… Vous m’avez invité
À passer sous ce toit des semaines d’été ;
Et moi, pâle jeune homme accablé de la ville,
Qui me chargeait de mal, j’ai dans ce coin tranquille
Apporté, comme un pauvre, au rendez-vous du soir,
Mon bâton, ma fatigue et mon faix de pain noir.
Car aujourd’hui, sur tous les chemins de la France,
Se rencontrent beaucoup de passants en souffrance.
De jeunes voyageurs qui vont de tout côté
Quêtant de porte en porte un peu de vérité :
Car beaucoup d’entre nous ont reçu des messages
Qui les ont fait lever comme les anciens Mages,
Si bien que chacun d’eux, chantant et souriant,
A quitté sa demeure et son vieil Orient.
Nous cheminons depuis, levant toujours la tête :
Mais nous ne voyons point que l’étoile s’arrête.
Mon Dieu, par quels chemins ta lueur nous conduit !
Nous y foulons toujours la ronce et le granit ;
Pas un sentier joyeux, pas une pauvre place,
Où pour un peu de temps notre âme se délasse ;
Pas un homme, le soir, qui, de quelque haut lieu,
Se dise : Voici donc les voyageurs de Dieu !
Descendons dans la plaine et vers notre cabane
Guidons pieusement la jeune caravane.
À peine quelques-uns, nous secouant la main,
Nous ont, comme en passant, souhaité bon chemin.

Oh ! qu’il est douloureux de traverser la terre
Et de la voir partout comme un désert austère,
Où le pied large et fort des hommes généreux
Ne fait que soulever un nuage poudreux !
Douleur d’user sa force et le plus beau de l’âge
À traîner rudement ses pas de plage en plage,
Pour voir si cette mer qu’on nomme humanité
N’a pas sur quelque bord roulé la vérité !


Maurice de Guérin

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