Voici une belle sélection de poèmes sur le mois d'avril.

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Lune d'avril - Louisa Siefert

Déployant ses ailes de cygne
Au vol lent et capricieux,
Le clair de lune me fait signe
Et m'entraîne au loin sous les cieux.

Il franchit les lacs et les fleuves,
Baise les yeux clos des cités,
Et, se riant des grilles neuves,
Il s'en vient aux parcs désertés.

Il écarte l'ombre importune
Avec un geste familier ;
Puis il descend une par une
Les marches du blanc escalier.

Il s'en va retroussant sa robe
Le long de l'humide sentier
Et, de ce de là, se dérobe
Entre le houx et l'églantier.

Je le vois errer d'arbre en arbre
Comme un doux poëte étonné,
Et prêter des blancheurs de marbre
Au banc de pierre abandonné.

C'est ici que, las de sa course,
Rêveur il s'assied longuement,
Jetant aux flots clairs de la source
De la poudre de diamant.

Il endort les roses fleuries,
Il verse la rosée aux lys,
Il étend des blés aux prairies
Son manteau d'argent aux longs plis.

Ainsi promeneur pâle et triste,
Hôte des tombeaux délaissés,
Ami du chat et de l'artiste,
Protecteur des nids menacés,

Là-bas échevelant le saule
Qui pleure les morts oubliés
Et chargeant sur sa blanche épaule
Les linceuls qu'il a déliés,

Jusqu'à l'heure où soudain rougies
Les ténèbres font place au jour,
Il erre, – ô faiseur d'élégies,
O grand enchanteur de l'amour !

Voici venir le mois d'avril - Robert Desnos

Voici venir le mois d'avril,
Ne te découvre pas d'un fil.
Écoute chanter le coucou !

Voici venir le mois de juin,
C'est du bon temps pour les Bédouins,
J'écoute chanter le coucou.

Voici venir la Saint-Martin,
Adieu misère, adieu chagrin,
Je n'écoute plus le coucou.

Avril - Théodore de Banville

Oh ! sois le bien venu, Printemps,
Ami joyeux qui nous accueilles !
Fais voler tes cheveux flottants
Sous ton riant chapeau de feuilles.

Voici le doux mois, cet Avril
Qui sur l'asphalte, en son extase,
Fait briller le chrysobéryl
Et flamber la jaune topaze.

Mille rameaux pleins de bourgeons
Préparent leur folle parure,
C'est pourquoi, mes amis, songeons
A dépouiller notre fourrure.

Serrés par de légers vestons
Et de clair soleil idolâtres,
Les hommes, comme des festons,
Vont briller en taches folâtres.

Les Halles offrent leurs primeurs.
On peut admirer les asperges
Grosses, pour charmer les rimeurs,
Comme des bras de jeunes vierges.

Pareille aux flammes d'un brasier,
Eve, la jeune fleur éclose,
Sent, comme un bouton de rosier,
S'épanouir sa gorge rose.

Plus grisante que les raisins,
Elle va, par un art insigne,
Dans les divers Grands Magasins
Acheter sa feuille de vigne.

Prête à payer d'un seul radis
Le philosophe ennuyeux, comme
Autrefois, dans le paradis,
Elle aspire à manger la pomme.

O psychologue, esprit ouvert !
Même, il faudrait que tu la visses
Grignoter, avant ce fruit vert,
Un tas de rouges écrevisses.

Pendant ces jours aventureux,
Le Printemps, secouant ses ailes
Sur tous les nids des amoureux,
Dit : En classe, mesdemoiselles !

Cernay, c'est le pays charmant
Où l'on dit à Rose : Qu'a-t-elle ?
Irisé, le blanc diamant
Ruisselle de la cascatelle ;

Et Corot, qui fut dans le vrai,
Donne, en guirlandes ingénues,
Aux coteaux de Ville-d'Avray
Un choeur de Nymphes toutes nues.

Un pays vraiment enjoué
Vit dans la maritime Asnières,
Où l'on dit que parfois Chloé
Subit les injures dernières.

