Le Seigneur enseignait le peuple au bord des mers.
Sa voix douce apaisait les ouragans amers
Et sa parole ôtait l’amertume des âmes,
Versant la joie aux bons et l’espoir aux infâmes,
« Quiconque d’un cœur vrai, disait-il, m’aimera,
Dans la gloire verra mon Père, et me verra. »
Et le peuple écoutait dans une humble attitude.

Mêlée au dernier rang de cette multitude,
Une femme tenait son enfant par la main.
Ils s’étaient, pour entendre, arrêtés en chemin,
Elle vieille déjà, glaneuse qui défaille
Sous une gerbe, hélas ! non de blé, mais de paille,
Mère au sein soulevé par des soupirs profonds ;
Lui, très petit, blond, rose, et vêtu de chiffons,
Et souriant à tout dans sa misère en fête.
Or, l’enfant dit : « Là-bas, qui donc parle ?
― Un prophète,
Mon fils, un homme saint qui prêche un saint devoir.
– Un prophète, ma mère ? Oh ! je voudrais le voir. »
Et voilà qu’il se glisse et se soulève et pousse
Afin de voir le Maître à la parole douce ;
Mais la foule est profonde et ne s’écarte pas.

« Mère, si vous vouliez me prendre dans vos bras,
Je le verrais.
― Je suis trop lasse », dit la mère.
Alors l’enfant fut pris d’une tristesse amère,
Et des pleurs se formaient dans son œil obscurci.

Jésus fendit la foule et lui dit : « Me voici. »


Catulle Mendès

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