Voici une belle sélection de poèmes sur le mois de juin.

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Juin - Louis-Honoré Fréchette

L'été met des fleurs à sa boutonnière ;
Au fond des taillis et dans les roseaux,
Ivres de soleil, les petits oiseaux
Entonnent en chœur l'hymne printannière ;

Sur les clairs sommets, les champs et les eaux,
Tombent de l'azur des jets de lumière ;
Au nid, au palais et sous la chaumière,
Le parfait amour tourne ses fuseaux.

Sous les bois touffus la source murmure ;
La brise en jouant berce la ramure ;
Le papillon vole au rosier fleuri ;

Tout chante, s'émeut, palpite, étincelle…
Transports infinis ! joie universelle !
À son créateur la terre a souri !

L'aube de juin - Paul Claudel

Le dernier rêve s'est enfui,
Une lune sans couleur
Trépasse au fond de la nuit.
Qu'ai-je fait de la douleur ?
Le jour nouveau, il a lui !
Vite, levons-nous sans bruit !
Quelle est cette divine odeur ?
Le dernier rossignol s'est tu
Turlututu !
Il est cinq heures du matin.
Un ange chante en latin.
Juin pendant que je dormais
S'est mis à la place de mai.
C'est lui qui vient de m'octroyer
Cette rose de pleurs noyée.
La terre a reçu le baptême.
Bonjour, mon beau soleil, je t'aime !
Un peu mouillé mais tout neuf,
Le voici qui sort de son œuf,
Rouge comme un coquelicot.
Cocorico !
Tant de gaîté, tant de rire,
La caille qui tirelire,
Le bœuf et le gros cheval
Qu'on mène chez le maréchal,
Comme un enfant à mon cou
Le baiser du vent sur ma joue,
Tant de clarté, tant de mystère,
Tant de beauté sur la terre,
Tant de gloire dans les cieux,
Que plein de larmes le vieux
Poète reste à quia
Alléluia !

Les Jours de Juin - Auguste Lacaussade

Eugène, puisque Juin, le plus feuillu des mois,
Est de retour, veux-tu tous deux aller au bois ?
Ensemble et seuls, veux-tu, sous l’épaisse ramure,
Prendre un long bain de calme, et d’ombre, et de verdure ?
Viens-t-en sous la forêt de Meudon ou d’Auteuil
Ouïr gaîment siffler le merle et le bouvreuil.
Vois, ami, le beau ciel ! la belle matinée !
Tout nous promet sur l’herbe une bonne journée.
Qui te retient ? Partons, amis au cœur joyeux,
Allons vivre ! fermons nos livres ennuyeux !
Oublions nos travaux, nos soucis, notre prose !
Sur sa tige allons voir s’épanouir la rose !
Dans la mousse odorante où croît le serpolet,
Quel bonheur d’égrener des fraises dans du lait,
Et, d’un tabac ambré fumant des cigarettes,
Assis sur le gazon jonché de pâquerettes,
De discourir de tout, de demain, d’aujourd’hui,
Et du passé d’hier, bel âge évanoui,
Jours si vite envolés de collège et d’études,
Et de nos froids pédants aux doctes habitudes,
Et des maîtres aimés, nos bons vieux professeurs,
Les Ménard, les Duguet, aux sévères douceurs !
Nous nous rappellerons nos longues promenades
Au Pont du Sens, nos bains l’été, nos camarades,
Chers enfants dispersés à tous les vents du sort,
Ceux-là pris par le monde, et ceux-ci par la mort,
Hélas ! Et le silence aux molles rêveries
Alors remplacera nos vives causeries ;
Et des dômes ombreux qu’attiédit le soleil,
Descendra sur nos fronts un transparent sommeil,
Sommeil fait de lumière et de vague pensée ;
Et, comme une onde errante et d’un doux vent bercée,
Abandonnant notre âme à ses songes flottants,
Les yeux à demi clos nous rêverons longtemps…
Puis, renouant le fil des longues confidences,
Nous dirons nos travaux, nos vœux, nos espérances ;
Et, tels que dans l’églogue aux couplets alternés,
Deux pasteurs devisant sur leurs vers nouveau-nés,
Nous nous réciterons, toi ta chère Vendée,
Beau livre où ton esprit couve une grande idée ;
Moi, mes chants sur mon île aux palmiers toujours verts,
Éclose au sein des eaux comme une fleur des mers.
Et tu verras passer dans ces vers sans culture
Un monde jeune et fort, une vierge nature,
Des savanes, des monts pleins de mâles beautés,
Et, creusés dans leurs flancs, ces vallons veloutés
Où, près des froids torrents bordés de mousse fraîche,
Mûrissent pour l’oiseau le jam-rose et la pêche ;
Un soleil merveilleux, un ciel profond et clair,
Des bengalis, des fleurs, joie et parfums de l’air,
Tout un Éden baigné de splendeur et d’arôme
Où tout est poétique et grand, excepté l’homme !