Là d'aventureux matelots,
Prodigues du temps qui s'envole,
Emportent sur l'azur des flots
Des personnes d'un goût frivole ;

Et, leurs beaux seins gonflés d'amour,
Les vagues apaisent l'orchestre
De leurs orageux sanglots, pour
Écouter les vers de Silvestre.

Nous sommes las de réfléchir :
Que notre âme enfin s'extasie !
Doux Printemps, viens nous rafraîchir
Avec ton souffle d'ambroisie.

Vous voilà mûrs pour le repos,
Esprit banal qui nous écœures,
Vaudeville enflant tes pipeaux,
Et vous aussi, thés de cinq heures.

La nuit d'avril 1915 - Guillaume Apollinaire

Le ciel est étoilé par les obus des Boches
La forêt merveilleuse où je vis donne un bal
La mitrailleuse joue un air à triples-croches
Mais avez-vous le mot
Eh ! oui le mot fatal

Aux créneaux Aux créneaux Laissez là les pioches
Comme un astre éperdu qui cherche ses saisons
Cœur obus éclaté tu sifflais ta romance
Et tes mille soleils ont vidé les caissons
Que les dieux de mes yeux remplissent en silence
Nous vous aimons ô vie et nous vous agaçons

Les obus miaulaient un amour à mourir
Un amour qui se meurt est plus doux que les autres
Ton souffle nage au fleuve où le sang va tarir
Les obus miaulaient
Entends chanter les nôtres
Pourpre amour salué par ceux qui vont périr

Le printemps tout mouillé la veilleuse l'attaque
Il pleut mon âme il pleut mais il pleut des yeux morts
Ulysse que de jours pour rentrer dans Ithaque
Couche-toi sur la paille et songe un beau remords
Qui pur effet de l'art soit aphrodisiaque

Mais orgues aux fétus de la paille où tu dors
L'hymne de l'avenir est paradisiaque

Au mois d'avril quand l'an se renouvelle - Pierre de Ronsard

Au mois d'avril, quand l'an se renouvelle,
L'aube ne sort si fraîche de la mer :
Ni hors des flots la déesse d'aimer
Ne vint à Cypre en sa conque si belle,

Comme je vis la beauté que j'appelle
Mon astre saint, au matin s'éveiller,
Rire le ciel, la terre s'émailler,
Et les Amours voler à l'entour d'elle.

Amour, Jeunesse, et les Grâces qui sont
Filles du ciel lui pendaient sur le front :
Mais ce qui plus redoubla mon service,

C'est qu'elle avait un visage sans art.
La femme laide est belle d'artifice,
La femme belle est belle sans du fard.

Chanson pour avril - Anna de Noailles

Toute la nuit la pluie légère
A glissé par jets et par bonds.
Viens respirer au bois profond
L'odeur de la verdure amère.

Ton coeur est triste, morne et las,
Comme la naissante journée.
Elle sera bientôt fanée,
L'amoureuse odeur des lilas.

Aujourd'hui l'âme apitoyée
Sent pleurer son vague tourment.
Viens écouter l'égouttement
Des feuilles mortes et mouillées.

Fleurs d'avril - André Lemoyne

Le bouvreuil a sifflé dans l'aubépine blanche ;
Les ramiers, deux à deux, ont au loin roucoulé,
Et les petits muguets, qui sous bois ont perlé,
Embaument les ravins où bleuit la pervenche.

Sous les vieux hêtres verts, dans un frais demi-jour,
Les heureux de vingt ans, les mains entrelacées,
Echangent, tout rêveurs, des trésors de pensées
Dans un mystérieux et long baiser d'amour.

Les beaux enfants naïfs, trop ingénus encore
Pour comprendre la vie et ses enchantements,
Sont émus en plein cœur de chauds pressentiments,
Comme aux rayons d'avril les fleurs avant d'éclore.

Et l'homme ancien qui songe aux printemps d'autrefois,
Oubliant pour un jour le nombre des années,
Ecoute la voix d'or des heures fortunées
Et va silencieux en pleurant sous les bois.

Souvenirs d'avril - Charles Cros

Le rythme argentin de ta voix
Dans mes rêves gazouille et tinte.
Chant d'oiseau, bruit de source au bois,
Qui réveillent ma joie éteinte.

