Clorinde a des yeux clairs et froids comme l’acier,
Qu’indignent les aveux, qu’allument les mains jointes ;
Elle habite l’orgueil comme un donjon princier ;
Et son regard, pareil au fer d’un justicier,
Sait plus loin dans les cœurs enfoncer mille pointes.

Jane a les yeux profonds, obscurs comme les trous
Que sur les hauts remparts braquent les couleuvrines.
Quand, lourds de voluptés, ils se fixent sur nous,
Entre leurs cils serrés flotte un nuage roux,
Et deux vides brûlants restent dans nos poitrines.

Alice a dans les yeux l’éclat des pièces d’or,
Et ce n’est point au cœur que sondent leurs silences.
Ils semblent soupeser quelque secret trésor ;
Et sans cesse inquiets, ils oscillent encor,
Comme font les plateaux des parfaites balances.

Les yeux pâles d’Hermine ont les vagues clartés
Des cierges dans le jour que le vitrail décalque.
Confesseurs des désirs benoîtement quêtés,
Ils leur versent le deuil et les lividités
Des lampes que l’on range autour d’un catafalque.

Les yeux de Julia sont les feux incertains
Des lanternes qu’on cache entre d’épais feuillages,
Sur le seuil d’une auberge aux buveurs clandestins,
Ou ressemblent encore à ces soleils éteints
Embourbés dans les joncs des fiévreux marécages.

Mais, Hélène ! tes yeux sont comme deux gardiens,
De toi-même ignorés, fils des blancheurs premières ;
Innocence ! ô candeur des chastes entretiens !
Quels yeux déjà ternis pourraient percer les tiens,
Ces deux grands boucliers faits de pures lumières ?


Léon Dierx

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