Puis les oiseaux viendront, gazouillant leurs amours,
A mes lointains pensers donner un autre cours.
Ils diront leurs amours, et moi, sous la ramée,
Comme eux, je te dirai ma pâle bien-aimée,
Aux longs cheveux plus noirs que l’aile du corbeau,
Aux yeux d’ébène, au front intelligent et beau,
Sa bouche jeune et mûre, et sur ses dents nacrées
Le rire éblouissant de ses lèvres pourprées,
Et sa belle indolence et sa belle fierté,
Et sa grâce plus douce encor que sa beauté !
Alors, adieu mon île et les vertes savanes,
Et les ravins abrupts tapissés de lianes,
Les mimosas en fleur, le chant des bengalis !
Adieu travaux et vers, la Muse et mon pays !
J’aurai tout oublié, radieux et fidèle,
Pour ne me souvenir et ne parler que d’elle !
Je te raconterai – souvenir embaumé ! –
Comment, un soir d’avril, je la vis et l’aimai ;
Comment de simples fleurs, de douces violettes,
Furent de notre amour les chastes interprètes ;
Comment, un autre soir, à son front j’ai posé
Des lèvres où mon cœur palpitait embrasé ;
Comment dans un éclair de volupté suprême,
Pressant contre mon sein le sein brisé qui m’aime,
Foudroyé de bonheur et me sentant mourir,
J’ai crié : " Maintenant, ô mort ! tu peux venir ! "

Mais, vois ! le ciel serein ! la belle matinée !
Tout nous promet sur l’herbe une bonne journée.
Viens-t’en ! fuyons la ville ! Amis au cœur joyeux,
Allons vivre ! fermons nos livres ennuyeux !
Ensemble et seuls, allons sous l’épaisse ramure
Prendre un long bain d’oubli, de calme et de verdure.

Il a plu un soir de juin - Charles Guérin

Il a plu. Soir de juin. Ecoute,
Par la fenêtre large ouverte,
Tomber le reste de l'averse
De feuille en feuille, goutte à goutte.

C'est l'heure choisie entre toutes
Où flotte à travers la campagne
L'odeur de vanille qu'exhale
La poussière humide des routes.

L'hirondelle joyeuse jase.
Le soleil déclinant se croise
Avec la nuit sur les collines ;

Et son mourant sourire essuie
Sur la chair pâle des glycines
Les cheveux d'argent de la pluie.

Mois de juin - François Coppée

Dans cette vie ou nous ne sommes
Que pour un temps si tôt fini,
L'instinct des oiseaux et des hommes
Sera toujours de faire un nid ;

Et d'un peu de paille ou d'argile
Tous veulent se construire, un jour,
Un humble toit, chaud et fragile,
Pour la famille et pour l'amour.

Par les yeux d'une fille d'Ève
Mon cœur profondément touché
Avait fait aussi ce doux rêve
D'un bonheur étroit et caché.

Rempli de joie et de courage,
A fonder mon nid je songeais ;
Mais un furieux vent d'orage
Vient d'emporter tous mes projets ;

Et sur mon chemin solitaire
Je vois, triste et le front courbé,
Tous mes espoirs brisés à terre
Comme les œufs d'un nid tombé.

Matinée de juin - Joseph Autran

Tant pis pour les beaux yeux que le sommeil tient clos,
Pour tous les indolents dont la nuit se prolonge :
Ils ne connaîtront pas, si beau que soit leur songe,
Ce spectacle enchanté du matin sur les flots.

