Si vous souhaitez lire ou relire les poèmes les plus célèbres et les plus beaux de Philippe Desportes, vous êtes au bon endroit. Bien que l’art soit subjectif, j’ai tenté de sélectionner des poèmes incontournables de ce poète en me basant sur mes préférences personnelles et leur présence dans plusieurs anthologies de la poésie française que j’ai pu lire.

Voici le meilleur de la poésie de Philippe Desportes.

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Que vous m'allez tourmentant - Philippe Desportes

Que vous m'allez tourmentant
De m'estimer infidèle !
Non, vous n'êtes point plus belle
Que je suis ferme et constant.

Pour bien voir quelle est ma foi,
Regardez-moi dans votre âme :
C'est comme j'en fais, Madame ;
Dans la mienne je vous vois.

Si vous pensez me changer,
Ce miroir me le rapporte ;
Voyez donc, de même sorte,
En vous, si je suis léger.

Pour vous, sans plus, je fus né,
Mon cœur n'en peut aimer d'autre :
Las ! si je ne suis plus vôtre,
A qui m'avez-vous donné ?

Icare est chu ici, le jeune audacieux - Philippe Desportes

Icare est chu ici, le jeune audacieux,
Qui pour voler au Ciel eut assez de courage :
Ici tomba son corps degarni de plumage,
Laissant tous braves cœurs de sa chute envieux.

Ô bienheureux travail d'un esprit glorieux,
Qui tire un si grand gain d'un si petit dommage !
Ô bienheureux malheur, plein de tant d'avantage
Qu'il rende le vaincu des ans victorieux !

Un chemin si nouveau n'étonna sa jeunesse,
Le pouvoir lui faillit, mais non la hardiesse ;
Il eut, pour le brûler, des astres le plus beau.

Il mourut poursuivant une haute aventure,
Le ciel fut son désir, la mer sa sépulture :
Est-il plus beau dessein, ou plus riche tombeau ?

Rosette, pour un peu d'absence - Philippe Desportes

Rosette, pour un peu d'absence,
Votre cœur vous avez changé,
Et moi, sachant cette inconstance,
Le mien autre part j'ai rangé :
Jamais plus, beauté si légère
Sur moi tant de pouvoir n'aura
Nous verrons, volage bergère,
Qui premier s'en repentira.

Tandis qu'en pleurs je me consume,
Maudissant cet éloignement,
Vous qui n'aimez que par coutume,
Caressiez un nouvel amant.
Jamais légère girouette
Au vent si tôt ne se vira :
Nous verrons, bergère Rosette.
Qui premier s'en repentira.

Où sont tant de promesses saintes,
Tant de pleurs versés en partant ?
Est-il vrai que ces tristes plaintes
Sortissent d'un cœur inconstant ?
Dieux ! que vous êtes mensongère !
Maudit soit qui plus vous croira !
Nous verrons, volage bergère,
Qui premier s'en repentira.

Celui qui a gagné ma place
Ne vous peut aimer tant que moi ;
Et celle que j'aime vous passe
De beauté, d'amour et de foi.
Gardez bien votre amitié neuve,
La mienne plus ne variera,
Et puis, nous verrons à l'épreuve
Qui premier s'en repentira.

D'une fontaine - Philippe Desportes

Cette fontaine est froide, et son eau doux-coulante,
A la couleur d'argent, semble parler d'Amour ;
Un herbage mollet reverdit tout autour,
Et les aunes font ombre à la chaleur brûlante.

Le fueillage obeyt à Zephyr qui l'évante,
Souspirant, amoureux, en ce plaisant séjour ;
Le soleil clair de flame est au milieu du jour,
Et la terre se fend de l'ardeur violante.

Passant, par le travail du long chemin lassé,
Brûlé de la chaleur et de la soif pressé,
Arreste en cette place où ton bonheur te maine ;

L'agréable repos ton corps delassera,
L'ombrage et le vent frais ton ardeur chassera,
Et ta soif se perdra dans l'eau de la fontaine.

Sommeil, paisible fils de la Nuit solitaire - Philippe Desportes

Sommeil, paisible fils de la Nuit solitaire,
Père alme, nourricier de tous les animaux,
Enchanteur gracieux, doux oubli de nos maux,
Et des esprits blessés l'appareil salutaire :

Dieu favorable à tous, pourquoi m'es-tu contraire ?
Pourquoi suis-je tout seul rechargé de travaux,
Or que l'humide nuit guide ses noirs chevaux,
Et que chacun jouit de ta grâce ordinaire ?

