Strasbourg en flammes ; Toul qui se change en brasier ;
Metz criant au secours dans un cercle d’acier ;
Verdun où les obus s’abattent sans relâche ;
Bitche et Phalsbourg poussant des râles ; Nancy lâche,
O douleur ! Wissembourg dont on dit : « C’était là ! »
Champ lugubre où la mort joyeuse amoncela
Tant d’hommes forts et beaux, spectres qu’échevelée
La France voit passer dans la nue affolée,
Saignants, hachés, meurtris et souriant encor !
Les prussiens foulant l’épi de messidor
Du pied de leurs chevaux, et conquérants atroces,
Ivres, léchant les poils de leurs lèvres féroces,
Epouvantant l’azur de leurs rires hideux,
Lourds carnassiers faisant le désert autour d’eux !
Et puis du sang partout, du sang, du sang encore,
Le couchant dans le sang, et dans le sang l’aurore !
On s’en grise ! Sa rouge et fumante vapeur
Etourdit dans le ciel l’oiseau saisi de peur ;
Plus loin, la maison veuve où l’aïeul qui tâtonne,
Répète, d’une voix dolente et monotone,
Le nom du petit-fils avec des cris d’enfant ;
La mère le faisant rasseoir, en étouffant
Les sanglots dont son cœur est gonflé…
pleins de joie,
Parlant d’humanité sans peur qu’on les foudroie,
Les monarques sont là, repaissant leurs regards
Du spectacle effrayant que, livides, hagards,
Leur donnent tous les morts étendus sur la plaine.
Ils respirent avec un sourire l’haleine
Que les champs de bataille exhalent vers les cieux…
Et les peuples, frappés d’horreur, silencieux,
Assistent, bras croisés, à ce massacre infâme,
Dont la chair de leur chair et l’âme de leur âme
Font les frais, sans courir, furieux, acharnés,
Comme l’on court au loup, aux brigands couronnés !


Albert Glatigny

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