Lumière, azur, fraîcheur ! La mer est diaprée ;
L'aube fleurit au ciel, grand lis épanoui ;
La nue a des reflets dont l'œil est réjoui ;
Le flot a des senteurs dont l'âme est pénétrée.

Un tumulte joyeux court sur les larges eaux ;
Cent barques de pêcheurs, parmi la folle écume,
Voguent allègrement ; — d'une dernière brume
Sortent à l'horizon les mâts des blancs vaisseaux.

L'un d'eux arrive à nous, toutes voiles ouvertes ;
A sa proue, à ses flancs l'eau bouillonne avec bruit ;
Au rayon matinal sa poulaine reluit,
Déesse au casque d'or fendant les ondes vertes !

En foule sur le pont, les passagers heureux
Fixent les yeux sur toi, terre longtemps rêvée !
Nous leurs donnons du geste un bonjour d'arrivée,
Et le salut ami nous est rendu par eux.

On se hèle, en passant, d'une tartane à l'autre :
— Est-ce toi, Simon-Pierre ? — Oui, patron ; quel beau temps !
— Holà ! Hé, les anciens, revenez-vous contents ?
Bonne pêche à coup sûr ? — Un miracle ; et la vôtre ?

Ainsi dans un vent frais, sonore tourbillon,
Retentit par moments leur voix rude et sauvage.
Du milieu de la mer, on entend au rivage
Le clocher du hameau qui sonne un carillon.

L'oreille à ce doux bruit, qui parfois nous échappe,
Nous aussi nous rentrons, fiers de notre butin.
Sur quel point de la côte irons-nous ce matin
Apprêter le repas et le manger sans nappe ?

Vous plaît-il de descendre à ces rochers connus
Que hantent, en été, femmes et brunes filles ?
On les voit, près du flot, ramasser des coquilles,
Et, dans leurs jeux, souvent y plonger leurs pieds nus !

Ou bien préférez-vous gagner ce promontoire
Qui garde les débris d'un monument romain,
Ruine dont l'arceau, revêtu de carmin,
Sur les soleils couchants forme un arc de victoire ?

Goûte, me dit le Soir de juin avec douceur - Charles Guérin

Goûte, me dit le Soir de juin avec douceur,
Goûte ma reposante et secrète harmonie,
Et forme tendrement ton âme et ton génie
Sur le ciel d'où je viens avec la Nuit ma sœur.

Regarde-nous marcher au bord de la colline,
Comme un couple inégal de beaux adolescents
Sur mon épaule, avec des gestes languissants,
La Nuit lente à me suivre en soupirant s'incline.

Respire les parfums frais et délicieux
De toute l'herbe en fleur que nos pas ont foulée ;
Fonds-toi dans l'ombre bleue où ma sœur étoilée
Disperse les lueurs tremblantes de ses yeux.

Ô poète ! voici la grâce et le mystère :
Accueille-nous, demeure avec nous jusqu'au jour,
Car c'est pour féconder ton rêve de l'amour
Que le Soir et la Nuit descendent sur la terre.

Roses de juin, vous les plus belles - Émile Verhaeren

Roses de juin, vous les plus belles,
Avec vos cœurs de soleil transpercés ;
Roses violentes et tranquilles, et telles
Qu'un vol léger d'oiseaux sur les branches posés ;
Roses de Juin et de Juillet, droites et neuves,
Bouches, baisers qui tout à coup s'émeuvent
Ou s'apaisent, au va-et-vient du vent,
Caresse d'ombre et d'or, sur le jardin mouvant ;
Roses d'ardeur muette et de volonté douce,
Roses de volupté en vos gaines de mousse,
Vous qui passez les jours du plein été
A vous aimer, dans la clarté ;
Roses vives, fraîches, magnifiques, toutes nos roses
Oh ! que pareils à vous nos multiples désirs,
Dans la chère fatigue ou le tremblant plaisir
S'entr'aiment, s'exaltent et se reposent !

