Voici une belle sélection de poèmes sur le mois de mars.

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Mois de mars - François Coppée

Parfois un caprice te prend,
Méchante amie, et tu me boudes,
Et sur le balcon tu t'accoudes
Malgré l'eau qui tombe à torrent.

Mais, vois-tu ! Mars, avec ses grêles
A qui succède un gai soleil,
Chère boudeuse, est tout pareil
A nos fugitives querelles.

Tels ces oiseaux, pauvres petits,
Sous ce fronton, pendant l'averse,
Et telle ta bouche perverse
Où des sourires sont blottis.

Vienne un rayon, et, la première,
Tu tourneras vers moi les yeux,
Et les oiselets tout joyeux
S'envoleront dans la lumière.

Promesses de mars - Auguste Angellier

Quand Mars sème ses giboulées
Dont la grêle folle étincelle,
Quand, de ses blanches aiguillées,
Le givre brode de dentelle
Les noires branches des allées,

Dans les herbes renouvelées
Déjà prêtes pour l'asphodèle,
D'exquises senteurs exhalées
Annoncent le retour fidèle
Des douces brises exilées :

Et des collines aux vallées,
Le petit rouge-gorge appelle,
Secouant ses ailes mouillées,
Les jours où le bois entremêle,
Pour cacher les nids, ses feuillées.

Mais aux âmes inconsolées
Qu'importe que Juin amoncelle
Sur les vieux murs les giroflées,
Et que dans les airs bleus ruisselle
Un flot de chansons roucoulées ?

Mes espérances sont allées
Dans la froide tombe avec celle
Qui dort au champ des mausolées ;
Le Printemps est mort avec elle ;
Toutes saisons sont désolées.

Mars - William Chapman

L’interminable hiver tente un dernier effort,
Pour enfouir la terre et refroidir l’espace :
Sous le souffle effréné de l’ouragan du nord
De plus en plus la neige en tourbillons s’entasse.

Et cette blanche mer déferle dans le vent
Par-dessus les taillis aux branches dénudées.
Les chars dans les ravins comblés bloquent souvent
Sous l’amoncellement continu des bordées.

L’air glacial est lourd de morbides vapeurs.
Nous sortons peu. Le Soir près du feu nous rassemble ;
Et les vieux dolemment racontent là des peurs
Qui font frémir l’enfant, blêmir l’aïeul qui tremble.

La cruelle saison sème au hasard les deuils.
Pour les hôtes des bois partout se cache un piège,
Et le braconnier traque orignaux et chevreuils
Aveuglés du grésil, empêtrés de la neige.

Tout souffre, hommes, bétail ; tout pleure, arbres, échos.
Dans son grenier gémit le pauvre, maigre et pâle,
Et l’on croit par moment entendre ses sanglots
À travers les cent bruits de la bise qui râle.

L’aurore ne luit plus sur les monts sourcilleux.
Rien ne fait pressentir la fin des jours livides.
Et si parfois un coin d’azur émerge aux cieux,
L’hiver croule à flots plus drus sur les Laurentides.

Mais de même qu’après le déluge, un matin,
L’arc-en-ciel rayonna dans sa splendeur première,
Le clair soleil pascal, qu’on croyait presque éteint,
Demain va tout dorer de sa blonde lumière.

Mars - Louis-Honoré Fréchette

Adieu les jours sereins, et les nuits étoilées !
La neige à flocons lourds s'amoncelle à foison
Au penchant des coteaux, dans le fond des vallées
C'est le dernier effort de la rude saison.

C'est le mois ennuyeux, le mois des giboulées ;
Des frimas cristallins l'étrange floraison
Brode ses fleurs de givre aux branches constellées ; -
Là-bas un trait bronzé dessine l'horizon.

Le vieux chasseur des bois dépose ses raquettes ;
Plus d'orignaux géants, plus de biches coquettes,
Plus de course lointaine au lointain Labrador.

Il s'en consolera, dans la combe voisine,
En regardant monter sur un feu de résine
La sève de l'érable en brûlants bouillons d'or.

Mars - René-François Sully Prudhomme

En mars, quand s’achève l’hiver,
Que la campagne renaissante
Ressemble à la convalescente
Dont le premier sourire est cher ;

Quand l’azur, tout frileux encore,
Est de neige éparse mêlé,
Et que midi, frais et voilé,
Revêt une blancheur d’aurore ;

Quand l’air doux dissout la torpeur
Des eaux qui se changeaient en marbres ;
Quand la feuille aux pointes des arbres
Suspend une verte vapeur ;

Et quand la femme est deux fois belle,
Belle de la candeur du jour,
Et du réveil de notre amour
Où sa pudeur se renouvelle,

Oh ! Ne devrais-je pas saisir
Dans leur vol ces rares journées
Qui sont les matins des années
Et la jeunesse du désir ?

Mais je les goûte avec tristesse ;
Tel un hibou, quand l’aube luit,
Roulant ses grands yeux pleins de nuit,
Craint la lumière qui les blesse,

Tel, sortant du deuil hivernal,
J’ouvre de grands yeux encore ivres
Du songe obscur et vain des livres,
Et la nature me fait mal.

