Tel est le train du monde.


Qu’une pauvre orpheline errante par la ville,
Sans refuge, sans pain, les pieds sanglants et nus,
Un soir,’ contre la mort cherche un dernier asile
 l’ombre des autels d’une impure Vénus,
Tout à coup, à grand bruit, un sombre voile tombe
Entre l’infortunée et le monde en courroux,
Et le mépris la suit jusqu’au bord de sa tombe
Où nul ne plîra les genoux ;

Mais la fille d’un Grand, qui, sous l’œil de sa mère,
Vend son âme et son corps par un honteux contrat,
A la lubricité d’un vil sexagénaire
Qu’un coup de sang, prévu, vient tuer sans éclat ;
La femme de haut rang dont le lit adultère
Déborde, nuit et jour, d’ignobles passions,
Qui déposent souvent leur scandaleux mystère
Au seuil indigné des prisons ;

Oh ! celles-là du moins sont toujours bienvenues !
Le monde leur sourit du haut de ses grandeurs ;
Partout, aux jeux publics, aux salons, dans les rues,
S’incline à leur aspect un peuple de flatteurs ;
La mode aux doigts dorés s’épuise en artifices
Pour complaire à leur goût et parer leur beauté,
Et l’Art lui-même encense et célèbre leurs vices,
Sans rougir de sa lâcheté !


Théodore Weustenraad

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