Le long des berges court la perdrix au pied leste. 

Comme pour l’entraîner dans leur danse céleste, 
Les nuages ont pris la lune au milieu d’eux. 
Petit Georges, veux-tu ? nous allons tous les deux 
Nous en aller jouer là-bas sous le vieux saule.

La nuit tombe ; on se baigne ; et, la faulx sur l’épaule, 
Le faucheur rentre au gîte, essuyant sa sueur. 
Le crépuscule jette une vague lueur 
Sur des formes qu’on voit rire dans la rivière. 

Monsieur le curé passe et ferme son bréviaire ; 
Il est trop tard pour lire, et ce reste de jour 
Conseille la prière à qui n’a plus l’amour. 
Aimer, prier, c’est l’aube et c’est le soir de l’âme. 

Et c’est la même chose au fond ; aimer la femme, 
C’est prier Dieu ; pour elle on s’agenouille aussi. 
Un jour tu seras homme et tu liras ceci. 
En attendant, tes yeux sont grands, et je te parle, 

Mon Georges, comme si je parlais à mon Charle. 
Quand l’aile rose meurt, l’aile bleue a son tour. 
La prière a la même audace que l’amour, 
Et l’amour a le même effroi que la prière. 

Il fait presque grand jour encor dans la clairière. 
L’angélus sonne au fond de l’horizon bruni. 
Ô ciel sublime ! sombre édifice infini ! 
Muraille inexprimable, obscure et rayonnante !

Oh ! comment pénétrer dans la maison tonnante ? 
Le jeune homme est pensif, le vieillard est troublé, 
Et devant l’inconnu, vaguement étoilé, 
Le soir tremblant ressemble à l’aube frissonnante. 

La prière est la porte et l’amour est la clé.

Victor Hugo

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