Si vous souhaitez lire ou relire les poèmes français les plus célèbres et les plus beaux sur l'hiver, vous êtes au bon endroit. Bien que l’art soit subjectif, j’ai tenté de sélectionner des poèmes incontournables en me basant sur mes préférences personnelles et leur présence dans plusieurs anthologies de la poésie française que j’ai pu lire.

Le temps a laissé son manteau de Charles d'Orléans est probablement le poème français le plus célèbre sur l'hiver. C'est un rondeau, un poème médiéval lyrique à deux rimes composé de 13 vers et dont le premier vers se répète à la fin, qui évoque la fin de l'hiver et l'arrivée du printemps.

Voici le meilleur de la poésie sur l'hiver.

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Le temps a laissé son manteau - Charles d'Orléans

Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Et s’est vêtu de broderie,
De soleil luisant, clair et beau.

Il n’y a bête ni oiseau
Qu’en son jargon ne chante ou crie :
Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie.

Rivière, fontaine et ruisseau
Portent en livrée jolie,
Gouttes d’argent d’orfèvrerie ;
Chacun s’habille de nouveau :
Le temps a laissé son manteau. 

Hiver, vous n'êtes qu'un vilain - Charles d'Orléans

Hiver, vous n'êtes qu'un vilain,
Été est plaisant et gentil,
En témoin de Mai et d'Avril
Qui l'accompagnent soir et matin.

Été revêt champs, bois et fleurs,
De sa livrée de verdure
Et de maintes autres couleurs
Par l'ordonnance de Nature.

Mais vous, Hiver, trop êtes plein
De neige, vent, pluie et grésil ;
On vous doit bannir en exil.
Sans point flatter, je parle plain :
Hiver, vous n'êtes qu'un vilain.

Que j’aime le premier frisson d’hiver - Alfred de Musset

Que j'aime le premier frisson d'hiver ! le chaume,
Sous le pied du chasseur, refusant de ployer !
Quand vient la pie aux champs que le foin vert embaume,
Au fond du vieux château s'éveille le foyer ;

C'est le temps de la ville. – Oh ! lorsque l'an dernier,
J'y revins, que je vis ce bon Louvre et son dôme,
Paris et sa fumée, et tout ce beau royaume
(J'entends encore au vent les postillons crier),

Que j'aimais ce temps gris, ces passants, et la Seine
Sous ses mille falots assise en souveraine !
J'allais revoir l'hiver. – Et toi, ma vie, et toi !

Oh ! dans tes longs regards j'allais tremper mon âme ;
Je saluais tes murs. – Car, qui m'eût dit, madame,
Que votre cœur si tôt avait changé pour moi ?

Fantaisies d'hiver - Théophile Gautier

I

Le nez rouge, la face blême,
Sur un pupitre de glaçons,
L'Hiver exécute son thème
Dans le quatuor des saisons.

Il chante d'une voix peu sûre
Des airs vieillots et chevrotants ;
Son pied glacé bat la mesure
Et la semelle en même temps ;

Et comme Haendel, dont la perruque
Perdait sa farine en tremblant,
Il fait envoler de sa nuque
La neige qui la poudre à blanc.

II

Dans le bassin des Tuileries,
Le cygne s'est pris en nageant,
Et les arbres, comme aux féeries,
Sont en filigrane d'argent.

Les vases ont des fleurs de givre,
Sous la charmille aux blancs réseaux ;
Et sur la neige on voit se suivre
Les pas étoilés des oiseaux.

Au piédestal où, court-vêtue,
Vénus coudoyait Phocion,
L'Hiver a posé pour statue
La Frileuse de Clodion.

III

Les femmes passent sous les arbres
En martre, hermine et menu-vair,
Et les déesses, frileux marbres,
Ont pris aussi l'habit d'hiver.

La Vénus Anadyomène
Est en pelisse à capuchon ;
Flore, que la brise malmène,
Plonge ses mains dans son manchon.

Et pour la saison, les bergères
De Coysevox et de Coustou,
Trouvant leurs écharpes légères,
Ont des boas autour du cou.

IV

Sur la mode Parisienne
Le Nord pose ses manteaux lourds,
Comme sur une Athénienne
Un Scythe étendrait sa peau d'ours.

