Enfant, vous avez pris un oiseau dans un champ,
Et vous voilà joyeux, et vous criez victoire !
Et le pauvre petit, dans une cage noire,
Se plaint, et vous prenez sa plainte pour un chant.

Il va vous amuser ainsi jusqu’à demain
Et pour ce court plaisir, vous lui coupez les ailes,
Tout en l’emprisonnant entre ces barreaux frêles,
Pour qu’il ne vole pas plus haut que votre main.

Et vous le regardez ainsi, depuis une heure,
Meurtrir son petit bec dans son étroit cachot,
Courir aux quatre coins, voler de bas en haut,
Avec le cri plaintif de toute âme qui pleure.

Et pourtant vous semez sa cage de muguets
Et de toutes les fleurs, ses anciennes compagnes,
Mais cela ne vaut pas l’air des vastes campagnes
Et les chansons du soir dans le fond des bosquets.

Vous ne voyez donc pas, enfants, quel saint mystère
En becquetant partout remplit l’oiseau pieux ?
Les petits sont dans l’arbre au fond du nid joyeux ;
Pour vous c’est un oiseau ; mais pour eux c’est un père...

Il descend le matin du nid de mousse frêle
Pour prendre un peu de blé qu’il reporte là-haut,
Pour les faire grandir, puis afin que bientôt
Leur cri devienne un chant, et leur duvet une aile.

Or, quand votre captif, qui crie et vous invite,
S’arrête en écoutant, c’est qu’il entend la voix
Des petits qu’il laissa dire du fond du bois :
« Nous allons tous mourir si tu ne reviens vite. »

Car, ne recevant pas ce qu’il doit lui porter,
La mère reste au nid, inquiète et fidèle ;
Et malgré son amour et l’abri de son aile,
Tous ses petits mourront sans avoir pu chanter !

Écoutez donc l’oiseau, respirez donc la rose,
Sans les prendre à la plaine, à l’air pur, au ciel bleu !
Car toujours notre main, à ce que créa Dieu,
Même en le caressant, enlève quelque chose.


Alexandre Dumas fils

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