C'était en juin, dans le jardin - Émile Verhaeren

C'était en juin, dans le jardin,
C'était notre heure et notre jour ;
Et nos yeux regardaient, avec un tel amour,
Les choses,
Qu'il nous semblait que doucement s'ouvraient
Et nous voyaient et nous aimaient
Les roses.

Le ciel était plus pur qu'il ne le fut jamais :
Les insectes et les oiseaux
Volaient dans l'or et dans la joie
D'un air frêle comme la soie ;
Et nos baisers étalent si beaux
Qu'ils exaltaient et la lumière et les oiseaux.

On eût dit un bonheur qui tout à coup s'azure
Et veut le ciel entier pour resplendir ;
Toute la vie entrait, par de douces brisures,
Dans notre être, pour le grandir.

Et ce n'étaient que cris invocatoires,
Et fous élans et prières et vœux,
Et le besoin, soudain, de recréer des dieux,
Afin de croire.

Juin - William Chapman

Très tard le soleil sombre à l’horizon fumant,
Qui garde dans la nuit ses luisantes traînées.
Le fécond Prairial sous un clair firmament
Prodigue la splendeur des plus longues journées.

Une flamme de vie emplit l’immensité.
Le bleu de l’eau miroite. Adieu la nostalgie !
L’Été s’épanouit dans toute sa beauté,
Dans toute sa verdeur et toute sa magie.

Des vagues de lumière inondent les halliers ;
Les oiseaux de leurs chants enivrent les bocages,
Et, gais et turbulents comme eux, les écoliers
― Les vacances ont lui ― s’évadent de leurs cages.

Sur les arbres, les fleurs, les ondes, les sillons,
Partout nous entendons vibrer l’âme des choses.
Nous voyons par milliers éclore papillons,
Anémones et lis, trèfles, muguets et roses.

Et l’écureuil criard et le bouvreuil siffleur
De nos vastes forêts font tressaillir les dômes.
Les pruniers, les sureaux, les pommiers, sont en fleur,
Et nul mois canadien ne verse autant d’arômes.

Des souffles caressants frangent nos grandes eaux.
Un invisible encens flotte sur chaque grève ;
Et, tels les pins, les foins, les mousses, les roseaux,
Nous sentons en nous plus de chaleur, plus de sève.

Nous aimons mieux nos bois, nos champs ; nous aimons mieux
Nos pères, dont le culte à nos foyers persiste.
Et dans l’air embaumé vibre l’écho joyeux
Des chants et des vivats de la Saint-Jean-Baptiste.

Juin - Paul Verlaine

Mois de Jésus, mois rouge et or, mois de l’Amour,
Juin, pendant quel le cœur en fleur et l’âme en flamme
Se sont épanouis dans la splendeur du jour
Parmi des chants et des parfums d’épithalame,

Mois du Saint-Sacrement et mois du Sacré-Cœur,
Mois splendide du Sang réel, et de la Chair vraie,
Pendant que l’herbe mûre offre à l’été vainqueur
Un champ clos où le blé triomphe de l’ivraie,

Et pendant quel, nous misérables, nous pécheurs,
Remémorés de la Présence non pareille.
Nous sentons ravigorés en retours vengeurs
Contre Satan, pour des triomphes que surveille

Du ciel là-haut, et sur terre, de l’ostensoir,
L’adoré, l’adorable Amour sanglant et chaste,
Et du sein douloureux où gîte notre espoir
Le Cœur, le Cœur brûlant que le désir dévaste,

Le désir de sauver les nôtres, ô Bonté
Essentielle, de leur gagner la victoire
Éternelle. Et l’encens de l’immuable été
Monte mystiquement en des douceurs de gloire.

Dimanche de juin - François Coppée

Nul ne sait s’amuser que les petites gens,
Dont le repos plus rare a la gaîté plus franche.
Je m’en vais aujourd’hui ― c’est l’été, c’est dimanche ! ―
Laisser mes prétendus plaisirs intelligents.

Ma mignonne, les nids vibrent de joyeux chants ;
Dans le ciel enivré la lumière s’épanche.
Je veux, par les blés verts, suivre ta robe blanche,
Et cueillir avec toi de gros bouquets des champs.

Car, toi, tu sors du peuple, et jadis, pauvre fille,
Cachant sous tes gants frais des piqûres d’aiguille,
Tu connus la valeur des dimanches d’été.

