Si vous souhaitez lire ou relire les poèmes français les plus célèbres et les plus beaux sur le thème de Noël, vous êtes au bon endroit. Que ce soit pour écrire sur une carte ou simplement vous mettre dans l'esprit des fêtes de fin d'année.

Bien que l’art soit subjectif, j’ai tenté de sélectionner des poèmes incontournables en me basant sur mes préférences personnelles et leur présence dans plusieurs anthologies de la poésie française que j’ai pu lire.

Voici le meilleur de la poésie sur Noël.

Si vous cherchez spécifiquement Des Poèmes et Citations pour Souhaiter un Joyeux Noël, vous pouvez utiliser ce lien pour visiter la page en question.

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C'est Noël, c'est bientôt Noël - Anonyme

C'est Noël, c'est bientôt Noël,
Il y a des étoiles dans le ciel.
Les toits sont blancs et sur les branches
L'hiver met des étoiles blanches :
C'est Noël, c'est bientôt Noël !

En décembre, c'est bientôt Noël
Il y a des étoiles dans le Ciel.
Et sur la terre tout s'illumine,
Les places, les rues et les vitrines :
C'est Noël, c'est bientôt Noël !

Rêve de Noël - Rosemonde Gérard

Ainsi qu'ils le font chaque année,
En papillotes, les pieds nus,
Devant la grande cheminée
Les petits enfants sont venus.

Tremblants dans leur longue chemise,
Ils sont là… Car le vieux Noël,
Habillé de neige qui frise,
A minuit descendra du ciel.

Quittant la guirlande des anges,
Le Jésus de cire et les Rois,
Transportant des paquets étranges,
Titubant sur le bords des toits,

Le vieux bonhomme va descendre …
Et, de crainte d'être oubliés,
Les enfants roses, dans la cendre,
Ont mis tous leurs petits souliers.

Ils ont même, contre une bûche
Qui venait de rouler du feu,
Rangé leurs pantoufles à ruche
Et leurs bottes de vernis bleu.

Puis, après quelque phrase brève,
Ils s'endormirent en riant
Et firent un si joli rêve
Qu'ils riaient encore en dormant.

Ils rêvaient d'un pays magique
Où l'alphabet fut interdit ;
Les ruisseaux étaient d'angélique,
Les maisons de sucre candi ;

Et dans des forêts un peu folles,
Tous les arbres, au bord du ciel,
Pleins de brillantes girandoles,
Étaient des arbres de Noël.

Dans ce pays tendre et fidèle,
Les animaux parlent encore,
L'Oiseau Bleu vient quand on l'appelle ;
La Poule a toujours des œufs d'or.

… Mais comme venait d'apparaître
Peau d'Âne en un manteau de fleurs,
Le jour entrant par la fenêtre
A réveillé tous les dormeurs.

C'est un talon qu'on voit descendre !
C'est un pied nu sur le parquet !
Les mains s'enfoncent dans la cendre,
Comme un bourdon dans un bouquet !

«  Une armure avec une épée !
- Un navire ! Un cheval de bois !
- Oh ! la merveilleuse poupée
Et qui parle avec une voix !

- Que la bergerie est légère !
- Et comme le troupeau est blanc !
- Le loup ! – le berger ! – la bergère !   »
Tout tremble au bord du cœur tremblant…

Oh ! Bonheur ! Noël de la vie,
Laisse-nous quelques fois, le soir
Aux cendres de mélancolie,
Mettre un petit soulier d'espoir !

Décembre - William Chapman

Il neige incessamment, il neige jour et nuit.
Le mont est blanc, le val est blanc, la plaine est blanche.
Tout s’efface, tout sombre et tout s’évanouit
Sous les flots de l’immense et muette avalanche.

Il neige jour et nuit, il neige incessamment ;
Le lourd linceul mouvant s’épaissit d’heure en heure.
Parfois le vent glacé pousse le bramement
Du grand cerf aux abois qui s’affaisse et qui pleure.

