Ruisseau qui baignes cette plaine,
Je te ressemble en bien des traits.
Toujours même penchant t'entraîne :
Le mien ne changera jamais.

Tu fais éclore des fleurettes :
J'en produis aussi quelquefois.
Tu gazouilles sous ces coudrettes :
De l'amour j'y chante les lois.

Ton murmure flatteur et tendre
Ne cause ni bruit ni fracas ;
Plein du souci qu'amour fait prendre,
Si je murmure, c'est tout bas.

Rien n'est dans l'Empire liquide
Si pur que l'argent de tes flots ;
L'ardeur qui dans mon sein réside
N'est pas moins pure que tes eaux.

Des vents qui font gémir Neptune
Tu braves les coups redoublés ;
Des jeux cruels de la fortune
Mes sens ne sont jamais troublés.

Je ressens pour ma tendre amie
Cet amoureux empressement
Qui te porte vers la prairie
Que tu chéris si tendrement.

Quand Thémire est sur ton rivage,
Dans tes eaux on voit son portrait ;
Je conserve aussi son image ;
Elle est dans mon cœur, trait pour trait.

Tu n'as point d'embuche profonde ;
Je n'ai point de piège trompeur.
On voit jusqu'au fond de ton onde ;
On voit jusqu'au fond de mon cœur.

Au but prescrit par la nature
Tu vas, d'un pas toujours égal,
Jusqu'au temps où par sa froidure,
L'hiver vient glacer ton cristal.

Sans Thémire je ne puis vivre ;
Mon but à son cœur est fixé.
Je ne cesserai de le suivre
Que quand mon sang sera glacé.


Jean-Jacques Rousseau

Découvrez Poésie Postale, votre abonnement mensuel pour recevoir des poèmes inédits et œuvres d'art originales par la poste, le tout dans une enveloppe scellée à la cire.

Gâtez-vous ou offrez de la poésie en cadeau !

Cliquez ci-dessous pour découvrir un poème au hasard.