Ton silence où est-il ? ton repos et ta paix,
Et ces songes volant comme un nuage épais,
Qui des ondes d'Oubli vont lavant nos pensées ?

Ô frère de la Mort, que tu m'es ennemi !
Je t'invoque au secours, mais tu es endormi,
Et j'ards, toujours veillant, en tes horreurs glacées.

Plainte - Philippe Desportes

Depuis six mois entiers que ta main courroucée
Se retira, Seigneur, de mon âme oppressée,
Et me laissa débile au pouvoir des malheurs,
J'ai tant souffert d'ennuis, qu'hélas ! je ne puis dire
Comment mes tristes yeux aux pleurs ont pu suffire,
Aux complaintes ma bouche et mon cœur aux douleurs.

Je n'y vois point de cesse, et ma peine cruelle,
Que le temps dût vieillir, sans fin se renouvelle,
Poussant maint rejeton épineux et tranchant;
Une nuit de fureurs rend horrible ma vie,
Le déconfort me suit, encor que je le fuie,
Et la raison me fuit, plus je la vais cherchant.

O Dieu ! mon seul refuge et ma guide assurée,
Peux-tu voir sans pitié la brebis égarée,
Etonnée, abattue, à la merci des sens,
Qui, comme loups cruels, tâchent de s'en repaître?
Presque le désespoir s'en est rendu le maître,
L'effrayant de regards et de cris menaçants.

N'abandonne ton œuvre, ô Dieu plein de clémence!
Si je t'ai courroucé par trop d'impatience,
Plaignant de mes plus chers l'infortuné trépas;
Si je me suis maté d'excessive tristesse,
Excuse des mortels l'ordinaire faiblesse :
Seigneur, tu es parfait et l'homme ne l'est pas.

Toi-même, ô souverain, notre unique exemplaire,
Quand tu vis ton ami dans le drap mortuaire,
L'œil clos, les membres froids, pâle et défiguré,
Ne te pus garantir de ces piteux alarmes;
Les soleils de tes yeux furent baignés de larmes,
Et du Dieu de la vie un corps mort fut pleuré.

Moi donc qui ne suis rien qu'un songe et qu'un ombrage
Se faut-il étonner en ce terrible orage,
Si ce qui t'a touché m'a du tout emporté?
Si pour un de tes pleurs, j'ai versé des rivières?
Toi, soleil flamboyant, seul père des lumières,
Moi, nuage épaissi, moite d'obscurité?

Quand de marbre ou d'acier mon âme eût été faite,
Las! eussé-je pu voir tant d'amitié défaite,
Sans me dissoudre en pleurs, sans me déconforter
Voir de mon seul espoir les racines séchées
Et les plus vives parts de moi-même arrachées,
Mon cœur sans se douloir l'eût-il pu supporter?

Je n'y pense jamais (et j'y pense à toute heure)
Sans maudire la mort, dont la longue demeure
Après vous, chers esprits, me retient tant ici.
J'étais premier entré dans ce val misérable :
Il me semble, ô Seigneur ! qu'il était raisonnable
Que, le premier de tous, j'en délogeasse aussi.

Mais en tous ces discours vainement je me fonde;
Tu les avais prêtés et non donnés au monde,
Et as pu comme tiens à toi les retirer.
Hélas ! je le sais bien, mais ma faible nature
Trouve pourtant, Seigneur, cette ordonnance dure,
Et ne peut sur son mal d'appareil endurer.

Plaise-toi l'augmenter de force et de courage;
Sers de guide à mes pas, fends l'ombre et le nuage,
Qui m'a fait égarer si longtemps de mon bien,
Et surtout, ô bon Dieu, donne à mon impuissance
Ou moins de passion, ou plus de patience,
Afin que mon vouloir ne s'éloigne du tien.

Donne que les esprits de ceux que je soupire
N'éprouvent point, Seigneur, ta justice et ton ire;
Rends-les purifiés par ton sang précieux,
Cancelle leurs péchés et leurs folles jeunesses,
Fais-leur part de ta grâce, et, suivant tes promesses,
Ressuscite leurs corps et les mets dans les cieux.