A toi seule je dois quelques heures fleuries.
En route, et plantons là mes vaines rêveries.
Le bon soleil et toi, voilà la vérité !

Juin - René-François Sully Prudhomme

Pendant avril et mai, qui sont les plus doux mois,
Les couples, enchantés par l’éther frais et rose,
Ont ressenti l’amour comme une apothéose ;
Ils cherchent maintenant l’ombre et la paix des bois.

Ils rêvent, étendus sans mouvement, sans voix ;
Les cœurs désaltérés font ensemble une pause,
Se rappelant l’aveu dont un lilas fut cause
Et le bonheur tremblant qu’on ne sent pas deux fois.

Lors le soleil riait sous une fine écharpe,
Et, comme un papillon dans les fils d’une harpe,
Dans ses rayons encore un peu de neige errait.

Mais aujourd’hui ses feux tombent déjà torrides,
Un orageux silence emplit le ciel sans rides,
Et l’amour exaucé couve un premier regret.

La nuit de juin - Léon Dierx

La nuit glisse à pas lents sous les feuillages lourds ;
Sur les nappes d'eau morte aux reflets métalliques,
Ce soir traîne là-bas sa robe de velours ;
Et du riche tapis des fleurs mélancoliques,
Vers les massifs baignés d'une fine vapeur,
Partent de chauds parfums dans l'air pris de torpeur.
Avec l'obsession rythmique de la houle,
Tout chargés de vertige, ils passent, emportés
Dans l'indolent soupir qui les berce et les roule.
Les gazons bleus sont pleins de féeriques clartés ;
Sur la forêt au loin pèse un sommeil étrange ;
On voit chaque rameau pendre comme une frange,
Et l'on n'entend monter au ciel pur aucun bruit.
Mais une âme dans l'air flotte sur toutes choses,
Et, docile au désir sans fin qui la poursuit,
D'elle-même s'essaye à ses métempsycoses.
Elle palpite et tremble, et comme un papillon,
A chaque instant, l'on voit naître dans un rayon
Une forme inconnue et faite de lumière,
Qui luit, s'évanouit, revient et disparaît.
Des appels étouffés traversent la clairière
Et meurent longuement comme expire un regret.
Une langueur morbide étreint partout les sèves ;
Tout repose immobile, et s'endort ; mais les rêves
Qui dans l'illusion tournent désespérés,
Voltigent par essaims sur les corps léthargiques
Et s'en vont bourdonnant par les bois, par les prés,
Et rayant l'air du bout de leurs ailes magiques.
- Droite, grande, le front hautain et rayonnant,
Majestueuse ainsi qu'une reine, traînant
Le somptueux manteau de ses cheveux sur l'herbe,
Sous les arbres, là-bas, une femme à pas lents
Glisse. Rigidement, comme une sombre gerbe,
Sa robe en plis serrés tombe autour de ses flancs.
C'est la nuit ! Elle étend la main sur les feuillages,
Et tranquille, poursuit, sans valets et sans pages,
Son chemin tout jonché de fleurs et de parfums.
Comme sort du satin une épaule charnue,
La lune à l'horizon sort des nuages bruns,
Et plus languissamment s'élève large et nue.
Sa lueur filtre et joue à travers le treillis
Des feuilles ; et, par jets de rosée aux taillis,
Caresse, en la sculptant dans sa beauté splendide,
Cette femme aux yeux noirs qui se tourne vers moi.
Enveloppée alors d'une auréole humide,
Elle approche, elle arrive : et, plein d'un vague effroi,
Je sens dans ces grands yeux, dans ces orbes sans flamme,
Avec des sanglots sourds aller toute mon âme.
Doucement sur mon cœur elle pose la main.
Son immobilité me fascine et m'obsède,
Et roidit tous mes nerfs d'un effort surhumain.
Moi qui ne sais rien d'elle, elle qui me possède,
Tous deux nous restons là, spectres silencieux,
Et nous nous contemplons fixement dans les yeux.

Juin - Charles Marie René Leconte de Lisle

Les prés ont une odeur d'herbe verte et mouillée,
Un frais soleil pénètre en l'épaisseur des bois,
Toute chose étincelle, et la jeune feuillée
Et les nids palpitants s'éveillent à la fois.

