O de ma vie à peu pres expirée
Le seul filet ! yeux, dont l’aveugle archer
A bien sceu mil’, et mil’fleches lascher
Sans qu’il en ait oncq’une en vain tirée.

Toute ma force est en vous retirée,
Vers vous je vien’ma guerison chercher,
Qui pouvez seulz la playe dessecher,
Que j’ay par vous (ô beaux yeux !) endurée.

Vous estes seulz mon etoile amyable,
Vous pouvez seulz tout l’ennuy terminer,
Ennuy mortel de mon ame offensée.

Vostre clarté me soit doncq’pitoyable,
Et d’un beau jour vous plaise illuminer
L’obscure nuyt de ma triste pensée.

Joachim du Bellay

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