Mais les bois n'ont pas de frissons,
Ni les harpes éoliennes.
Qui soient si doux que tes chansons,
Que tes chansons tyroliennes.

Parfois le vent m'apporte encor
L'odeur de ta blonde crinière.
Et je revois tout le décor
D'une folle nuit, printanière ;

D'une des nuits, où tes baisers
S'entremêlaient d'historiettes,
Pendant que de tes doigts rosés
Tu te roulais des cigarettes ;

Où ton babil, tes mouvements
Prenaient l'étrange caractère
D'inquiétants miaulements,
De mordillements de panthère.

Puis tu livrais tes trésors blancs
Avec des poses languissantes...
Le frisson emperlait tes flancs
Émus des voluptés récentes.

Ainsi ton image me suit,
Réconfort aux heures glacées,
Sereine étoile de la nuit
Où dorment mes splendeurs passées.

Ainsi, dans les pays fictifs
Où mon âme erre vagabonde,
Les fonds noirs de cyprès et d'ifs,
S'égayent de ta beauté blonde.

Et, dans l'écrin du souvenir
Précieusement enfermée,
Perle que rien ne peut ternir,
Tu demeures la plus aimée.

Mois d'avril - François Coppée

Lorsqu'un homme n'a pas d'amour,
Rien du printemps ne l'intéresse ;
Il voit même sans allégresse,
Hirondelles, votre retour ;

Et, devant vos troupes légères
Qui traversent le ciel du soir,
Il songe que d'aucun espoir
Vous n'êtes pour lui messagères.

Chez moi ce spleen a trop duré,
Et quand je voyais dans les nues
Les hirondelles revenues,
Chaque printemps, j'ai bien pleuré.

Mais depuis que toute ma vie
A subi ton charme subtil,
Mignonne, aux promesses d'Avril
Je m'abandonne et me confie.

Depuis qu'un regard bien-aimé
A fait refleurir tout mon être,
Je vous attends à ma fenêtre,
Chères voyageuses de Mai.

Venez, venez vite, hirondelles,
Repeupler l'azur calme et doux,
Car mon désir qui va vers vous
S'accuse de n'avoir pas d'ailes.

L'avril boréal - Nérée Beauchemin

Est-ce l'avril ? Sur la colline
Rossignole une voix câline,
De l'aube au soir.
Est-ce le chant de la linotte ?
Est-ce une flûte ? est-ce la note
Du merle noir ?

Malgré la bruine et la grêle,
Le virtuose à la voix frêle
Chante toujours ;
Sur mille tons il recommence
La mélancolique romance
De ses amours.

Le chanteur, retour des Florides,
Du clair azur des ciels torrides
Se souvenant,
Dans les bras des hêtres en larmes
Dis ses regrets et ses alarmes
À tout venant.

Surpris dans son vol par la neige,
Il redoute encor le cortège
Des noirs autans ;
Et sa vocalise touchante
Soupire et jase, pleure et chante
En même temps.

Fuyez, nuages, giboulées,
Grêle, brouillards, âpres gelées,
Vent boréal !
Fuyez ! La nature t'implore,
Tardive et languissante aurore
De floréal.

Avec un ciel bleu d'améthyste,
Avec le charme vague et triste
Des bois déserts,
Un rythme nouveau s'harmonise.
Doux rossignol, ta plainte exquise
Charme les airs !

Parfois, de sa voix la plus claire,
L'oiseau, dont le chant s'accélère,
Égrène un tril :
Dans ce vif éclat d'allégresse,
C'est vous qu'il rappelle et qu'il presse,
Beaux jours d'avril.

Déjà collines et vallées
Ont vu se fondre aux soleillées
Neige et glaçons ;
Et, quand midi flambe, il s'élève
Des senteurs de gomme et de sève
Dans les buissons.

Quel souffle a mis ces teintes douces
Aux pointes des frileuses pousses ?
Quel sylphe peint
De ce charmant vert véronèse
Les jeunes bourgeons du mélèze
Et du sapin ?

