Agenouillée au bord de l’eau limpide et vaste,
Les cheveux dénoués, la vierge enthousiaste
S’appuie au parapet qui la tient en prison ;
Près d’elle est un fanal dont la lueur frissonne.
Du reste, pas un bruit, pas une ombre ; personne !
L’onde immense se perd dans l’immense horizon.

Rien ! excepté là-bas la blancheur de deux voiles
Qui, comme les oiseaux et comme les étoiles,
La laissent défaillir sans espoir de secours.
La main devant son front pour guider sa prunelle,
Elle suit du regard, autant qu’il est en elle,
Les points toujours en vue et s’enfuyant toujours.

Oh ! ces voiles ! Le flot illimité les porte ;
Leur mouvement est doux ; leur marche est libre et forte ;
Elles vont au bonheur, au rêve, à l’inconnu !
Elle aussi voudrait fuir jusqu’au fond de l’espace.
De rester sur la rive elle est vraiment bien lasse.
Va-t-on venir enfin, n’étant jamais venu ?

Le fanal luit en vain. La flamme est trop petite,
L’horizon est trop grand, les barques vont trop vite.
Nul ne viendra. C’est son destin d’user ici
L’instant qui fait la vie, à regarder les voiles
Qui, comme les oiseaux et comme les étoiles,
De qui leur tend les bras ne prennent point souci.


Armand Renaud

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