Quand tu vins à la vie, enfant débile et blême,
De tes maux à venir, hélas ! précoce emblème,
Ce doux lait dont chaque être en naissant est nourri,
A tes lèvres manqua, par les fièvres tari.
Que d’efforts et d’amour pour tromper la nature,
Pour te contraindre à vivre, ô frêle créature !
Pourquoi la Mort, brisant un fragile roseau,
Te faisant un linceul des langes du berceau,
A ton premier malheur, pourquoi la Mort amie
Ne t’a-t-elle en son sein pour jamais rendormie !
Que de rêves menteurs, que d’espoirs avortés
Dans la tombe avec toi sa main eût emportés !
Combien de fleurs sans fruits, d’espérances fanées
Dans leur germe avec toi sa faux eût moissonnées !
Était-ce bien t’aimer, ô pauvre être innocent,
Que des jours te forcer à subir le présent !...
Qui n’a vu parmi nous de ces natures frêles,
Anges tristes à qui l’on rêve encor des ailes,
Soit regret d’exilés pour leurs mondes meilleurs,
Édens ressouvenus en ce vallon des pleurs,
Soit pudeur ineffable, effroi plein de mystère,
Vague pressentiment des choses de la terre ;
Qui parmi nous n’a vu de ces êtres pensifs,
Subitement saisis de troubles convulsifs,
Hésiter et pâlir au seuil de l’existence,
Rouvrir avec terreur leurs ailes d’innocence,
Et, fuyant nos soleils comme on fuit le remord,
Se jeter tout tremblants dans les bras de la mort ?


Auguste Lacaussade

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