Sous les haleines réchauffées
Qui nous apportent ces bouffées
D'air moite et doux,
Il nous semble que tout renaisse.
On sent comme un flot de jeunesse
Couler en nous.

Tout était mort dans les futaies ;
Voici, tout à coup, plein les haies,
Plein les sillons,
Du soleil, des oiseaux, des brises,
Plein le ciel, plein les forêts grises,
Plein les vallons.

Ce n'est plus une voix timide
Qui prélude dans l'air humide,
Sous les taillis ;
C'est une aubade universelle ;
On dirait que l'azur ruisselle
De gazouillis.

Devant ce renouveau des choses,
Je rêve des idylles roses ;
Je vous revois,
Prime saison, belles années,
De fleurs de rêve couronnées,
Comme autrefois.

Et, tandis que dans les clairières
Chuchotent les voix printanières,
Et moi j'entends
Rossignoler l'âme meurtrie,
La tant douce voix attendrie
De mes printemps.

La chanson d'avril - Joseph Autran

Renais, renais ; ouvre et déploie
Ta robe de fleurs et d'air pur ;
Tressaille d'amour et de joie,
Ô terre antique où me renvoie
Le Dieu qui règne dans l'azur !

Réveille-toi ! — sous l'hiver sombre
Dormir cinq mois, c'est trop longtemps.
Chasse la pluie, écarte l'ombre,
Et mets au jour les biens sans nombre
Que tu recèles dans tes flancs.

Sous la lumière que j'épanche.
Reverdissez, gazons et bois.
Frêne orgueilleux, saule qui penche ;
Et que le chêne et la pervenche
Tous deux revivent à la fois.

Dans le taillis, dans les broussailles.
Volez, chantez, oiseaux bénis !
Voici le temps des fiançailles :
De brins d'osier, de folles pailles,
Tressez la conque de vos nids.

Qu'attendez-vous, sources lointaines,
Pour déborder de vos berceaux ?
Coulez ruisseaux, coulez fontaines :
Les monts ne dominent les plaines
Qu'afin d'y répandre leurs eaux.

Qu'à leur murmure tout s'éveille ;
Que tout s'éclaire au nouveau jour.
Sors du bouton, rose vermeille !
Des tendres cœurs jaillis pareille,
Première extase de l'amour !

A ta fenêtre où le ciel brille,
Ange à l'œil bleu, sylphe à l'œil noir.
Viens t'accouder, ô jeune fille !
Rêve, à l'insu de ta famille,
Ton rêve de l'aube et du soir.

Enfin toi, fermier, toi, le père,
Rentre au sillon, charrue en main.
Quand je ris, le travail prospère ;
Reprends joyeux ton œuvre austère,
L'œuvre dont vit le genre humain !

Renais, renais ; ouvre et déploie
Ta robe de fleurs et d'air pur ;
Tressaille d'amour et de joie.
Ô terre antique où me renvoie
Le Dieu qui règne dans l'azur !

Avril - Albert Lozeau

Le ciel est d’un azur si pur qu’il en est blanc.
C’est Avril qui revient, Avril doux et trop lent
Et qui, pour émouvoir la torpeur de la terre,
Lui tire, du soleil, des flèches de lumière.
C’est le dimanche où les mains portent des rameaux
Que le prêtre bénit avec de divins mots.
Et c’est, là-bas encore, au clocher de Saint-Jacques,
La musique de bronze, à l’aube, annonçant : Pâques !
Et chaque église avec sa chanson répondant,
L’une en priant, l’autre en riant, l’autre en grondant, —
Dont la plus belle vient de Saint-Louis-de-France,
(Honni soit le curé jaloux qui mal y pense !)

Avril, toi qu’a chanté jadis Remy Belleau,
Le plus clair de ta gloire est encore de l’eau !
La neige fond, et le printemps frileux frissonne,
Quand à Paris déjà le marronnier bourgeonne.
Mais je ne t’en veux pas : c’est la faute au bon Dieu
Qui retarde les pas du soleil dans le bleu.
Aux mois fleuris, Avril, tu prépares la terre,
Et ta venue est douce au cœur du solitaire.
Tu prolonges les soirs de rêves, et tu mets
Des étoiles là-haut plus qu’il n’en fut jamais,
Tu rends le jour léger et transparent l’espace
Et l’on regarde en soi l’espérance qui passe...

