Leur poil est le poil gris qui sied aux philosophes.
Ce vêtement, pareil aux solides étoffes,
Luit convenablement sans tirer le regard.
Comme on les traite bien, ils n’ont pas l’air hagard
Des nôtres, malheureux et las, rendus cyniques.
Leurs grands yeux doux sont pleins de choses ironiques :
Mais après tout, ils sont des ânes, et leur dos
Doit porter le labeur honnête des fardeaux.
Seulement ce n’est pas l’herbe ni la farine
Dont l’odeur vaine excite et tente la narine ;
Mais les figues, les fruits délicats et mielleux,
Les limons doux, l’amas des raisins merveilleux
Dont les coteaux soufrés cuisent la chair exquise.
La balance du bât est ajustée et mise
De sorte qu’elle soit pour eux un bercement.
Comme un pavillon d’or, brille joyeusement,
Faisant prisme et saillie entre les deux oreilles,
Le haut collier de cuivre aux teintes sans pareilles ;
Et, de chaque côté du front pensif et gai
Oui penche à peine à terre et n’est pas fatigué,
Verts, et d’un juste accord rythmés au pas agile,
Tremblent des rameaux pris au laurier de Virgile.


Albert Mérat

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