Un mot me hante, un mot me tue.
Je l’écoute contre mon gré :
À le bannir je m’évertue,
Il me suit, toujours murmuré.

À l’ancien chant de ma nourrice
Je le mêle pour l’assoupir,
Mais, redoutable adulatrice,
La musique en fait un soupir.

Je gravis alors la montagne
Pour l’étouffer dans le grand vent.
Jusqu’au sommet il m’accompagne :
Il y devient gémissement.

Je demande à la mer sonore
De le changer en bruit de flot.
Plus plaintif et plus tendre encore,
Hélas ! il y devient sanglot...

Je tente, comme un dernier charme.
Le silence enchanté des bois ;
Mais je le sens qui devient larme
Dès qu’il a cessé d’être voix.

Ce qui pleure ou ne se peut taire,
Est-ce en moi le remords ? Oh ! non
C’est un souvenir solitaire
Au plus lointain de l’âme... un nom.


René-François Sully Prudhomme

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