Partout se mélange aux parures
Dont Palmyre habille l'Hiver,
Le faste russe des fourrures
Que parfume le vétyver.

Et le Plaisir rit dans l'alcôve
Quand, au milieu des Amours nus,
Des poils roux d'une bête fauve
Sort le torse blanc de Vénus.

V

Sous le voile qui vous protège,
Défiant les regards jaloux,
Si vous sortez par cette neige,
Redoutez vos pieds andalous ;

La neige saisit comme un moule
L'empreinte de ce pied mignon
Qui, sur le tapis blanc qu'il foule,
Signe, à chaque pas, votre nom.

Ainsi guidé, l'époux morose
Peut parvenir au nid caché
Où, de froid la joue encor rose,
A l'Amour s'enlace Psyché.

Il va neiger - Francis Jammes

Il va neiger dans quelques jours. Je me souviens
de l’an dernier. Je me souviens de mes tristesses
au coin du feu. Si l’on m’avait demandé : qu’est-ce?
J’aurais dit : laissez-moi tranquille. Ce n’est rien.

J’ai bien réfléchi, l’année avant, dans ma chambre,
pendant que la neige lourde tombait dehors.
J’ai réfléchi pour rien. À présent comme alors
je fume une pipe en bois avec un bout d’ambre.

Ma vieille commode en chêne sent toujours bon.
Mais moi j’étais bête parce que ces choses
ne pouvaient pas changer et que c’est une pose
de vouloir chasser les choses que nous savons.

Pourquoi donc pensons-nous et parlons-nous? C’est drôle;
nos larmes et nos baisers, eux, ne parlent pas
et cependant nous les comprenons, et les pas
d’un ami sont plus doux que de douces paroles.

On a baptisé les étoiles sans penser
qu’elles n’avaient pas besoin de nom, et les nombres
qui prouvent que les belles comètes dans l’ombre
passeront, ne les forceront pas à passer.

Et maintenant même, où sont mes vieilles tristesses
de l’an dernier? À peine si je m’en souviens.
Je dirais : laissez-moi tranquille, ce n’est rien,
si dans ma chambre on venait me demander : qu’est-ce?

La grièche d’hiver - Rutebeuf

Quand vient le temps qu’arbre défeuille
quand il ne reste en branche feuille
qui n’aille à terre,
par la pauvreté qui m’atterre,
qui de toutes parts me fait guerre,
près de l’hiver,
combien se sont changés mes vers,
mon dit commence trop divers
de triste histoire.
Peu de raison, peu de mémoire
m’a donné Dieu, le roi de gloire,
et peu de rentes,
et froid au cul quand bise vente :
le vent me vient, le vent m’évente
et trop souvent
je sens venir et revenir le vent.
La grièche m’a promis autant
qu’elle me livre :
elle me paie bien et bien me sert,
contre le sou me rend la livre
de grand misère.
La pauvreté m’est revenue,
toujours m’en est la porte ouverte,
toujours j’y suis
et jamais je ne m’en échappe.
Par pluie mouillé, par chaud suant :
Ah le riche homme !
Je ne dors que le premier somme.
De mon avoir, ne sais la somme
car je n’ai rien.
Dieu m’a fait le temps bien propice :
noires mouches en été me piquent,
en hiver blanches.
Je suis comme l’osier sauvage
ou comme l’oiseau sur la branche ;
l’été je chante,
l’hiver je pleure et me lamente
et me défeuille ainsi que l’arbre
au premier gel.
En moi n’ai ni venin ni fiel :
ne me reste rien sous le ciel,
tout passe et va.
Les enjeux que j’ai engagés
m’ont ravi tout ce que j’avais
et fourvoyé
et entraîné hors de ma voie.
J’ai engagé des enjeux fous,
je m’en souviens.
Or, bien le vois, tout va, tout vient:
tout venir, tout aller convient
hors les bienfaits.
Les dés que les détiers ont faits
m’ont dépouillé de mes habits ;
les dés m’occient,
les dés me guettent et m’épient,
les dés m’assaillent et me défient,
cela m’accable.
Je n’en puis rien si je m’effraie :
ne vois venir avril et mai,
voici la glace.
Or j’ai pris le mauvais chemin;
les trompeurs de basse origine
m’ont mis sans robe.
Le monde est tout rempli de ruse,
et qui ruse le plus s’en vante ;
moi qu’ai-je fait
qui de pauvreté sens le faix ?
Grièche ne me laisse en paix,
me trouble tant,
et tant m’assaille et me guerroie ;
jamais ne guérirai ce mal
par tel chemin.
J’ai trop été en mauvais lieux ;
les dés m’ont pris et enfermé :
je les tiens quittes!
Fol est qui leur conseil habite ;
de sa dette point ne s’acquitte
mais bien s’encombre,
de jour en jour accroît le nombre.
En été il ne cherche l’ombre
ni chambre fraîche
car ses membres sont souvent nus :
il oublie du voisin la peine
mais geint la sienne.
La grièche l’a attaqué,
l’a dépouillé en peu de temps
et nul ne l’aime.

