Les yeux d’or de la Nuit, dans la mer qui les berce,
Luisent comme en un ciel lentement onduleux.
Le tranquille soupir exhalé des flots bleus
Se mêle à l’air muet et tiède, et s’y disperse.

Les eaux vives, fluant sous les rosiers épais,
Qui d’un frisson léger meuvent les hautes mousses,
Éveillent des rumeurs subtiles et si douces
Qu’elles semblent accroître et répandre la paix.

Au fond des nids soyeux, la blonde tourterelle,
Et l’oiseau de la Vierge, hôte furtif des riz,
Enivrés de l’odeur des orangers fleuris,
Sous leur plume entr’ouverte ont ployé leur cou frêle.

Derrière le rideau des pics silencieux,
Vers l’Orient baigné d’une brume de perle,
Émerge, en épanchant sa blancheur qui déferle,
La lune éblouissante, épanouie aux cieux ;

Tandis que, d’un seul bond, hors de l’antique abîme,
Comme un bloc lumineux et suspendu dans l’air,
La Montagne immobile élargit sur la mer
Le reflet colossal de sa masse sublime.

Ô paix inexprimable ! Ô nuit ! Sommeil divin !
Mondes qui palpitiez sur les houles dorées !
Celui qui savoura vos ivresses sacrées
Y replonge à jamais en ses rêves sans fin.


Leconte de Lisle

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