Sur le suaire aux plis fugaces et luisants,
Qui dérobent le sein de la terre marâtre,
Dans leurs longs traîneaux bruts, les rudes paysans
Vont charroyant le bois qui doit flamber dans l’âtre.

À la ville, parmi les cris et les sanglots
Du nordet secouant des parcs les froids branchages,
Des rayons de l’aurore aux ombres du soir clos,
Tintent les grelots d’or des pompeux équipages.

Le grand flambeau du jour hâtivement s’éteint.
Qu’importe ! Sous nos toits abonde la lumière,
Et la Gaîté bruit et court, comme un lutin,
Du log house fumeux à la villa princière.

L’Espoir fallacieux sourit à des milliers ;
Et, bercés par des chants d’anges ou de sirènes,
En songe les enfants déjà dans leurs souliers
Voient le bon Santa Claus déposer leurs étrennes.

Et puis, pour saluer, narguant l’hiver cruel,
Dans l’an neuf qui s’avance, un bonheur qu’il espère,
Sous le rayonnement de l’arbre de Noël,
Près du feu pétillant, chacun lève son verre.

La bûche de Noël - Gustave Nadaud

Noël ! la bûche est allumée !
Et je suis seul, chez moi, la nuit.
Causons avec le feu, sans bruit,
Porte fermée.
Il peut trouver longs mes discours ;
Moi, j'estime les siens trop courts.
Noël ! la bûche est allumée !

Noël ! la bûche est allumée !
Ô bûche de Noël, es-tu
Le rameau d'un cèdre abattu
Dans l'Idumée ?
Mais non ; je sais bien qu'autrefois
Tu fus un chêne dans les bois.
Noël ! la bûche est allumée !

Noël ! la bûche est allumée !
Parle-moi de nos jours heureux :
Tu descends des coteaux ombreux,
Tout embaumée,
Apportant dans notre cité
Les parfums du dernier été.
Noël ! la bûche est allumée !

Noël ! la bûche est allumée !
As-tu vu des amants s'asseoir
En attendant l'heure du soir
Accoutumée ?
Chut ! on entend un bruit de pas...
Non : c'est un cerf qui fuit là-bas.
Noël ! la bûche est allumée !

Noël ! la bûche est allumée !
Viendrais-tu pas de la forêt
Où, sans se perdre, s'égarait
Ma bien-aimée ?
Les vieux chênes reverdiront,
La mousse au pied, la feuille au front.
Noël ! la bûche est allumée !

Noël ! la bûche est allumée !
Mais toi, tes destins vont finir :
Allez, bonheur et souvenir,
Cendre et fumée.
Adieu, ma bûche de Noël :
Tout rentre en terre ou monte au ciel.
Noël ! la bûche est consumée !

Noël - Théophile Gautier

Le ciel est noir, la terre est blanche ;
— Cloches, carillonnez gaîment ! —
Jésus est né ; — la Vierge penche
Sur lui son visage charmant.

Pas de courtines festonnées
Pour préserver l’enfant du froid ;
Rien que les toiles d’araignées
Qui pendent des poutres du toit.

Il tremble sur la paille fraîche,
Ce cher petit enfant Jésus,
Et pour l’échauffer dans sa crèche
L’âne et le bœuf soufflent dessus.

La neige au chaume coud ses franges,
Mais sur le toit s’ouvre le ciel,
Et, tout en blanc, le chœur des anges
Chante aux bergers : « Noël ! Noël ! »

Décembre - Louis-Honoré Fréchette

Le givre étincelant, sur les carreaux gelés,
Dessine des milliers d'arabesques informes ;
Le fleuve roule au loin des banquises énormes ;
De fauves tourbillons passent échevelés.

Sur la crête des monts par l'ouragan pelés,
De gros nuages lourds heurtent leurs flancs difformes ;
Les sapins sont tout blancs de neige, et les vieux ormes
Dressent dans le ciel gris leurs grands bras désolés.