Avril, dont l'odeur nous augure - Paul-Jean Toulet

Avril, dont l'odeur nous augure
Le renaissant plaisir,
Tu découvres de mon désir
La secrète figure.

Ah, verse le myrte à Myrtil,
L'iris à Desdémone :
Pour moi d'une rose anémone
S'ouvre le noir pistil.

Veillée d'avril - Jules Laforgue

Il doit être minuit. Minuit moins cinq. On dort.
Chacun cueille sa fleur au vert jardin des rêves,
Et moi, las de subir mes vieux remords sans trêves,
Je tords mon cœur pour qu'il s'égoutte en rimes d'or.

Et voilà qu'à songer me revient un accord,
Un air bête d'antan, et sans bruit tu te lèves
Ô menuet, toujours plus gai, des heures brèves
Où j'étais simple et pur, et doux, croyant encor.

Et j'ai posé ma plume. Et je fouille ma vie
D'innocence et d'amour pour jamais défleurie,
Et je reste longtemps, sur ma page accoudé,

Perdu dans le pourquoi des choses de la terre,
Ecoutant vaguement dans la nuit solitaire
Le roulement impur d'un vieux fiacre attardé.

De ce tardif avril - Jean Moréas

De ce tardif avril, rameaux, verte lumière,
Lorsque vous frissonnez,
Je songe aux amoureux, je songe à la poussière
Des morts abandonnés.

Arbres de la cité, depuis combien d'années
Nous nous parlons tout bas !
Depuis combien d'hivers vos dépouilles fanées
Se plaignent sous mes pas !

Avril - William Chapman

Aux rayons rutilants d’Avril la neige fond,
Chaque route s’effondre et tout sentier s’efface,
Les vastes flots grondants du Fleuve écumeux font
Voler en lourds éclats ses entraves de glace.

Pas un nuage au ciel ! pas un souffle dans l’air !
Les baisers du soleil argentent les ramures,
Et des pins, dont les vents tordaient la cime hier,
Vers l’éther lumineux montent de gais murmures.

Dans les bois le dégel vernal clôt les chantiers.
Le sol n’y tremble plus des chocs de l’abattage.
Les voyageurs d’en haut, aussi joyeux qu’altiers,
Sac au dos, en chantant, reviennent au village.

De retour avec eux, ivres de liberté,
Autour de nos logis s’ébattent les corneilles.
Des aspects et des bruits nouveaux de tout côté
Émerveillent nos yeux, enivrent nos oreilles.

Les frais ruisseaux d’argent, où le ciel transparaît,
Roucoulent dans le creux des combes embaumées.
En spirales d’azur, à travers la forêt,
De mille feux ardents s’élèvent des fumées.

Sous les éclats couvrant leurs huttes en bois ronds,
― Comme perdus au sein du désert insondable, ―
Les vaillants sucriers, penchés sur leurs chaudrons,
Surveillent la cuisson du blond sucre d’érable.

Déjà sous l’outremer des grands cieux éclatants
La terre sent frémir en elle les pervenches,
Déjà vaguement flotte une odeur de printemps,
Et les premiers bourgeons éclatent sur les branches.

Souvenir d’avril - Charles Cros

Le rythme argentin de ta voix
Dans mes rêves gazouille et tinte,
Chant d’oiseau, bruit de source au bois,
Qui réveillent ma joie éteinte.

Mais les bois n’ont pas de frissons,
Ni les harpes éoliennes,
Qui soient si doux que tes chansons,
Que tes chansons tyroliennes.

Parfois le vent m’apporte encor
L’odeur de ta blonde crinière,
Et je revois tout le décor
D’une folle nuit printanière ;

D’une des nuits, où tes baisers
S’entremêlaient d’historiettes,
Pendant que de tes doigts rosés
Tu te roulais des cigarettes ;

Où ton babil, tes mouvements
Prenaient l’étrange caractère
D’inquiétants miaulements,
De mordillements de panthère.