L’Hyver (L'Hiver) - Théodore Agrippa d’Aubigné

Mes volages humeurs, plus sterilles que belles,
S’en vont ; et je leur dis : Vous sentez, irondelles,
S’esloigner la chaleur et le froid arriver.
Allez nicher ailleurs, pour ne tascher, impures,
Ma couche de babil et ma table d’ordures ;
Laissez dormir en paix la nuict de mon hyver.

D’un seul point le soleil n’esloigne l’hémisphère ;
Il jette moins d’ardeur, mais autant de lumiere.
Je change sans regrets, lorsque je me repens
Des frivoles amours et de leur artifice.
J’ayme l’hyver qui vient purger mon cœur de vice,
Comme de peste l’air, la terre de serpens.

Mon chef blanchit dessous les neiges entassées,
Le soleil, qui reluit, les eschauffe, glacées,
Mais ne les peut dissoudre, au plus court de ses mois.
Fondez, neiges ; venez dessus mon cœur descendre,
Qu’encores il ne puisse allumer de ma cendre
Du brazier, comme il fit des flammes autrefois.

Mais quoi ! serai-je esteint devant ma vie esteinte ?
Ne luira plus sur moi la flamme vive et sainte,
Le zele flamboyant de la sainte maison ?
Je fais aux saints autels holocaustes des restes,
De glace aux feux impurs, et de napthe aux celestes :
Clair et sacré flambeau, non funèbre tison !

Voici moins de plaisirs, mais voici moins de peines.
Le rossignol se taist, se taisent les sereines :
Nous ne voyons cueillir ni les fruits ni les fleurs ;
L’espérance n’est plus bien souvent tromperesse ;
L’hyver jouit de tout. Bienheureuse vieillesse,
La saison de l’usage, et non plus des labeurs !

Mais la mort n’est pas loin ; cette mort est suivie
D’un vivre sans mourir, fin d’une fausse vie :
Vie de nostre vie, et mort de nostre mort.
Qui hait la seureté pour aimer le naufrage ?
Qui a jamais esté si friand de voyage,
Que la longueur en soit plus douce que le port ?

Vœu - Paul Verlaine

Ah ! les oaristys ! les premières maîtresses !
L'or des cheveux, l'azur des yeux, la fleur des chairs,
Et puis, parmi l'odeur des corps jeunes et chers,
La spontanéité craintive des caresses !

Sont-elles assez loin toutes ces allégresses
Et toutes ces candeurs ! Hélas ! toutes devers
Le printemps des regrets ont fui les noirs hivers
De mes ennuis, de mes dégoûts, de mes détresses !

Si que me voilà seul à présent, morne et seul,
Morne et désespéré, plus glacé qu'un aïeul,
Et tel qu'un orphelin pauvre sans sœur aînée.

Ô la femme à l'amour câlin et réchauffant,
Douce, pensive et brune, et jamais étonnée,
Et qui parfois vous baise au front, comme un enfant !

L'hiver qui vient - Jules Laforgue

Blocus sentimental ! Messageries du Levant ! …
Oh, tombée de la pluie ! Oh ! tombée de la nuit,
Oh ! le vent ! …
La Toussaint, la Noël et la Nouvelle Année,
Oh, dans les bruines, toutes mes cheminées ! …
D’usines….

