Sur un îlot désert de l’Ottawa sauvage,
Le voyageur remarque, à deux pas du rivage,
Un tertre que la ronce achève de couvrir :
Un jour quelqu’un, ici, s’arrêta pour mourir.
L’humble tombe des bois n’a ni grille ni marbre ;
Mais, poëte naïf, à l’écorce d’un arbre
Cet étrange mourant confia son regret,
Jetant sa plainte amère au vent de la forêt.

La légende a doré cette histoire touchante :
L’arbre n’est plus debout ; mais le peuple qui chante,
Bien souvent, au hameau, fredonne eu soupirant
La complainte qu’alors chanta Cadieux mourant.

O sinistre Ottawa, combien de sombres drames
Dieu n’a-t-il pas écrits dans le pli de tes lames
Et sur les flancs rugueux de tes âpres récifs !
Dans les ombres du soir, combien de cris plaintifs,

Combien de longs sanglots, combien de plaintes vagues
Ne se mêlent-ils pas aux clameurs de tes vagues ?
Ah ! c’est que, sous tes flots et dans tes sables mous,
Bien des corps délaissés dorment dans tes remous !

Ceux-là n’ont pas même eu leurs quelques pieds de terre :
Leur linceul est l’oubli ; leur tombe est un mystère.
Jamais, an fond des bois, le touriste rêvant
Ne lira leurs adieux sur le bouleau mouvant ;

Et, le soir, au foyer, nulle voix printanière
Ne mêlera leurs noms aux chants de la chaumière.
Pour eux nuls souvenirs, nul bruit de pas aimés...
Dans vos tombeaux errants, pauvres perdus, donnez !


Louis Fréchette

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