Puis tu livrais tes trésors blancs
Avec des poses languissantes...
Le frisson emperlait tes flancs
Émus des voluptés récentes.

Ainsi ton image me suit,
Réconfort aux heures glacées,
Sereine étoile de la nuit
Où dorment mes splendeurs passées.

Ainsi, dans les pays fictifs
Où mon âme erre vagabonde,
Les fonds noirs de cyprès et d’ifs,
S’égayent de ta beauté blonde.

Et, dans l’écrin du souvenir
Précieusement enfermée,
Perle que rien ne peut ternir,
Tu demeures la plus aimée.

Avril - Louis-Honoré Fréchette

La neige fond partout ; plus de lourde avalanche.
Le soleil se prodigue en traits plus éclatants ;
La sève perce l'arbre en bourgeons palpitants
Qui feront sous les fruits, plus tard, plier la branche.

Un vent tiède succède aux farouches autans ;
L'hirondelle est absente encor ; mais en revanche
Des milliers d'oiseaux blancs couvrent la plaine blanche,
Et de leurs cris aigus rappellent le printemps.

Sous l'effluve fécond il faut que tout renaisse...
Avril c'est le réveil, avril c'est la jeunesse.
Mais quand la Poésie ajoute : mois des fleurs -

Il faut bien avouer - nous que trempe l'averse,
Qu'entraîne la débâcle, ou qu'un glaçon renverse -
Que les poètes sont d'aimables persifleurs.

Douceur d’avril - René-François Sully Prudhomme

J’ai peur d’avril, peur de l’émoi
Qu’éveille sa douceur touchante ;
Vous qu’elle a troublés comme moi,
C’est pour vous seuls que je la chante.

En décembre, quand l’air est froid,
Le temps brumeux, le jour livide,
Le cœur, moins tendre et plus étroit,
Semble mieux supporter son vide.

Rien de joyeux dans la saison
Ne lui fait sentir qu’il est triste ;
Rien en haut, rien à l’horizon
Ne révèle qu’un ciel existe.

Mais, dès que l’azur se fait voir,
Le cœur s’élargit et se creuse,
Et s’ouvre pour le recevoir
Dans sa profondeur douloureuse ;

Et ce bleu qui lui rit de loin,
L’attirant sans jamais descendre,
Lui donne l’infini besoin
D’un essor impossible à prendre.

Le bonheur candide et serein
Qui s’exhale de toutes choses,
L’oppresse, et son premier chagrin
Rajeunit à l’odeur des roses.

Il sent, dans un réveil confus,
Les anciennes ardeurs revivre,
Et les mêmes anciens refus
Le repousser dès qu’il s’y livre.

J’ai peur d’avril, peur de l’émoi
Qu’éveille sa douceur touchante ;
Vous qu’elle a troublés comme moi,
C’est pour vous seuls que je la chante.

Regret d’avril - Armand Silvestre

Il n’est chansons qu’au temps d’avril
Quand, sur les lilas en péril,
Le vent frileux palpite et pleure.
Il n’est chansons qu’au matin clair
Où, dans la caresse de l’air,
Tinte la jeunesse de l’heure !

Il n’est amour qu’au temps de mai
Quand la rose au cœur parfumé
S’ouvre aux souffles tièdes des grèves.
Il n’est amour qu’au soir vermeil
Où l’aile rose du soleil
Se referme au loin sur nos rêves.

Au temps d’hiver et des glaçons
Il n’est plus amour ni chansons !
Plus de lilas ! et plus de roses !
Les matins sont silencieux
Et les soirs descendent des cieux
Mélancoliques et moroses !

Printemps d’Avril - Théodore de Banville

Ma mie, à son toit fidèle,
La frétillante hirondelle
Revient du lointain exil.
Déjà le long des rivages
S’égaie un sylphe subtil,
Qui baise les fleurs sauvages :
Voici le printemps d’Avril !

C’est le moment où les fées,
De volubilis coiffées,
Viennent, au matin changeant,
Sur le bord vert des fontaines,
Où court le flot diligent,
Charmer les biches hautaines
De leurs baguettes d’argent.

