Tout ce que la musique au cœur sensible inspire
Avec les mots trop lourds ne se peut jamais dire,
Qui traduira l’émoi que les fins violons,
Sous le magique archet aux rythmes lents et longs,
Font naître dans le cœur que la souffrance incline ?
L’accord s’enfonce ainsi qu’une subtile épine,
Ou caresse pareille à de chers doigts frôleurs,
Et quand la passion s’exprime par des pleurs,
Sanglote, se lamente, impérieuse et forte,
Comme un grand vent nous souffle en l’âme et nous transporte !
Et l’on sent, angoissés, frissonnants et nerveux,
Monter subitement des larmes dans nos yeux…


C’est une voix étrange et lointaine que celle
Qui chante humainement en toi, violoncelle,
Qui tremble, sourde et douce, et vibre longuement
Et qui ne paraît pas venir d’un instrument !
Claire et voilée, intime et large, elle ressemble
Aux arbres des forêts qui murmurent ensemble
Et qui, mêlant leurs bras et leurs voix sous les cieux,
Font un grand bruit ému qui monte harmonieux !
Son accord vaste et doux emprisonne l’espace ;
Toute la profondeur est dans sa note basse ;
Et toute la tendresse et la suavité,
Brises de mai, ruisseaux errants, soupirs de femme,
Passent comme un bonheur fragile dans notre âme,
Lorsque la corde claire et sonore a chanté !


Albert Lozeau

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