Les cours d'eau diligents aux pentes des collines
Ruissellent, clairs et gais, sur la mousse et le thym ;
Ils chantent au milieu des buissons d'aubépines
Avec le vent rieur et l'oiseau du matin.

Les gazons sont tout pleins de voix harmonieuses,
L'aube fait un tapis de perles aux sentiers,
Et l'abeille, quittant les prochaines yeuses,
Suspend son aile d'or aux pâles églantiers.

Sous les saules ployants la vache lente et belle
Paît dans l'herbe abondante au bord des tièdes eaux ;
La joug n'a point encor courbé son cou rebelle,
Une rose vapeur emplit ses blonds naseaux.

Et par delà le fleuve aux deux rives fleuries
Qui vers l'horizon bleu coule à travers les prés,
Le taureau mugissant, roi fougueux des prairies,
Hume l'air qui l'enivre, et bat ses flancs pourprés.

La Terre rit, confuse, à la vierge pareille
Qui d'un premier baiser frémit languissamment,
Et son œil est humide et sa joue est vermeille,
Et son âme a senti les lèvres de l'amant.

O rougeur, volupté de la Terre ravie !
Frissonnements des bois, souffles mystérieux !
Parfumez bien le cœur qui va goûter la vie,
Trempez-le dans la paix et la fraîcheur des cieux !

Assez tôt, tout baignés de larmes printanières,
Par essaims éperdus ses songes envolés
Iront brûler leur aile aux ardentes lumières
Des étés sans ombrage et des désirs troublés.

Alors inclinez-lui vos coupes de rosée,
O fleurs de son Printemps, Aube de ses beaux jours !
Et verse un flot de pourpre en son âme épuisée,
Soleil, divin Soleil de ses jeunes amours !

Chanson de Juin - Auguste Lacaussade

L’humide éclat du lys, le blond duvet des pêches
Seraient moins doux pour moi, moins frais que ton baiser.
L’abeille du désir vole et veut se poser,
Veut se poser, ô fleur ! à tes lèvres si fraîches.

La rose ouvre son cœur à l’amoureuse mouche,
Et l’enivre de miel et la berce au zéphyr.
Quand pourrai-je, à mon tour, sur tes lèvres cueillir,
Miel divin, le baiser qui parfume ta bouche ?

Dans l’air plein de soleil entends-tu ces murmures ?
Que disent les oiseaux au dôme épais des bois ?
Ce que te dit mon cœur qui gémit dans ma voix :
J’ai faim de tes baisers et de tes lèvres mûres.

Nuits de juin - Victor Hugo

L'été, lorsque le jour a fui, de fleurs couverte
La plaine verse au loin un parfum enivrant ;
Les yeux fermés, l'oreille aux rumeurs entrouverte,
On ne dort qu'à demi d'un sommeil transparent.

Les astres sont plus purs, l'ombre paraît meilleure ;
Un vague demi-jour teint le dôme éternel ;
Et l'aube douce et pâle, en attendant son heure,
Semble toute la nuit errer au bas du ciel.

Le Printemps - Francis Vielé-Griffin

Il y eut trois filles blanches et belles
Qui vinrent portées sur le vent du Sud
Se poser près d'un lac en refermant leurs ailes,
Ainsi s'en vient,
Quand mollit l'hiver rude,
Le printemps prompt qui fleurit près des fiords ;
Et les eaux étaient bleues qui les miraient en elles
Et tièdes, car l'été suit le printemps du Nord,
Le rejoint sans effort
Et leurs pas se mêlent
Et sa joue s'en avive et la saison est belle.
Comme un rayonnement chaud et clair environne
La jeunesse qui s'éveille,
Ainsi au printemps rose se fond Tété vermeil :
Avril et Juin s'étreignent et la saison est bonne
Et le fruit et la fleur de l'amour sont pareils ;
Le rêve et la vie s'unissent comme en un conte ;
Avril et Juin s'enlacent et la saison est prompte.

