Ô poète songeur, si triste de toi-même,
Qui pourrait te guérir et qui pourrait t’aimer ?
Tu portes à ton front l’ombre amère et suprême
D’une âme que l’ennui va bientôt consumer.

La solitude grave à ton cœur est mauvaise :
Le pire compagnon de toi-même, c’est toi !
O le regard aimé qui doucement apaise,
Quand viendra-t-il poser sa caresse sur moi ?

L’heure m’est un tourment cruel, et tous les livres
Ne pourraient endormir ce mal fort et subtil.
Afin qu’heureusement, un jour, tu t’en délivres,
Et pour jamais, ô cœur blessé, que te faut-il ?

C’est la chanson consolatrice des paroles,
Et l’émotion tendre affaiblissant la voix,
Qui dissipent le doute et les angoisses folles ;
Et le baiser rêvé qui descend vers les doigts…

C’est l’amour qui s’empare, enfin, de la pensée,
L’occupe tout entière et la dirige au loin
Vers celle-là qui dans la détresse est passée,
Sœur dont l’âme éprouvait l’impérieux besoin…

Comme je te redoute, affreuse solitude !
Sans espoir, je ne sais rien que me torturer ;
Et je ne puis garder cette fière attitude
De sourire toujours quand je souffre a pleurer !


Albert Lozeau

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