Des hivers boréaux tous les sombres ministres
Montrent à l'horizon leurs figures sinistres ;
Le froid darde sur nous son aiguillon cruel.

Evitons à tout prix ses farouches colères ;
Et, dans l'intimité, narguant les vents polaires,
Réchauffons-nous autour de l'arbre de Noël.

La cloche de Noël - Jean-Jacques Ampère

L'air est froid ; dans les cieux la lune brille et fuit ;
La cloche de Noël résonne dans la nuit.

Irai-je dans le temple où s'assemblent mes frères ?
Irai-je vers le Dieu qui consolait mes pères ?
Non, le temple est ouvert aux enfants de la foi,
Et le Dieu qui console est étranger pour moi.
Non, je ne prierai point ; que me fait la prière ?
Moi, j'écoute le vent siffler dans la bruyère.

L'air est froid ; dans les cieux la lune brille et fuit ;
La cloche de Noël résonne dans la nuit.

Voici la nuit du Christ, la nuit miraculeuse :
A cette heure, du ciel la voix mystérieuse
Plane sur le berceau des enfants nouveau-nés ;
Mais cette voix n'est pas pour les infortunés ;
S'ils regardent le ciel il devient noir et sombre,
Et des bruits effrayants les menacent dans l'ombre.

L'air est froid; dans les cieux la lune brille et fuit ;
La cloche de Noël résonne dans la nuit.

Ne priez point pour moi dans le temple rustique,
Ne priez point pour moi dans la chapelle antique,
Ô vous tous qui priez, ne priez point pour moi.
Seulement, si, le coeur saisi d'un vague effroi,
Vous arrêtez vos pas auprès du cimetière,
Pleurez, pleurez les morts et leur froide poussière.

L'air est froid ; dans les cieux la lune brille et fuit ;
La cloche de Noël résonne dans la nuit.

La Noël - Jean Aicard

L'hiver resserre autour du foyer la famille.
Voici Noël. Voici la bûche qui pétille ;
Le « carignié », vieux tronc énorme d'olivier
Conservé pour ce jour, flambe au fond du foyer.
Ce soir, le « gros souper » sera bon, quoique maigre.
On ne servira pas l'anchois rouge au vinaigre,
Non, mais on mangera ce soir avec gaîté
La morue au vin cuit et le nougat lacté,
Oranges, raisins secs, marrons et figues sèches.
Dans un coin les enfants se construisent des crèches,
Théâtres où l'on met des pierres pour décor
Et de la mousse prise aux vieux murs, puis encore
Des arbres faits d'un brin de sauge, et sur ces cimes,
Le long des fins sentiers côtoyant ces abîmes,
Des pâtres et des rois se hâtent vers le lieu
Où vagit, entre l'âne et le bœuf, l'enfant-Dieu.
Lorsque naquit en lui la Parole nouvelle,
Le blé vert égayait la terre maternelle.
Or, dès la Sainte-Barbe, on fait (semé dans l'eau)
Lever pour la Noël un peu de blé nouveau :
Sur des plats blancs on voit, humble, verdir cette herbe,
Gage mystérieux de la future gerbe,
Qui dit : « Aimez. Croyez. Noël ! Voici Noël !
« Je suis le pain de vie et l'espoir éternel. »

Si l'on vit loin les uns des autres dans l'année,
Chacun du champ lointain, de la ville éloignée
Arrive, à la Noël, pour revoir les parents,
Les anciens, les petits qu'on retrouve plus grands ;
Pour boire le muscat dont l'odeur donne envie ;
Pour causer tous ensemble et se conter sa vie,
Pour montrer qu'on n'est pas des ingrats oublieux
Capables de laisser tout seuls mourir les vieux.

« A table ! » - L'on accourt. La sauce aux câpres fume ;
Le nougat luit ;… mais c'est une vieille coutume
Qu'avant de s'attabler on bénisse le feu.