Elles dansent à l'aurore
Sur l'herbe, où les suit encore
Un troupeau de nains velus.
Ne va pas, enfant sereine,
Au fond des bois chevelus ;
Elles te prendraient pour reine,
Et je ne te verrais plus !

Fin d’avril - André Lemoyne

Le rossignol n’est pas un froid et vain artiste
Qui s’écoute chanter d’une oreille égoïste,
Émerveillé du timbre et de l’ampleur des sons :
Virtuose d’amour, pour charmer sa couveuse,
Sur le nid restant seule, immobile et rêveuse,
Il jette à plein gosier la fleur de ses chansons.

Ainsi fait le poëte inspiré. — Dieu l’envoie
Pour qu’aux humbles de cœur il verse un peu de joie.
C’est un consolateur ému. — De temps en temps,
La pauvre humanité, patiente et robuste,
Dans son rude labeur aime qu’une voix juste
Lui chante la chanson divine du printemps.

Chant d’Avril - Auguste Lacaussade

Quand je la vois, il fait beau dans mon âme,
Tout est lumière en moi, tout est fraîcheur ;
Un ciel d’avril où l’aube épand sa flamme
A moins de brise et d’azur que mon cœur.
Tel que l’oiseau dont la voix est muette,
Sous son regard si je reste sans voix,
C’est de bonheur. Oh ! mon âme est en fête
Quand je la vois !

L’abeille d’or vibrant dans la lumière,
La fleur buvant la pourpre de midi,
Le daim furtif, au bord de la clairière,
Humant du jour le silence attiédi,
L’esprit heureux que la Muse caresse,
Le rossignol rêvant au fond des bois,
Seuls ont connu, seuls diraient mon ivresse
Quand je la vois !

Un souvenir d’Avril - Auguste Lacaussade

Avril emplissait l’air de souffles caressants,
Aux rameaux noirs tremblaient les bourgeons rougissants,
Dans les hauts marronniers quelques feuilles frileuses
Sortaient timidement de leurs gaines soyeuses.
Comme une jeune mère aux charmantes pudeurs,
La terre se voilait de fécondes verdeurs.
Les germes s’éveillaient sous la brise plus chaude,
La cime des forêts se teignait d’émeraude ;
De gazouillements clairs, de mille bruits joyeux
L’onde et l’oiseau fêtaient le pâle azur des cieux.
Le merle, par instants, enivré de lumière,
Des éclats de sa voix emplissait la clairière,
Et tout semblait heureux de vivre, et, seul, mon cœur
Ne pouvait secouer sa nuit ni sa langueur.
Oh ! pourquoi la tristesse et les langueurs moroses
Quand la vie en chantant s’éveille au sein des choses ?
Je ne sais ; mais ton souffle, ô le plus cher des mois,
Avril ! ton souffle ami, pour la première fois,
Se jouait à mon front sans en dissiper l’ombre.
Dans tes clartés baigné mon esprit restait sombre.
Me rappelant ma vie aux vœux inécoutés,
Et mes printemps déçus, et mes jours avortés,
Je songeais tristement combien vite on oublie...
Et plein de pitié tendre et de mélancolie,
Tandis qu’à mes côtés tout naissait pour fleurir,
Moi, d’un sommeil sans fin j’aurais voulu dormir,
Et, près d’Elle couché sous la mousse embaumée,
Mêler ma cendre heureuse à sa poussière aimée !

Avril - Gérard de Nerval

Déjà les beaux jours, - la poussière,
Un ciel d'azur et de lumière,
Les murs enflammés, les longs soirs ; -
Et rien de vert : - à peine encore
Un reflet rougeâtre décore
Les grands arbres aux rameaux noirs !

Ce beau temps me pèse et m'ennuie.
- Ce n'est qu'après des jours de pluie
Que doit surgir, en un tableau,
Le printemps verdissant et rose,
Comme une nymphe fraîche éclose
Qui, souriante, sort de l'eau.

