Si je veux abuser mon cœur
D’une autre image que la sienne,
Peu à peu, tristement moqueur,
Il retrace l’image ancienne.

C’est un pêle-mêle inouï,
Où tous les traits viennent se fondre,
Et le fantôme évanoui
Ressuscite pour me répondre.

Je vois ses yeux bruns d’autrefois,
Ses cheveux blonds, son cher sourire,
Je frémis encore à sa voix
Comme au vent frémit une lyre.

Tout ce qui m’enchantait jadis
Reprend de nouveau forme et vie,
Et, devant moi, le paradis
S’ouvre, qui m’avait tant ravie !

Hélas ! hélas ! il est fermé,
Ainsi que j’en eus le présage,
Et celui que j’ai tant aimé,
Lui-même a changé de visage.

Moi seule puis me souvenir
De tout ce qui m’avait séduite,
Moi seule encor puis revenir
À la félicité détruite.

Car celui que j’aimais est mort.
— Ô la triste et bizarre épreuve !
Je puis le pleurer sans remord,
De son vivant je suis sa veuve.


Louisa Siefert

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