Allons, ce sacrifice encore,
Et puis tout sera consommé.
Viens, que la flamme te dévore,
Pauvre vieux trésor embaumé !
Venez, sans tarder davantage,
Ô première et dernière page
Du roman fatal accompli !
Venez, ô lettres adorées ;
Venez, par moi-même livrées,
Tombez pour toujours dans l’oubli !

Non, point de larmes superflues,
Vous m’en avez trop fait verser.
Hier, quand je vous ai relues,
Vous sûtes encor me blesser.
Ma main ne sera pas tremblante,
Comme lorsque, émue et brûlante,
En grand’hâte elle vous ouvrait.
Je le veux et serai ferme :…
Vous voyez bien que je referme,
Sans vous, votre petit coffret.

Tombez, tombez toutes au gouffre,
Le feu va vous anéantir…
Sans avouer ce que je souffre,
Je vous regarderai partir.
Vous voici toutes embrasées…
Enfin !… mes forces sont brisées,
Mais il fallait, voyez-vous ;
Purifié par cette flamme,
Votre souvenir, dans mon âme,
Restera meilleur et plus doux.

Adieu !… mon courage défaille…
Adieu rêves !… adieu chagrins !…
Devant mon œuvre je tressaille…
Allez-vous-en aux cieux sereins.
— Et maintenant, ô vent qui passe !
Emporte à jamais dans l’espace
Cette fumée aux blancs flocons.
Peut-être un soir… un matin rose,
J’en respirerai quelque chose
Dans un de tes soupirs profonds !


Louisa Siefert

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