La flamme rose et blanche avec un reflet bleu
Sort de la bûche où dort le soleil de Provence,
Et le plus vieux, avec le plus petit, s'avance :

Ô feu, dit-il, le froid est dur ; sois réchauffant
Pour le vieillard débile et pour le frêle enfant ;
Ne laisse pas souffrir les pieds nus sur la terre ;
Sois notre familier, ô consolant mystère !
Le froid est triste, mais non moins triste est la nuit ;
Et quand tu brilles l'ombre avec la peur s'enfuit ;
Prodigue donc à tous ta lumière fidèle :
Qu'elle glisse partout où l'on souffrit loin d'elle,
Et ne deviens jamais l'incendie, ô clarté !
Ne change pas en mal ta force et ta bonté ;
Ne dévore jamais les toits couverts de paille,
Ni les vaisseaux errants sur la mer qui tressaille,
Rien de ce qu'a fait l'homme, et qu'il eût fait en vain,
Ô feu brillant, sans toi notre allié divin. »

Le vieillard penche un verre, et le vin cuit arrose
La longue flamme bleue au reflet blanc et rose ;
Le carignié mouillé crépite, et tout joyeux,
Constellant l'âtre noir, fait clignoter les yeux.
On s'attable. La flamme étincelante envoie
Aux cristaux, aux regards, ses éclairs et sa joie ;
Le vieux tronc d'olivier qui gela l'autre hiver
Se consume, rêvant au temps qu'il était vert,
Aux baisers du soleil et même à ceux du givre ;
Tel, mourant dans la flamme, il se prend à revivre,
Et l'usage prescrit qu'on veille à son foyer,
Pour que, sans s'être éteint, il meure tout entier.

Noël - Jean Daniel

Gentils pasteurs, qui veillez en la prée,
Abandonnez tout amour terrien,
Jésus est né et vous craignez de rien,
Chantez Noël de jour et de vesprée.
Noël !

Laissez agneaux repaître en la contrée,
Gloire est aux cieux pour l'amour de ce bien
Qui porte paix, amour et entretien ;
Allez le voir, c'est bonne rencontrée.
Noël !

Or est ému tout le pays de Judée,
Pasteurs y vont, ne demandez combien,
Portant présents et de va et de vient ;
Sans celer rien leur bourse fut vidée.
Noël !

La toison d'or qui est emprisonnée
Sera dehors de ce cruel détien
Car Jésus est trop plus nôtre que sien :
Pour la tirer la chose est jà sonnée.
Noël !

Aurora vient que la nuit est finée,
Honnêtement et de très bon maintien
Rompu sera le fier et âpre chien
Portier d'enfer ; sa cause est assignée.
Noël !

Prions Jésus qu'à la sainte journée
Ayons de lui tout appui et soutien.
Vierge Marie, il est nôtre, il est tien,
Compose o lui, que paix nous soit donnée.
Noël !

Noël d’amour - Armand Silvestre

Noël ! — En voyant, dans ses langes
L’enfant radieux que tu fus,
On m’a raconté que les anges
Ont cru voir renaître Jésus.

De l’azur déchirant les toiles,
Ils volèrent du fond des cieux,
A leur front portant des étoiles,
Des fleurs dans leurs bras gracieux.

Devant ton seuil fermant leur aile
Ils chantèrent si doucement
Qu’on eût dit une tourterelle
Qui soupire après son amant.

Et, le long de ta porte close,
Ils laissèrent, en s’en allant,
Le cœur entrouvert d’une rose,
L’urne penchante d’un lys blanc.

On les porta près de ta couche
Sans savoir qui te les offrit ;
La rose resta sur ta bouche
Et sur ton sein le lys fleurit.

Leurs âmes, des cieux exilées,
Demeurèrent dans l’air charmé
Et, de leurs haleines mêlées,
Se fît ton souffle parfumé.

Ensuite vinrent les Rois Mages
Par le vol des anges trompés,
Pour t’offrir aussi leurs hommages
Dans des coffrets enveloppés.

