Sylphe léger, fils des molles rosées,
J’aime à bondir sur les gazons en fleurs,
Et l’arc-en-ciel aux teintes irisées
Fait à mon front chatoyer ses couleurs ;
Sur un brin d’herbe, en passant, je me pose,
Et, sous mes pieds, bourdonnent les sillons ;
J’ai, pour tunique, une feuille de rose,
J’ai, pour voler, l’aile des papillons.

Quand du matin glissent les brises folles,
Dès que l’oiseau commence ses chansons,
Avec mes doigts, j’entr’ouvre les corolles,
Et doucement j’éveille les buissons :
« Debout ! debout !... » Tout frémit, et la plaine,
Et le lac bleu dont je rase le bord
Avec mon char de roseaux verts qu’entraîne
Un scarabée à la cuirasse d’or.

« Debout ! debout !... » Les sveltes demoiselles
Dansent en rond sur les blancs nénufars,
Au grand soleil bruissent mes deux ailes,
Aux flots d’azur se plongent mes regards.
Quand vient le soir, et que les fleurs sont closes,
Du ver luisant je m’éclaire en chemin,
Et vais frapper à la porte des roses,
Pour m’endormir dans mon lit de satin.

L’hiver, je tremble, et mes fleurs sont flétries,
Sur l’arbre nu pendent les blancs frimas ;
Près de la vitre aux froides broderies,
Des blonds enfants j’écoute les ébats...
Mais si, parfois, je peux franchir les grilles,
Au feu qui danse, ouvrant mes doigts gelés,
Je me blottis au sein des jeunes filles,
Ou je me berce à leurs cheveux bouclés.


Louis Bouilhet

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