Mars - Louis Bouilhet

Le printemps s’est hâté, mars en mai se déguise ;
Comme un hérisson fauve, il traîne le soleil
Qui lutte et fait trembler, au froid qui les aiguise,
Sur son dos frissonnant ses pointes de vermeil.

La brise a des chansons qui grelottent encore ;
Sous son capuchon rose enfermée à demi,
La fleur du marronnier regarde et veut éclore,
Puisque des pieds d’oiseaux sur sa branche ont frémi.

L’eau court, les liserons montent à l’escalade,
Et, de son blanc linceul secouant les lambeaux,
La nature sourit comme une enfant malade
Dont le front a gardé la pâleur des tombeaux.

Ô germes inquiets ! j’ai connu vos audaces,
J’ai voulu, comme vous, forcer le temps vainqueur,
Et, rêvant les blés mûrs dans la saison des glaces,
Sous le premier soleil épanouir mon cœur.

Alors, comme aujourd’hui, le vent chantait, les nues
Versaient un rayon d’or à mes éclosions ;
Tandis que tout gonflé de sèves inconnues
Bourgeonnait, dans mon sein, l’arbre des passions.

L’hiver est revenu, les feuilles sont brûlées,
Le sol glacé résonne à chacun de mes pas,
Et j’ai vu se flétrir, sous d’après giboulées,
Les saintes floraisons qui ne repoussent pas !

Je doute que ce fils prospère… - Théophile de Viau

Je doute que ce fils prospère,
Mars et l'Amour en sont jaloux,
Parce qu'il est beau comme vous
Et courageux comme son père.

Le Calendrier utile - Francis Jammes

Au mois de Mars (le Bélier ?) on sème
le trèfle, les carottes, les choux et la luzerne.
On cesse de herser, et l'on met de l'engrais
au pied des arbres et l'on prépare les carrés.
On finit de tailler la vigne où l'on met en place,
après l'avoir aérée, les échalas.

Pour les bestiaux les rations d'hiver finissent.
On ne mène plus, dans les prairies, les génisses
qui ont de beaux yeux et que leurs mères lèchent,
mais on leur donnera des nourritures fraîches.
Les jours croissent d'une heure cinquante minutes.
Les soirées sont douces et, au crépuscule,
les chevriers traînards gonflent leurs joues aux flûtes.
Les chèvres passent devant le bon chien
qui agite la queue et qui est leur gardien.

Si la pleine lune le veut, la PASSION échoit
vers le milieu ou vers la fin de ce beau mois.

Ensuite vient le beau dimanche des RAMEAUX.
Quand j'étais enfant, on m'y attachait des gâteaux,
et j'allais à vêpres, docile et triste.
Ma mère disait : dans mon pays il y avait des olives…
Jésus pleurait dans le jardin des oliviers…
On était allé, en grande pompe, le chercher…
À Jérusalem, les gens pleuraient en criant son nom…
Il était doux comme le Ciel, et son petit ânon
trottinait joyeusement sur les palmes jetées.
Des mendiants amers sanglotaient de joie,
en le suivant, parce qu'ils avaient la foi…
De mauvaises femmes devenaient bonnes
en le voyant passer avec son auréole
si belle qu'on croyait que c'était le soleil.
Il avait un sourire et des cheveux en miel.
Il a ressuscité des morts… Ils l'ont crucifié…
Je me souviens de cette enfance et des vêpres,
et je pleure, le gosier serré, de ne plus être
ce tout petit garçon de ces vieux mois de Mars,
de n'être plus dans l'église du village
où je tenais l'encens à la procession
et où j'écoutais le curé dire la PASSION.

Il te sera agréable, au mois de Mars,
d'aller avec ton amie sur les violettes noires.
À l'ombre, vous trouverez les pervenches bleu de lait
qu'aimait Jean-Jacques, le triste passionné.
Dans les bois, vous trouverez la pulmonaire
dont la fleur est violette et vin, la feuille vert-
de-gris, tachée de blanc, poilue et très rugueuse.
Il y a sur elle une légende pieuse ;
la cardamine où va le papillon-aurore,
l'isopyre légère et le noir ellébore,
la jacinthe qu'on écrase facilement
et qui a, écrasée, de gluants brillements ;
la jonquille puante, l'anémone et le narcisse
qui fait penser aux neiges des berges de la Suisse ;
puis le lierre-terrestre bon aux asthmatiques.
Si ton amie est jeune et a les jambes fines,
et si son corps est une douce et simple ligne
de lumière qui bouge à peine, et glisse,
le mois de Mars sera à tes amours propice,
car sa lumière est pure et s'accorde aux bras lisses.
L'épaule de ton amie sera plus luisante
et tout son corps sera comme une source blanche
qui, de la tête aux pieds, se gonfle sur la hanche.

Si, lassé d'amour, on retourne à la chasse,
on peut tuer encore quelques bécasses.

Ami, je t'invite, dans mon modeste asile,
si tu es fatigué des choses de la ville,
à venir simplement goûter le mois de Mars.
Nous ne distinguerons pas la vie d'avec l'art.
Mais s'il te plaît, ayant bu clair, de me dire
de beaux vers où tu auras vanté le sourire
de celle qui t'a donné sa gorge de raisin,
je te remercierai et te tendrai la main.

J'espère que vous avez apprécié cette sélection des poèmes les plus beaux et célèbres sur le mois de mars.

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