L’art des vers se révèle à l’escrime pareil ;
Boileau l’a dit un jour à son ami Molière.
La finesse n’en est qu’aux élus familière,
Moins simple est ce beau jeu que son froid appareil.

Il nous tient en haleine et sans cesse en éveil,
Car la muse a pour nous des rigueurs de guerrière.
Elle ne se rend pas aux pleurs de la prière,
Et qui la veut dompter a perdu le sommeil.

Son regard nous défie autant qu’il nous anime :
Tandis qu’il nous émeut d’une fureur sublime,
La lyre qu’il nous offre est rebelle à nos doigts.

Trop heureux qui sait fuir ou vaincre cette amante
Adorable et sauvage, âpre et belle à la fois !
Je suis, hélas ! de ceux qu’elle enchaîne et tourmente.


René-François Sully Prudhomme

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