On ne peut plus s’asseoir, tous les bancs sont mouillés ;
Crois-moi, c’est bien fini jusqu’à l’année prochaine,
Tant les bancs sont mouillés, tant les bois sont rouillés,
Et tant les cors ont fait ton ton, ont fait ton taine ! …

Ah, nuées accourues des côtes de la Manche,
Vous nous avez gâté notre dernier dimanche.

Il bruine ;
Dans la forêt mouillée, les toiles d’araignées
Ploient sous les gouttes d’eau, et c’est leur ruine.

Soleils plénipotentiaires des travaux en blonds Pactoles
Des spectacles agricoles,
Où êtes-vous ensevelis ?
Ce soir un soleil fichu gît au haut du coteau
Gît sur le flanc, dans les genêts, sur son manteau,
Un soleil blanc comme un crachat d’estaminet
Sur une litière de jaunes genêts
De jaunes genêts d’automne.
Et les cors lui sonnent !
Qu’il revienne….
Qu’il revienne à lui !
Taïaut ! Taïaut ! et hallali !
Ô triste antienne, as-tu fini ! …
Et font les fous ! …
Et il gît là, comme une glande arrachée dans un cou,
Et il frissonne, sans personne ! …

Allons, allons, et hallali !
C’est l’Hiver bien connu qui s’amène ;
Oh ! les tournants des grandes routes,
Et sans petit Chaperon Rouge qui chemine ! …
Oh ! leurs ornières des chars de l’autre mois,
Montant en don quichottesques rails
Vers les patrouilles des nuées en déroute
Que le vent malmène vers les transatlantiques bercails ! …
Accélérons, accélérons, c’est la saison bien connue, cette fois.

Et le vent, cette nuit, il en a fait de belles !
Ô dégâts, ô nids, ô modestes jardinets !
Mon cœur et mon sommeil : ô échos des cognées ! …

Tous ces rameaux avaient encor leurs feuilles vertes,
Les sous-bois ne sont plus qu’un fumier de feuilles mortes ;
Feuilles, folioles, qu’un bon vent vous emporte
Vers les étangs par ribambelles,
Ou pour le feu du garde-chasse,
Ou les sommiers des ambulances
Pour les soldats loin de la France.

C’est la saison, c’est la saison, la rouille envahit les masses,
La rouille ronge en leurs spleens kilométriques
Les fils télégraphiques des grandes routes où nul ne passe.

Les cors, les cors, les cors – mélancoliques ! …
Mélancoliques ! …
S’en vont, changeant de ton,
Changeant de ton et de musique,
Ton ton, ton taine, ton ton ! …
Les cors, les cors, les cors ! …
S’en sont allés au vent du Nord.

Je ne puis quitter ce ton : que d’échos ! …
C’est la saison, c’est la saison, adieu vendanges ! …
Voici venir les pluies d’une patience d’ange,
Adieu vendanges, et adieu tous les paniers,
Tous les paniers Watteau des bourrées sous les marronniers,
C’est la toux dans les dortoirs du lycée qui rentre,
C’est la tisane sans le foyer,
La phtisie pulmonaire attristant le quartier,
Et toute la misère des grands centres.

Mais, lainages, caoutchoucs, pharmacie, rêve,
Rideaux écartés du haut des balcons des grèves
Devant l’océan de toitures des faubourgs,
Lampes, estampes, thé, petits-fours,
Serez-vous pas mes seules amours ! …
(Oh ! et puis, est-ce que tu connais, outre les pianos,
Le sobre et vespéral mystère hebdomadaire
Des statistiques sanitaires
Dans les journaux ?)

Non, non ! C’est la saison et la planète falote !
Que l’autan, que l’autan
Effiloche les savates que le Temps se tricote !
C’est la saison, oh déchirements ! c’est la saison !
Tous les ans, tous les ans,
J’essaierai en chœur d’en donner la note.

Décembre - William Chapman

Il neige incessamment, il neige jour et nuit.
Le mont est blanc, le val est blanc, la plaine est blanche.
Tout s’efface, tout sombre et tout s’évanouit
Sous les flots de l’immense et muette avalanche.

Il neige jour et nuit, il neige incessamment ;
Le lourd linceul mouvant s’épaissit d’heure en heure.
Parfois le vent glacé pousse le bramement
Du grand cerf aux abois qui s’affaisse et qui pleure.