Barbus comme des patriarches
Et mis comme des nécromans,
Ils déposèrent sur les marches
Des perles et des diamants.

A ton berceau des mains portèrent
Pour toi ces bijoux précieux ;
Les perles à tes dents restèrent
Et les diamants dans tes yeux.

Moi, je ne suis que l’humble pâtre
Après les Anges et les Rois
Qui vient s’agenouiller à l’âtre.
Une fleur morte entre les doigts !

Le Noël des paysans - Pierre Dupont

Noël ! des étables aux granges,
Chantez vallons, dansez hauteurs !
Jésus descend, quitte ses anges,
Pour le boeuf, l'âne et les pasteurs.

En attendant la messe, on veille,
On babille, on chante un Noël ;
Dans les récits de la plus vieille
La jeune met son grain de sel.
Garçons joufflus, que l'on s'empresse,
Tout frais rasés, vêtus de drap ;
Filles en blanc, vite à la messe,
Une étoile vous guidera.

Noël ! des étables aux granges,
Chantez vallons, dansez hauteurs !
Jésus descend, quitte ses anges,
Pour le boeuf, l'âne et les pasteurs.

Dig ding dong ! l'église est jolie :
(Racontons ce que nous voyons)
De beaux habits toute remplie,
De cire blanche et de rayons.
Au fond, dans une niche en verre,
Dort sur la paille un doux Jésus :
Rois et bergers sont en prière,
L'âne et le boeuf soufflent dessus.

Noël ! des étables aux granges,
Chantez vallons, dansez hauteurs !
Jésus descend, quitte ses anges,
Pour le boeuf, l'âne et les pasteurs.

Quand à la file on communie,
L'orgue joue un air de hautbois ;
Quand toute la messe est finie,
On s'éparpille dans les bois.
Il fait si doux ! l'âme est contente,
J'entends un amoureux qui dit :
« Cette nuit le rossignol chante,
La rose a fleuri cette nuit. »

Noël ! des étables aux granges,
Chantez vallons, dansez hauteurs !
Jésus descend, quitte ses anges,
Pour le boeuf, l'âne et les pasteurs.

Allons ! rentrons car il grésille.
Dit un vieillard en grelottant,
La bûche de Noël pétille
Et le réveillon nous attend.
Respectons la vieille coutume,
Mes beaux amoureux, buvez frais,
Mangez le boudin quand il fume,
Vous vous embrasserez après.

Noël ! des étables aux granges,
Chantez vallons, dansez hauteurs !
Jésus descend, quitte ses anges,
Pour le boeuf, l'âne et les pasteurs.

Jésus fait dans notre nuit noire,
Pauvres gens ! luire une clarté ;
À sa santé nous devons boire,
Avec lui naît l'égalité.
Grands et puissants à mine altière,
Donnez s'il vous plaît un regard
Au roi du ciel et de la terre,
Né sur la paille d'un hangar.

Noël ! des étables aux granges,
Chantez vallons, dansez hauteurs !
Jésus descend, quitte ses anges,
Pour le boeuf, l'âne et les pasteurs.

L’Aumône de Noël - François Coppée

La messe nocturne est dite.
Que d’étoiles dans le ciel !
Comme il gèle ! Rentrons vite.
La rude nuit de Noël !

Chacun du froid se protège
En fermant porte et rideaux.
Sous leurs capuchons de neige
Les maisons font le gros dos.

On se couche avec angoisse
Dans les lits mal bassinés.
Les vitraux de la paroisse
Ne sont pas illuminés.

Tout dort. Qu’il est solitaire,
Le hameau silencieux !
Les astres, avec mystère,
Ont l’air de cligner des yeux.

Mais, chut ! L’ange va descendre
Des profondeurs du ciel noir.
Tous les enfants dans la cendre
Ont mis leurs souliers, ce soir.

Comme les autres années,
Il vient, lumineux et doux,
Jeter par les cheminées
Cadeaux, bonbons et joujoux.