Avril – À Louis B. - Victor Hugo

Louis, voici le temps de respirer les roses,
Et d’ouvrir bruyamment les vitres longtemps closes ;
Le temps d’admirer en rêvant
Tout ce que la nature a de beautés divines
Qui flottent sur les monts, les bois et les ravines
Avec l’onde, l’ombre et le vent !

Louis, voici le temps de reposer son âme
Dans ce calme sourire empreint de vague flamme
Qui rayonne au front du ciel pur ;
De dilater son cœur ainsi qu’une eau qui fume,
Et d’en faire envoler la nuée et la brume
A travers le limpide azur !

O Dieu ! que les amants sous les vertes feuillées
S’en aillent, par l’hiver pauvre ailes mouillées !
Qu’ils errent, joyeux et vainqueurs !
Que le rossignol chante, oiseau dont la voix tendre
Contient de l’harmonie assez pour en répandre
Sur tout l’amour qui sort des cœurs !

Que, blé qui monte, enfant qui joue, eau qui murmure,
Fleur rose où le semeur rêve une pêche mûre,
Que tout semble rire ou prier !
Que le chevreau gourmand, furtif et plein de grâces,
De quelque arbre incliné mordant les feuilles basses,
Fasse accourir le chevrier !

Qu’on songe aux deuils passés en se disant : qu’était-ce ?
Que rien sous le soleil ne garde de tristesse !
Qu’un nid chante sur les vieux troncs !
Nous, tandis que de joie au loin tout vibre et tremble,
Allons dans la forêt, et là, marchant ensemble,
Si vous voulez, nous songerons.

Nous songerons tous deux à cette belle fille
Qui dort là-bas sous l’herbe où le bouton d’or brille,
Où l’oiseau cherche un grain de mil,
Et qui voulait avoir, et qui, triste chimère !
S’était fait cet hiver promettre par sa mère
Une robe verte en avril.

Avril - Rémy Belleau

Avril, l'honneur et des bois
Et des mois,
Avril, la douce esperance
Des fruits qui soubs le coton
Du bouton
Nourrissent leur jeune enfance ;

Avril, l'honneur des prez verds,
Jaune, pers,
Qui d'une humeur bigarrée
Emaillent de mille fleurs
De couleurs
Leur parure diaprée ;

Avril, l'honneur des souspirs
Des zephyrs,
Qui, soubs le vent de leur aelle,
Dressent encore es forests
Des doux rets
Pour ravir Flore la belle ;

Avril, c'est ta douce main
Qui du sein
De la nature desserre
Une moisson de senteurs
Et de fleurs,
Embasmant l'aer et la terre.

Avril, l'honneur verdissant,
Florissant
Sur les tresses blondelettes
De ma dame, et de son sein
Tousjours plein
De mille et mille fleurettes ;

Avril, la grace et le ris
De Cypris,
Le flair et la douce haleine ;
Avril, le parfum des dieux
Qui des cieux
Sentent l'odeur de la plaine.

C'est toy courtois et gentil
Qui d'exil
Retire ces passageres,
Ces arondelles qui vont
Et qui sont
Du printemps les messageres.

L'aubespine et l'aiglantin,
Et le thin,
L'œillet, le lis et les roses,
En ceste belle saison,
A foison,
Monstrent leurs robes écloses.

Le gentil rossignolet,
Doucelet,
Decoupe dessoubs l'ombrage
Mille fredons babillars,
Fretillars
Au doux chant de son ramage.

C'est à ton heureux retour
Que l'amour
Souffle à doucettes haleines
Un feu croupi et couvert
Que l'hyver
Receloit dedans nos veines.

Tu vois en ce temps nouveau
L'essaim beau
De ces pillardes avettes
Volleter de fleur en fleur
Pour l'odeur
Qu'ils mussent en leurs cuissettes.

May vantera ses fraischeurs,
Ses fruicts meurs
Et sa feconde rosée,
La manne et le sucre doux,
Le miel roux,
Dont sa grace est arrosée.

Mais moy je donne ma voix
A ce mois,
Qui prend le surnom de celle
Qui de l'escumeuse mer
Veit germer
Sa naissance maternelle.

J'espère que vous avez apprécié cette sélection des poèmes les plus beaux et célèbres sur le mois d'avril.

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