fondront, comme ferait, l'été,
Une coupe de neige.

Puis, quand le jour luira, qui doit tout ranimer,
Les plantes et les âmes,
Il usera sur vous, sans rien faire germer,
Sa rosée et ses flammes.

Alors tout sous le ciel, tout sera réveillé ;
Toutes les autres branches
Lèveront au grand air leur ébène émaillé
Et leurs couronnes blanches ;

Et le soleil viendra peindre leur front charmant,
Leurs lèvres nuancées,
Et le vent les fera pencher languissamment
Comme des fiancées.

Les coteaux rougiront, les sillons bigarrés
De fleurs et de verdure,
Tous les arbres des bois, tous les gazons des prés
Seront dans leur parure.

Partout des bruits joyeux, du miel dans chaque fleur,
De l'or sur chaque nue ;
Mais vous, dans ce concert, sans voix et sans couleur,
Serez honteuse et nue.

Jamais d'oiseau chanteur sur vous n'aura guetté
L'insecte qui bourdonne ;
Vous ne donnerez pas de verdure à l'été
Ni de fruits à l'automne.

Un jour vous a tout pris : ses rayons déjà morts
Brillaient pour vous séduire ;
Et vous avez perdu tous vos jeunes trésors
Joués sur un sourire.

À une jeune Italienne - Théophile Gautier

Février grelottait blanc de givre et de neige ;
La pluie, à flots soudains, fouettait l’angle des toits ;
Et déjà tu disais : « Ô mon Dieu ! quand pourrai-je
Aller cueillir enfin la violette au bois ? »

Notre ciel est pleureur, et le printemps de France,
Frileux comme l’hiver, s’assied près des tisons ;
Paris est dans la boue au beau mois où Florence
Égrène ses trésors sous l’émail des gazons.

Vois ! les arbres noircis contournent leurs squelettes ;
Ton âme s’est trompée à sa douce chaleur :
Tes yeux bleus sont encor les seules violettes,
Et le printemps ne rit que sur ta joue en fleur !

Espérance - Charles-Augustin Sainte-Beuve

Quand le dernier reflet d’automne
A fui du front chauve des bois ;
Qu’aux champs la bise monotone
Depuis bien des jours siffle et tonne,
Et qu’il a neigé bien des fois ;

Soudain une plus tiède haleine
A-t-elle passé sous le ciel :
Soudain, un matin, sur la plaine,
De brumes et de glaçons pleine,
Luit-il un rayon de dégel :

Au soleil, la neige s’exhale ;
La glèbe se fond à son tour ;
Et sous la brise matinale,
Comme aux jours d’ardeur virginale,
La terre s’enfle encor d’amour.

L’herbe, d’abord inaperçue,
Reluit dans le sillon ouvert ;
La sève aux vieux troncs monte et sue ;
Aux flancs de la roche moussue
Perce déjà le cresson vert.

Le lierre, après la neige blanche,
Reparaît aux crêtes des murs ;
Point de feuille, au bois, sur la branche ;
Mais le suc en bourgeons s’épanche,
Et les rameaux sont déjà mûrs.

Le sol rend l’onde qu’il recèle ;
Et le torrent longtemps glacé
Au front des collines ruisselle,
Comme des pleurs aux yeux de celle
Dont le désespoir a passé.

Oiseaux, ne chantez pas l’aurore,
L’aurore du printemps béni ;
Fleurs, ne vous pressez pas d’éclore :
Février a des jours encore,
Oh ! non, l’hiver n’est pas fini.

Ainsi, dans l’humaine vieillesse,
Non loin de l’éternel retour,
La brume par moments nous laisse,
Et notre œil, malgré sa faiblesse,
Entrevoit comme un nouveau jour :

Étincelle pâle et lointaine
De soleils plus beaux et meilleurs,
Reflet de l’ardente fontaine,
Aurore vague, mais certaine,
Du printemps qui commence ailleurs !

J'espère que vous avez apprécié cette sélection des poèmes les plus beaux et célèbres sur le mois de février.

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