Mais, ayant fait son message,
Tout à coup il aperçoit,
Là-bas, au bout du village,
Sous la neige, un humble toit.

Ce lieu désert, c’est l’unique
Où l’ange n’ait point plané...
Et plus rien dans sa tunique !
Le prodigue a tout donné.

Précisément, une aïeule,
Fileuse aux maigres profits,
Élève ici, pauvre et seule,
Son arrière-petit-fils.

Leur indigence est extrême :
Rien dans l’armoire en noyer ;
Et l’enfant a mis quand même
Ses sabots dans le foyer.

Les anges ― quelle disgrâce ! ―
N’ont jamais d’argent sur eux.
Faut-il que celui-ci passe
Sans aider les malheureux ?

Se peut-il que Dieu le veuille ?
Non. Le séraphin charmant
Reprend son essor et cueille
Une étoile au firmament.

En la touchant, il la change
En un large écu d’or fin,
Qu’il va porter, le bon ange,
Au foyer de l’orphelin.

Au Paradis, sa patrie,
Il rentre, et se sent confus
Devant la Vierge Marie
Qui porte l’enfant Jésus.

Mais l’Enfant, qui le rassure,
Levant son joli bras rond,
Prend l’étoile la plus pure
Que sa mère ait sur le front,

Et, la donnant avec grâce,
Dans un doux geste enfantin :
« Va, dit-il, la mettre en place
Avant le petit matin. »

... Or, par les minuits sans voile,
Depuis, le monde savant
S’étonne que cette étoile
Brille plus qu’auparavant.

Mon Sabot de Noël - Émile Nelligan

I

Jésus descend, marmots, chez vous,
Les mains pleines de gais joujoux.
Mettez tous, en cette journée,
Un bas neuf dans la cheminée.
Et soyez bons, ne pleurez pas…
Chut ! voici que viennent ses pas.
Il a poussé la grande porte,
Il entre avec ce qu'Il apporte…
Soyez heureux, ô chérubins !
Chefs de Corrège ou de Rubens…
Et dormez bien parmi vos langes,
Ou vous ferez mourir les anges.
Dormez, jusqu'aux gais carillons
Sonnant l'heure des réveillons.

II

Pour nous, fils errants de Bohème,
Ah ! que l'Ennui fait Noël blême !
Jésus ne descend plus pour nous,
Nous avons eu trop de joujoux.
Mais c'est mainte affre nouveau-née
Dans l'infernale cheminée.
Nous avons tant de désespoir
Que notre sabot en est noir.
Les meurt-de-faim et les artistes
N'ont pour tout bien que leurs cœurs tristes.

Noëls ! - Louis-Honoré Fréchette

Le lourd battant de fer bondit dans l'air sonore,
Et le bronze en rumeur ébranle ses essieux…
Volez, cloches, grondez, clamez, tonnez encore,
Chantez paix sur la terre et gloire dans les cieux !

Sous les dômes ronflants des vastes basiliques,
L'orgue répand le flot de ses accords puissants ;
Montez vers l'Éternel, beaux hymnes symboliques,
Montez avec l'amour, la prière et l'encens !

Enfants, le doux Jésus vous sourit dans ses langes ;
A vos accents joyeux laissez prendre l'essor ;
Lancez vos clairs noëls : là-haut les petits anges
Pour vous accompagner penchent leurs harpes d'or.

Blonds chérubins chantant à la lueur des cierges,
Cloche, orgue, bruits sacrés que le ciel même entend,
Sainte musique, au moins, gardez chastes et vierges,
Pour ceux qui ne croient plus, les légendes d'antan.

Et quand de l'an nouveau l'heure sera sonnée,
Sombre airain, cœurs naïfs, claviers harmonieux,
Pour offrir au Très-Haut l'aurore de l'année,
Orgues, cloches, enfants, chantez à qui mieux mieux !

