Petite fleur, sur ma fenêtre,
Dans ce champ long d’un demi-pas,
Fleuris pour consoler ton maître
Du grand jardin que je n’ai pas.

Lorsque accoudé sur mon pupitre,
Tout à coup je vois, en rêvant,
Le soleil qui dore ma vitre
Et ta tige qui tremble au vent ;

Quand je t’arrose feuille à feuille,
Quand, pour t’admirer de plus près,
Soir et matin je me recueille
Penché sur ton berceau de grès ;

Adieu ville, adieu prison noire
Où rôdent les esprits méchants ;
Adieu le livre et l'écritoire !
Mon cœur a pris la clef des champs.

Je passe, en rêve, au pied des haies,
Des nids joyeux j’entends la voix ;
Couché sous les hautes futaies,
J’aspire encor l’odeur des bois.

Je retrouve en pleine verdure
Les sommets d’où je t’apportai ;
Un petit coin de la nature
M’a rendu son immensité.

Dans cette branche de bruyère,
Dans un seul brin d’herbe jauni,
Je vois la beauté tout entière,
La grandeur de l’être infini.

Le monde à mes yeux se déploie :
Et, si mince qu’y soit ma part,
Une fleur suffît à la joie
De mon âme et de mon regard.

Je songe à des jardins célestes...
En vain mon champ me fut ôté,
Petite fleur, si tu me restes,
Dieu ne m’a pas déshérité.


Victor de Laprade

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