Mais si mon foible corps (qui comme l'eau s'escoule)
Et s'affermit encor plus longtemps qu'un plus fort)
S'avance à tous moments vers le sueil de la mort,
Et que mal dessus mal dans le tombeau me roule,

Pourquoy tiendray-je roide à ce vent qui saboule
Le Sablon de mes jours d'un invincible effort ?
Faut-il pas resveiller cette Ame qui s'endort,
De peur qu'avec le corps la Tempeste la foule ?

Laisse dormir ce corps, mon Ame, et quant à toy
Veille, veille et te tiens alerte à tout effroy,
Garde que ce Larron ne te trouve endormie :

Le poinct de sa venüe est pour nous incertain,
Mais, mon Ame, il suffist que cest Autheur de Vie
Nous cache bien son temps, mais non pas son dessein.


Jean de Sponde

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