Noël - Paul Verlaine

Petit Jésus qu'il nous faut être,
Si nous voulons voir Dieu le Père,
Accordez-nous d'alors renaître

En purs bébés, nus, sans repaire
Qu'une étable, et sans compagnie
Qu'une âne et qu'un bœuf, humble paire ;

D'avoir l'ignorance infinie
Et l'immense toute-faiblesse
Par quoi l'humble enfance est bénie ;

De n'agir sans qu'un rien ne blesse
Notre chair pourtant innocente
Encor même d'une caresse,

Sans que notre œil chétif ne sente
Douloureusement l'éclat même
De l'aube à peine pâlissante,

Du soir venant, lueur suprême,
Sans éprouver aucune envie
Que d'un long sommeil tiède et blême...

En purs bébés que l'âpre vie
Destine, — pour quel but sévère
Ou bienheureux ? — foule asservie

Ou troupe libre, à quel calvaire ?

Les sapins - Guillaume Apollinaire

Les sapins en bonnets pointus
De longues robes revêtu
Comme des astrologues
Saluent leurs frères abattus
Les bateaux qui sur le Rhin voguent

Dans les sept arts endoctrinés
Par les vieux sapins leurs aînés
Qui sont de grands poètes
Ils se savent prédestinés
A briller plus que des planètes

A briller doucement changés
En étoiles et enneigés
Aux Noëls bienheureuses
Fêtes des sapins ensongés
Aux longues branches langoureuses

Les sapins beaux musiciens
Chantent des noëls anciens
Au vent des soirs d'automne
Ou bien graves magiciens
Incantent le ciel quand il tonne

Des rangées de blancs chérubins
Remplacent l'hiver les sapins
Et balancent leurs ailes
L'été ce sont de grands rabbins
Ou bien de vieilles demoiselles

Sapins médecins divagants
Ils vont offrant leurs bons onguents
Quand la montagne accouche
De temps en temps sous l'ouragan
Un vieux sapin geint et se couche

Des livres ? Soit… - Sabine Sicaud

Des livres ? Soit. Mais en hiver.
Que le jardin soit gris, la vitre grise !
Que la brise, dehors, soit de la bise
Et la chaleur, dedans, celle de tisons clairs.

Des livres… Mais un ciel de Londres
Et des larmes, sur les carreaux, en train de fondre…

Manteaux sentant le vétiver –
Chats en boule, manchons, marrons, l’hiver !

Alors, si vous voulez, un livre – pas des livres –
Un seul, mais beau comme le printemps vert,
L’été doré, le rouge automne grand ouvert,
Plein d’oisillons bavards et de papillons ivres !

Lequel m’offrirez-vous, lequel
M’apportera cela, demain, père Noël ?

Des images, bien sûr… C’est le temps des images.
Saluons-nous, Bergers, Rois Mages !
Et des contes… Bonjour, prince Charmant !
Et de l’histoire… – que vois-je, mais autrement –
Et des voyages… que me gâtent les naufrages !
Père Noël, père Noël, ne cachez-vous
Dans votre hotte, un brin de houx,
Dans votre barbe, un grain de givre ?

Ne remplaceraient-ils ce gros livre, entre nous ?
Mon livre à moi n’est pas un livre
Comme ceux qu’on imprime, et, jusqu’au bout,
Vos feuillets bien coupés, je ne pourrais les suivre.

On ne lit pas un conte… On s’en souvient.
Je l’écoute, brodé par les flammes dansantes,
Ceux qu’on ne me dit pas, je les invente !

L’Histoire ? Un conte aussi. Pour les voyages, rien,
Rien, sachez-le, ne me retient
Si quelque oiseau bleu me fait signe.

Quant aux poèmes… soit. Nous attendrons l’été.
L’été n’a pas besoin de rimes qui s’alignent.
Attendons seulement le pourpre velouté
De cette rose que je sais, près de la vigne…

Messe de minuit - Louis-Honoré Fréchette

C'est Noël. Bébé dort sous ses tentures closes,
Rêvant, les poings fermés sur ses yeux alourdis,
De beaux jouets dorés, de fleurs fraîches écloses
Dans les jardins du paradis.

