Au retour de la guerre et tout poudreux encore,
Le bien-aimé heurtait à la porte sonore :

— Pan ! pan ! — L’aube a rougi,
Et ta porte est fermée ;
Viens ouvrir, bien-aimée,
À ton ami.
Entends-tu l’hirondelle ?
N’as-tu donc pas, ma belle,
Assez dormi ?

Il entra ; mais l’enfant dans un froid lit de planches
Reposait, le front ceint de violettes blanches.

— Le sommeil a blêmi
Tes vives couleurs roses ;
Rouvre tes lèvres closes
Pour ton ami.
Écoute ! le coq chante :
N’as-tu donc pas, méchante,
Assez dormi ?

Le cercueil de sapin gisait sur la civière ;
Lui n’y voulait pas croire et disait à la bière :

— Tu voiles à demi
Ton front… Que peux-tu craindre ?
As-tu donc à te plaindre
De ton ami ?
Ah ! réveille-toi vite !
N’as-tu, pauvre petite,
Assez dormi ?

On l’emportait. Déjà dans la nef blanche et noire
Les psaumes résonnaient… Il n’y voulait pas croire :

— Vois, le jour a grandi,
Et le soleil boit l’ombre ;
Mais sans toi tout est sombre
Pour ton ami !
Quand tout luit et bourdonne,
Quoi ! n’as-tu pas, mignonne,
Assez dormi ?

Elle était dans la fosse, et lui doutait encore…
Quand le gravier bondit sur le cercueil sonore :
— Ah ! Dieu, tout est fini !
Au tombeau, mon aimée,
Qui t’a donc enfermée
Sans ton ami ?
Mourons, et qu’on m’enterre !
Mon âme a sur la terre
Assez dormi.


André Theuriet

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