Voici une belle sélection de poèmes sur le mois de janvier.

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Mois de janvier - François Coppée

Songes-tu parfois, bien-aimée,
Assise près du foyer clair,
Lorsque sous la porte fermée
Gémit la bise de l'hiver,

Qu'après cette automne clémente,
Les oiseaux, cher peuple étourdi,
Trop tard, par un jour de tourmente,
Ont pris leur vol vers le Midi ;

Que leurs ailes, blanches de givre,
Sont lasses d'avoir voyagé ;
Que sur le long chemin à suivre
Il a neigé, neigé, neigé ;

Et que, perdus dans la rafale,
Ils sont là, transis et sans voix,
Eux dont la chanson triomphale
Charmait nos courses dans les bois ?

Hélas ! comme il faut qu'il en meure
De ces émigrés grelottants !
Y songes-tu ? Moi, je les pleure,
Nos chanteurs du dernier printemps.

Tu parles, ce soir où tu m'aimes,
Des oiseaux du prochain Avril ;
Mais ce ne seront plus les mêmes,
Et ton amour attendra-t-il ?

Janvier - Louis-Honoré Fréchette

La tempête a cessé. L'éther vif et limpide
A jeté sur le fleuve un tapis d'argent clair,
Où l'ardent patineur au jarret intrépide
Glisse, un reflet de flamme à son soulier de fer.

La promeneuse, loin de son boudoir tépide,
Bravant sous les peaux d'ours les morsures de l'air,
Au son des grelots d'or de son cheval rapide,
À nos yeux éblouis passe comme un éclair.

Et puis, pendant les nuits froidement idéales,
Quand, au ciel, des milliers d'aurores boréales
Battent de l'aile ainsi que d'étranges oiseaux,

Dans les salons ambrés, nouveaux temples d'idoles,
Aux accords de l'orchestre, au feu des girandoles,
Le quadrille joyeux déroule ses réseaux !

Le Premier janvier - Louis Fréchette

Vents qui secouez les brandies pendantes
Des sapins neigeux au front blanchissant ;
Qui mêlez vos voix aux notes stridentes
Du givre qui grince aux pieds, du passant ;

Nocturnes clameurs qui montez des vagues,
Quand l’onde glacée entre en ses fureurs ;
Bruits sourds et confus, rumeurs, plaintes vagues
Qui troublez du soir les saintes horreurs ;

Craquement du froid, murmures des ombres,
Frissons des forêts que l’hiver étreint,
Taisez-vous !… Du haut des vastes tours sombres,
La cloche a jeté ses sanglots d’airain !…

Voix mystérieuse au fond du ciel blême,
Le bronze a sonné douze coups,—minuit !
C’est le dernier mot, c’est l’adieu suprême
Que le présent jette au passé qui fuit.

Minute fatale, insensible étape,
Rapide moment sitôt emporté,
Cet instant qui naît et qui nous échappe
A fait faire un pas à l’Eternité !

Plus prompt que l’éclair ou l’oiseau qui vole,
Ce temps qu’on dépense en vœux superflus,
Ce temps qu’on gaspille en calcul frivole,
Quand on va l’atteindre, il n’est déjà plus !

Un an vient de fuir, un antre commence…
Penseurs érudits, raisonneurs subtils,
Vous qui disséquez la nature immense,
Ces ans qui s’en vont, dites, où vont-ils ? —

Ils vont où s’en va tout ce qui s’effondre ;
Où vont nos destins à peine aperçus ;
Dans l’abîme abrupt où vont se confondre
Avec nos bonheurs nos espoirs déçus ;

Ils vont où s’en va la vaine fumée
De tous nos projets de gloire et d’amour ;
Où va le géant, où va le pygmée,
L’arbre centenaire et la fleur d’un jour ;

Où vont nos sanglots et nos chants de fête,
Où vont jeunes fronts et chefs tremblotants,
Où va le zéphyr, où va la tempête,
Où vont nos hivers, où vont nos printemps !…

Temps ! Eternité ! mystère insondable !
Tout courbe le front devant vos grandeurs,
Problème effrayant, gouffre inabordable,
Quel œil peut plonger dans vos profondeurs ?

Atomes sans nom perdu dans l’espace,
Nous roulons sans cesse eu flots inconstants ;
Seul le Créateur, devant qui tout passe,
Immuable, plane au-dessus des temps.

Janvier est revenu. Ne crains rien, noble femme ! - Victor Hugo

Janvier est revenu. Ne crains rien, noble femme !
Qu'importe l'an qui passe et ceux qui passeront !
Mon amour toujours jeune est en fleur dans mon âme ;
Ta beauté toujours jeune est en fleur sur ton front.

Sois toujours grave et douce, ô toi que j'idolâtre ;
Que ton humble auréole éblouisse les yeux !
Comme on verse un lait pur dans un vase d'albâtre,
Emplis de dignité ton cœur religieux.

Brave le temps qui fuit. Ta beauté te protège.
Brave l'hiver. Bientôt mai sera de retour.
Dieu, pour effacer l'âge et pour fondre la neige,
Nous rendra le printemps et nous laisse l'amour.