Sur le suaire aux plis fugaces et luisants,
Qui dérobent le sein de la terre marâtre,
Dans leurs longs traîneaux bruts, les rudes paysans
Vont charroyant le bois qui doit flamber dans l’âtre.

À la ville, parmi les cris et les sanglots
Du nordet secouant des parcs les froids branchages,
Des rayons de l’aurore aux ombres du soir clos,
Tintent les grelots d’or des pompeux équipages.

Le grand flambeau du jour hâtivement s’éteint.
Qu’importe ! Sous nos toits abonde la lumière,
Et la Gaîté bruit et court, comme un lutin,
Du log house fumeux à la villa princière.

L’Espoir fallacieux sourit à des milliers ;
Et, bercés par des chants d’anges ou de sirènes,
En songe les enfants déjà dans leurs souliers
Voient le bon Santa Claus déposer leurs étrennes.

Et puis, pour saluer, narguant l’hiver cruel,
Dans l’an neuf qui s’avance, un bonheur qu’il espère,
Sous le rayonnement de l’arbre de Noël,
Près du feu pétillant, chacun lève son verre.

Décembre - Louis-Honoré Fréchette

Le givre étincelant, sur les carreaux gelés,
Dessine des milliers d'arabesques informes ;
Le fleuve roule au loin des banquises énormes ;
De fauves tourbillons passent échevelés.

Sur la crête des monts par l'ouragan pelés,
De gros nuages lourds heurtent leurs flancs difformes ;
Les sapins sont tout blancs de neige, et les vieux ormes
Dressent dans le ciel gris leurs grands bras désolés.

Des hivers boréaux tous les sombres ministres
Montrent à l'horizon leurs figures sinistres ;
Le froid darde sur nous son aiguillon cruel.

Evitons à tout prix ses farouches colères ;
Et, dans l'intimité, narguant les vents polaires,
Réchauffons-nous autour de l'arbre de Noël.

Sonnet de décembre - Joséphin Soulary

L’hiver est là. L’oiseau meurt de faim ; l’homme gèle.
Passe pour l’homme encor ; mais l’oiseau, c’est pitié !
Dans un bouquin rongé des rats plus qu’à moitié
J’ai lu qu’il paie aussi la faute originelle.

La bise a mangé l’air, durci le sol, lié
Les ruisseaux. — Temps propice aux heureux ! La flanelle
Les couvre ; au coin du feu le festin les appelle.
Mais les autres ?… Sans doute ils auront mal prié !

Le soleil disparaît sous la brume glacée ;
C’est l’acteur des beaux jours qui, la toile baissée,
Prépare sa rentrée au prochain renouveau ;

Et, tandis qu’on grelotte, il vient, par intervalle,
Regarder plaisamment, l’œil au trou du rideau,
La grimace que fait son public dans la salle.

Mois de janvier - François Coppée

Songes-tu parfois, bien-aimée,
Assise près du foyer clair,
Lorsque sous la porte fermée
Gémit la bise de l'hiver,

Qu'après cette automne clémente,
Les oiseaux, cher peuple étourdi,
Trop tard, par un jour de tourmente,
Ont pris leur vol vers le Midi ;

Que leurs ailes, blanches de givre,
Sont lasses d'avoir voyagé ;
Que sur le long chemin à suivre
Il a neigé, neigé, neigé ;

Et que, perdus dans la rafale,
Ils sont là, transis et sans voix,
Eux dont la chanson triomphale
Charmait nos courses dans les bois ?

Hélas ! comme il faut qu'il en meure
De ces émigrés grelottants !
Y songes-tu ? Moi, je les pleure,
Nos chanteurs du dernier printemps.

Tu parles, ce soir où tu m'aimes,
Des oiseaux du prochain Avril ;
Mais ce ne seront plus les mêmes,
Et ton amour attendra-t-il ?

Février - William Chapman

Le soleil maintenant allonge son parcours ;
L’aube plus tôt sourit aux bois impénétrables ;
Mais l’air est toujours vif, l’autan rugit toujours
Parmi les rameaux nus et glacés des érables.

L’avalanche sans fin croule du ciel blafard ;
Nos toits tremblent au choc incessant des tempêtes.
Cependant à travers bise, neige, brouillard,
Nous formons de nos jours une chaîne de fêtes.

