La reine au cœur viril a quitté les cieux froids
De la Scythie.

Avec ses sœurs vierges comme elle,
Elle gagne la plaine où la bataille mêle
Les courages sanglants et les blêmes effrois.
Qu'une autre en son logis file les lentes laines !
Elle, un désir la mord, indocile aux retards,
De vaincre le plus fort, le plus beau des Hellènes,
Achille ! Et son cheval bondit, les crins épars,
Et l'emporte vers la mêlée,
Et le cri de Penthésilée
S'ajoute au bruit montant des armes et des chars !

« Achille ! Achille ! Achille ! ô héros ! voici l'heure
Où ton sang coulera comme un ruisseau vermeil !
Tout plein d'un songe horrible, et fuyant le sommeil,
Ton père aux cheveux gris hurle dans sa demeure !

Tu fus comme un lion dans une bergerie ;
Tu fus comme un vent noir dans un bois de roseaux ;
Que de rois, ô guerrier ! mangés par les oiseaux
Sur un sol qui n'est pas celui de la patrie.

Les festins te plaisaient après les chocs d'épées ;
Tu domptais, jeune dieu ! les cœurs de vierge aussi.
Quand sur tes bras charmants noirs d'un sang épaissi,
Roulaient les boucles d'or de ton casque échappées !

Mais frémis à ton tour ! Le glaive enfin se dresse
Qui percera ton sein comme un sein d'enfant nu ;
Car l'amazone vient qui n'a jamais connu
La peur ni la tendresse ! »

Telle en sa course, hélas ! qui n'eut point de retour,
Par dessus les fracas criait la vierge fière ;
Elle ne savait pas qu'avant la fin du jour,
Mourante, elle mordrait la sanglante poussière,
En jetant au vainqueur beau comme une guerrière
Un regard moins chargé de haine que d'amour !


Catulle Mendès

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