Crois moi, jeune Thaïs, la mort n’est point à craindre ;
Sa faulx se brisera sur l’autel des amours.
Vas ; nous brûlons d’un feu qu’elle ne peut éteindre.
Est-ce mourir, dis-moi, que de s’aimer toujours ;
Nos ames survivront au terme de nos jours ;
Pour s’élancer vers lui par des routes nouvelles,
Le dieu qui les forma leur prêtera des aîles.
De ce globe échappés, nous verrons ces jardins
Ouverts dans l’élysée aux vertueux humains.
Là, tout naît sans culture : en cet aimable asyle
La terre d’elle-même épanche ses présens :
D’un soleil tempéré la lumière tranquille
A ce qu’il faut d’ardeur pour fixer le printemps.
Ce sont de toutes part des sources jaillissantes,
Dont le cristal retombe et fuit sous des lauriers.

Zéphir murmure et joue à travers les rosiers,
Fait ondoyer des fleurs les moissons odorantes,
Disperse leurs parfums, et dans ce beau séjour
Souffle avec un air pur les chaleurs de l’amour.
Là, des tendres amans les ombres se poursuivent ;
Ces amans ne sont plus, et leurs flammes revivent :
Là se joue en tout temps la douce illusion ;
Didon y tend les bras au fugitif énée,
La sensible Sapho n’y quitte plus Phaon ;
L’ombre de Lycoris, de pampres couronnée ;
Danse, rit et folâtre autour d’Anacréon.
Racine y soupirant aux accords de sa lyre,
Le front ceint d’un cyprès de fleurs entremêlé,
De l’amour et des vers sent le même délire,
Et baigne encor de pleurs le sein de Champmeslé.
Alcibiade y suit la volage Glycère ;
César y va contant ses amoureux exploits :
L’ombre enfin de Henri, cette ombre auguste et chere,
De la nymphe d’Anet semble adorer les lois
Dans ce bosquet riant et presque solitaire,
Où les ordres du ciel ont placé les bons rois.
Ces champs à ton aspect s’embelliront encore ;
Le jour qui les éclaire en deviendra plus doux ;
On n’aura jamais vu tant de myrtes éclore ;
Le cercle des heureux s’ouvrira devant nous ;
Nous leur demanderons le prix de la tendresse,
Amans ainsi que nous, ils liront dans nos yeux ;
Et, pleins du même amour dont ils sentoient l’ivresse,
Le même sort nous garde une place auprès d’eux.


Claude-Joseph Dorat

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