Donc, ayant rejeté leur plumage de cygnes,
Elles baisèrent en l'eau leur nudité plus blanche
Et se fondirent en elle, mêlant le jeu des lignes,
Étreintes jusqu'aux hanches
Par la tiédeur bleutée et mobile autour d'elles,
Et riaient enlacées ;
Puis, nageant à l'envi de leurs bras étonnés,
Elles se sentaient des ailes
Moins agiles et plus vite lassées.
Et voici que, flottant, elles croyaient planer.

Elles s'interpellaient :
« Ervare l'Alvitte, toute blanche ! » et « Oline ! »
Et « Lodrune, à la blancheur de cygne ! »
Et leurs jeux les mêlaient à l'écume ;
Elles se tenaient la main,
Puis plongeaient, l'une et l'une,
Ou se dressaient, soudain !
Hors des flots, jusqu'aux hanches,
Élancées !
En un éclat de rire envolé
Et se faisant des signes,
Toutes blanches,
De leurs beaux bras levés.

Il y avait des carafes… - Francis Jammes

Il y avait des carafes d'eau claire
dans le petit jardin noir du ministre protestant,
à sa maison qui a un air sévère ;
et il y avait aussi de gros verres
sur la nappe. Il y avait des feuilles aux contrevents.

Le mois de Juin. Sur la petite allée,
un morceau de canne à ligne, cassée et en roseau,
avait été jeté, et la journée
était grise et, comme l'on dit, chargée,
et comme quand il doit tomber de grosses gouttes d'eau.

Par la fenêtre noire, triste, ouverte,
on entendait un piano dans les lauriers luisants.
Les petites fenêtres étaient vertes.
Là on devait être bien heureux, certes,
comme dans livres de Rousseau il y a longtemps.

Façons de parler façons de voir III - Paul Éluard

Nous sommes en Juin, la fête est dans tout son éclat, la nudité première, gracile et satinée, entre dans ma chambre. L'été est simple, il faut se confier à l'été. Tout s'élance et s'envole et s'allume.

Ballade en l'honneur des blés - François Coppée

Quel ciel pur  ! Je ferme mon livre.
Allons voir les blés, ma Suzon  !
La forte chaleur nous enivre.
Baise-moi  ; car, dans ce buisson,
Tous les nids nous font la leçon.
Dans ce champ dont l'épi nous frôle,
Aimons-nous loin de tout soupçon.
Les blés sont à hauteur d'épaule.
Les beaux blés  ! L'œil se plaît à suivre
Leur onduleux et vert frisson.

Ils deviendront couleur de cuivre,
Grâce au soleil, ce bon garçon.
Juin resplendit. L'aigre chanson
Des fauvettes d'eau sous le saule
Se mêle au trille du pinson.
Les blés sont à hauteur d'épaule.
Les pauvres auront de quoi vivre.
Quelle récolte à l'horizon  !
C'est le pain à trois sous la livre  !
Et, lors de la dure saison,

Pas de famine à la maison.
Quels épis  ! L'oiselet y piaule  ;
Le bleuet y pousse à foison.
Les blés sont à hauteur d'épaule.

ENVOI

Voici bienfaits de ta façon,
Cher vieux pays, fertile Gaule  !
Tenons-nous prêts pour la moisson.
Les blés sont à hauteur d'épaule.

Soleil - Théodore de Banville

Lorsque Juin fait même sourire
Le noir cachot,
Je n'aime pas entendre dire
Qu'il fait trop chaud.

Non. Pas assez chaud. Que notre âme
Au jour vermeil
Renaisse, prenne un bain de flamme
Et de soleil !

O Zéphyr, tandis que tu bouges
Dans le ciel bleu,
Que toutes les lèvres soient rouges
Comme du feu !

Que hors du corsage, sans honte
Les jeunes seins
Tressaillent, sans rendre nul compte
De leurs desseins !

Je veux dans les apothéoses
Entendre, autour
Du jardin, les bouches des roses
Crier d'amour !

Oublions les matins livides,
Flore aux abois,
La malignité des avides
Marchands de bois,

Et voulant que l'azur nous voie
Contents, ayons
Les prunelles pleines de joie
Et de rayons !

J'espère que vous avez apprécié cette sélection des poèmes les plus beaux et célèbres sur le mois de juin.

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