C'est au bord du lac qu'il vit les fileuses
Et s'éprit de leurs mains et du lin qu'elles filaient,
Et s'éprit de leurs yeux, de leurs lèvres rieuses,
De leurs bras levés
Au-dessus du lin clair que leurs fins doigts liaient
Sur leur nuque neigeuse ;
Il s'éprit de la douceur mortelle
De les voir ;
Il s'éprit de l'espoir,
Et s'en alla vers elles.

Elles peignaient leur chevelure
D'un or si pâle en leurs prestes mains
Qu'elles semblaient filer des fuseaux de lin
D'un geste sûr :
Groupées au flanc lisse d'un rocher,
Blanches et bleutées du reflet mouvant
Qui clapote à leurs pieds,
Voilà Lodrune assise
Et l'Oline mi-couchée
Qui se peigne, on dirait qu'elle file ;
Mais l'Alvitte s'est levée,
Et la voici debout, toute blanche.
Immobile ;
Sa chevelure vermeille
Sèche, légère, contre ses hanches,
Au soleil…

Wieland, à l'abri d'une branche,
Appuyé, étonné, ébloui.
L'aima plus que sa vie.
Entrevue si blanche à travers ses cheveux,
Brume d'or, sur ses hanches, voile d'or,
Qu'il s'éblouit à la voir
Et qu'il ferma les yeux pour la revoir encore.


Francis Vielé-Griffin

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