Et tous les rudes sports d’hiver battent leur plein
Au milieu de clameurs follement triomphales ;
Sur des flots dont le gel fit un cirque opalin
Les grands trotteurs fumants distancent les rafales.

Sur le ring ou l’étang par le vent balayé
Le gai patineur file ou tourne à perdre haleine.
Le sourire à la lèvre et la raquette au pied,
Des couples d’amoureux cheminent dans la plaine.

Par un souffle inconnu chacun est emporté.
Dans tous les yeux le feu du plaisir étincelle ;
Et dans le bourg naissant comme dans la cité
Le bruyant Carnaval agite sa crécelle.

Les hôtels sont bondés de lointains visiteurs.
Maint pierrot dans la rue étale sa grimace.
La nuit, torches aux poings, les fougueux raquetteurs
S’élancent à l’assaut des grands palais de glace.

À d’émouvants tournois la multitude accourt.
Tout le peuple s’ébat, tout le peuple festoie,
Car, puisque Février est le mois le plus court,
Il voudrait s’y griser de la plus longue joie.

Soir d'hiver - Émile Nelligan

Ah! comme la neige a neigé!
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah! comme la neige a neigé!
Qu'est-ce que le spasme de vivre
A la douleur que j'ai, que j'ai.

Tous les étangs gisent gelés,
Mon âme est noire! Où-vis-je? où vais-je?
Tous ses espoirs gisent gelés:
Je suis la nouvelle Norvège
D'où les blonds ciels s'en sont allés.

Pleurez, oiseaux de février,
Au sinistre frisson des choses,
Pleurez oiseaux de février,
Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
Aux branches du genévrier.

Ah! comme la neige a neigé!
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah! comme la neige a neigé!
Qu'est-ce que le spasme de vivre
A tout l'ennui que j'ai, que j'ai…

Gelée blanche - Jean Aicard

Février. Le blé monte aux tiédeurs hivernales.
En hiver nos midis sont des matins d'été ;
Mais parfois méchamment, aux heures matinales,
Un souffle d'hiver glace Avril épouvanté.

Il sent alors que tout s'est trop hâté d'éclore,
Que tout s'est revêtu de trop claires couleurs,
Et, dans les champs déserts, en attendant l'aurore,
Avril frileux et blanc frissonne sous les fleurs.

Espérance - Charles-Augustin Sainte-Beuve

Quand le dernier reflet d’automne
A fui du front chauve des bois ;
Qu’aux champs la bise monotone
Depuis bien des jours siffle et tonne,
Et qu’il a neigé bien des fois ;

Soudain une plus tiède haleine
A-t-elle passé sous le ciel :
Soudain, un matin, sur la plaine,
De brumes et de glaçons pleine,
Luit-il un rayon de dégel :

Au soleil, la neige s’exhale ;
La glèbe se fond à son tour ;
Et sous la brise matinale,
Comme aux jours d’ardeur virginale,
La terre s’enfle encor d’amour.

L’herbe, d’abord inaperçue,
Reluit dans le sillon ouvert ;
La sève aux vieux troncs monte et sue ;
Aux flancs de la roche moussue
Perce déjà le cresson vert.

Le lierre, après la neige blanche,
Reparaît aux crêtes des murs ;
Point de feuille, au bois, sur la branche ;
Mais le suc en bourgeons s’épanche,
Et les rameaux sont déjà mûrs.

Le sol rend l’onde qu’il recèle ;
Et le torrent longtemps glacé
Au front des collines ruisselle,
Comme des pleurs aux yeux de celle
Dont le désespoir a passé.

Oiseaux, ne chantez pas l’aurore,
L’aurore du printemps béni ;
Fleurs, ne vous pressez pas d’éclore :
Février a des jours encore,
Oh ! non, l’hiver n’est pas fini.

Ainsi, dans l’humaine vieillesse,
Non loin de l’éternel retour,
La brume par moments nous laisse,
Et notre œil, malgré sa faiblesse,
Entrevoit comme un nouveau jour :

Étincelle pâle et lointaine
De soleils plus beaux et meilleurs,
Reflet de l’ardente fontaine,
Aurore vague, mais certaine,
Du printemps qui commence ailleurs !

J’espère de cette sélection des poèmes les plus beaux et les plus connus sur l'hiver vous a plu.

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