Prière au sommeil - Philippe Desportes

Somme, doux repos de nos yeux.
Aimé des hommes et des dieux,
Fils de la Nuit et du Silence,
Qui peux les esprits délier,
Qui fais les soucis oublier,
Endormant toute violence.

Approche, ô Sommeil désiré !
Las ! c'est trop longtemps demeuré :
La nuit est à demi passée,
Et je suis encore attendant
Que tu chasses le soin mordant,
Hôte importum de ma pensée.

Clos mes yeux, fais-moi sommeiller,
Je t'attends sur mon oreiller,
Où je tiens la tête appuyée :
Je suis dans mon lit sans mouvoir,
Pour mieux ta douceur recevoir,
Douceur dont la peine est noyée.

Hâte-toi, Sommeil, de venir :
Mais qui te peut tant retenir ?
Rien en ce lieu ne te retarde,
Le chien n'aboie ici autour,
Le coq n'annonce point le jour,
On n'entend point l'oie criarde.

Un petit ruisseau doux-coulant
A dos rompu se va roulant,
Qui t'invite de son murmure,
Et l'obscurité de la nuit,
Moite, sans chaleur et sans bruit,
Propre au repos de la nature.

Chacun hors que moi seulement,
Sent ore quelque allégement
Par le doux effort de tes charmes :
Tous les animaux travaillés
Ont les yeux fermés et sillés,
Seuls les miens sont ouverts aux larmes.

Si tu peux, selon ton désir,
Combler un homme de plaisir
Au fort d'une extrême tristesse,
Pour montrer quel est ton pouvoir,
Fais-moi quelque plaisir avoir
Durant la douleur qui m'oppresse.

Si tu peux nous représenter
Le bien qui nous peut contenter,
Séparé de longue distance,
Ô somme doux et gracieux !
Représente encore à mes yeux
Celle dont je pleure l'absence.

Que je voie encor ces soleils,
Ce lis et ces boutons vermeils,
Ce port plein de majesté sainte ;
Que j'entr'oie encor ces propos,
Qui tenaient mon cœur en repos,
Ravi de merveille et de crainte.

Le bien de la voir tous les jours
Autrefois était le secours
De mes nuits, alors trop heureuses ;
Maintenant que j'en suis absent,
Rends-moi par un songe plaisant
Tant de délices amoureuses.

Si tous les songes ne sont rien,
C'est tout un, ils me plaisent bien :
J'aime une telle tromperie.
Hâte-toi donc, pour mon confort ;
On te dit frère de la Mort,
Tu seras père de ma vie.

Mais, las ! je te vais appelant,
Tandis la nuit en s'envolant
Fait place à l'aurore vermeille :
O Amour ! tyran de mon cœur,
C'est toi seul qui par ta rigueur
Empêches que je ne sommeille.

Hé ! quelle étrange cruauté !
Je t'ai donné ma liberté,
Mon cœur, ma vie, et ma lumière,
Et tu ne veux pas seulement
Me donner pour allégement
Une pauvre nuit tout entière ?

Arrête un peu, mon Cœur, où vas-tu si courant ? - Philippe Desportes

Arrête un peu, mon Cœur, où vas-tu si courant ?
- Je vais trouver les yeux qui sain me peuvent rendre.
- Je te prie, attends-moi. - Je ne te puis attendre,
Je suis pressé du feu qui me va dévorant.

- Il faut bien, ô mon cœur ! que tu sois ignorant,
De ne pouvoir encor ta misère comprendre :
Ces yeux d'un seul regard te réduiront en cendre :
Ce sont tes ennemis, t'iront-ils secourant ?

- Envers ses ennemis, si doucement on n'use ;
Ces yeux ne sont point tels. - Ah ! c'est ce qui t'abuse :
Le fin berger surprend l'oiseau par des appâts.

- Tu t'abuses toi-même, ou tu brûles d'envie,
Car l'oiseau malheureux s'envole à son trépas,
Moi, je vole à des yeux qui me donnent la vie.

J’espère de cette sélection des poèmes les plus beaux et les plus connus de Philippe Desportes vous a plu. Pour découvrir plus d’œuvres de ce poète sur Poetica Mundi, n’hésitez pas à utiliser le lien ci-dessous.

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