1er janvier - Victor Hugo

Enfant, on vous dira plus tard que le grand-père
Vous adorait ; qu'il fit de son mieux sur la terre,
Qu'il eut fort peu de joie et beaucoup d'envieux,
Qu'au temps où vous étiez petits il était vieux,
Qu'il n'avait pas de mots bourrus ni d'airs moroses,
Et qu'il vous a quittés dans la saison des roses ;
Qu'il est mort, que c'était un bonhomme clément ;
Que, dans l'hiver fameux du grand bombardement,
Il traversait Paris tragique et plein d'épées,
Pour vous porter des tas de jouets, des poupées,
Et des pantins faisant mille gestes bouffons ;
Et vous serez pensifs sous les arbres profonds.

La Fleur de pommier - Robert Desnos

Joli rossignol et fleur de pommier,
Si la neige tombe au mois de Juillet,
Joli rossignol et fleur de pommier,
C'est que le soleil en Janvier brillait,
Joli rossignol et fleur de pommier.

C’est l’hiver - Guillaume Apollinaire

C’est l’hiver et déjà j’ai revu des bourgeons
Aux figuiers dans les clos Mon amour nous bougeons
Vers la paix ce printemps de la guerre où nous sommes
Nous sommes bien Là-bas entends le cri des hommes
Un marin japonais se gratte l’œil gauche avec l’orteil droit
Sur le chemin de l’exil voici des fils de rois
Mon cœur tourne autour de toi comme un kolo où dansent quelques jeunes soldats serbes auprès d’une pucelle endormie
Le fantassin blond fait la chasse aux morpions sous la pluie
Un Belge interné dans les Pays-Bas lit un journal où il est question de moi
Sur la digue une reine regarde le champ de bataille avec effroi
L’ambulancier ferme les yeux devant l’horrible blessure
Le sonneur voit le beffroi tomber comme une poire trop mûre
Le capitaine anglais dont le vaisseau coule tire une dernière pipe d’opium
Ils crient Cri vers le printemps de paix qui va venir Entends le cri des hommes
Mais mon cri va vers toi mon Lou tu es ma paix et mon printemps
Tu es ma Lou chérie le bonheur que j’attends
C’est pour notre bonheur que je me prépare à la mort
C’est pour notre bonheur que dans la vie j’espère encore
C’est pour notre bonheur que luttent les armées
Que l’on pointe au miroir sur l’infanterie décimée
Que passent les obus comme des étoiles filantes
Que vont les prisonniers en troupes dolentes
Et que mon cœur ne bat que pour toi ma chérie
Mon amour ô mon Loup mon art et mon artillerie

Nîmes, le 17 janvier 1915

Bûche - Théodore de Banville

A quoi penses-tu, pauvre bûche ?
Dis-je à la bûche dans mon feu,
Qu'un blanc vêtement de peluche
Environnait, comme par jeu,
Pâlie et rouge tour à tour,
Comme une fille en mal d'amour.

La bûche répondit : Je pense,
Avec un plaisir infernal,
Que la plus douce récompense
Est mon habit de cardinal,
Dont l'adorable vermillon
Brille comme un rouge paillon.

Le froid noir, c'est moi qui le brave,
Car seule, en ce moment, j'ai chaud.
Et folle, ayant quitté la cave
Du charbonnier, sombre cachot,
Je me chauffe dans un brasier
Aussi vermeil que le rosier.

Chacun s'affuble de mitaines.
En proie à l'Hiver, ce bourreau,
Blanches, les muettes fontaines,
Oubliant de verser leur eau,
Avec un faste oriental
Ont de grands plumets de cristal.

Ne pouvant porter de voilettes,
Les messieurs tristes, dont les nez
Ressemblent à des violettes,
Regrettent parfois d'être nés
Ailleurs qu'au pays où Brazza
Dans l'air enflammé s'embrasa.

Quant aux femmes, trésor des hommes,
Ces languissantes Éloas
Obtiennent, pour de fortes sommes,
Des écharpes et des boas
Comme en a pu voir Paul de Kock,
Faits avec des plumes de coq.

Moi que, seule, contre la bise
Défend le calorique sain,
Je reste, pour qu'on me courtise,
Rose, comme le bout du sein
Que, parmi des touffes de lys,
Baisait le chasseur Adonis.

Je règne sur mon lit de bronze,
Princesse qu'il faut envier,
En mil huit cent quatre-vingt-onze
Et dans cet horrible janvier,
Car je sens dans ma braise en fleur
Deux mille degrés de chaleur.

Tout en admirant le prodige,
Après ce discours si complet,
Voilà qui va des mieux, lui dis-je,
Et ton éloquence me plaît.
Ta douce fierté me surprit,
Mais, bûche, as-tu beaucoup d'esprit ?

C'est là que je flaire une embûche.
Fût-ce un auteur du plus grand vol,
Un homme qu'on appelle Bûche,
Est rarement un Rivarol,
Et sans doute il semblerait fort
De le confondre avec Chamfort.

C'est bon, dit la bûche hautaine,
Qui parlait selon son humeur,
Comme parlent chez La Fontaine
Les objets quelconques, — rimeur
Glorieux du vin que tu bois,
Je le sais bien, je suis en bois.

Mais que de gens font des tirages
De leurs portraits coloriés
Et, pour se garer des orages,
Mettent des chapeaux de lauriers
Sur leurs têtes pâles d'émoi,
Qui sont aussi bûches que moi !

J'espère que vous avez apprécié cette sélection des poèmes les plus beaux et célèbres sur le mois de janvier.

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