Au dehors on entend des voix ; la foule passe,
Calme, écoutant au loin le clocher plein de bruit,
Qui jette sa clameur sonore dans l'espace
À tous les échos de la nuit.

Maîtres et serviteurs, qu'un symbole égalise,
De crainte d'éveiller le bébé rose et frais,
Pieux et recueillis, pour se rendre à l'église,
Passent le seuil à pas discrets.

Il est minuit bientôt. Seule, la jeune mère
Reste auprès du berceau que son amour défend,
Oubliant tout, chagrins, soucis, la vie amère,
Pour ne songer qu'à son enfant.

Il est là sous ses yeux, son trésor, qui sommeille,
Innocent et serein, tandis qu'au ciel profond
Resplendit pour lui seul la vision vermeille
Que les blonds chérubins lui font.
La mère enfin se lève, anxieuse, attentive,
Et, dans les petits bas au chevet suspendus,
D'une main tout émue elle glisse, furtive,
Joujoux et bonbons confondus.

Puis, tombant à genoux, jusqu'aux pleurs attendrie,
Plus folle que son fils, plus riche que Crésus,
Murmure en son orgueil : – Comme vous, ô Marie,
J'ai mon petit Enfant-Jésus !

Les oies inquiètes - Gaston Couté

Les oies qui traînent dans le bourg
Ainsi que des commères grasses
Colportant les potins du jour,
En troupeaux inquiets s’amassent.
Un gros jars qui marche devant
Allonge le cou dans la brume
Et frissonne au souffle du vent
De Noël qui gonfle ses plumes…

Noël ! Noël !
Est-ce au ciel
Neige folle
Qui dégringole,
Ou fin duvet d’oie
Qui vole.

Leur petit œil rond hébété
A beau s’ouvrir sans trop comprendre
Sur la très blanche immensité
D’où le bon Noël va descendre,
A la tournure du ciel froid,
Aux allures des gens qui causent,
Les oies sentent, pleines d’effroi,
Qu’il doit se passer quelque chose.

Les flocons pâles de Noël
– Papillons de l’Hiver qui trône –
Comme des présages cruels
S’agitent devant leur bec jaune,
Et, sous leur plume, un frisson court
Qui, jusque dans leur chair se coule.
L’heure n’est guère aux calembours,
Mais les oies ont la chair de poule.

Crrr ! … De grands cris montent parmi
L’aube de Noël qui rougeoie
Comme une Saint-Barthélemy
Ensanglantée du sang des oies ;
Et, maintenant qu’aux poulaillers
Les hommes ont fini leurs crimes,
Les femmes sur leurs devanciers
Dépouillent les corps des victimes.

Ballade des proverbes - François Villon

Tant gratte chèvre que mal gît,
Tant va le pot à l'eau qu'il brise,
Tant chauffe-on le fer qu'il rougit,
Tant le maille-on qu'il se débrise,
Tant vaut l'homme comme on le prise,
Tant s'élogne-il qu'il n'en souvient,
Tant mauvais est qu'on le déprise,
Tant crie-t'on Noël qu'il vient.

Tant parle-on qu'on se contredit,
Tant vaut bon bruit que grâce acquise,
Tant promet-on qu'on s'en dédit,
Tant prie-on que chose est acquise,
Tant plus est chère et plus est quise,
Tant la quiert-on qu'on y parvient,
Tant plus commune et moins requise,
Tant crie-t'on Noël qu'il vient.

Tant aime-on chien qu'on le nourrit,
Tant court chanson qu'elle est apprise,
Tant garde-on fruit qu'il se pourrit,
Tant bat-on place qu'elle est prise,
Tant tarde-on que faut l'entreprise,
Tant se hâte-on que mal advient,
Tant embrasse-on que chet la prise,
Tant crie-t'on Noël qu'il vient.

Tant raille-on que plus on n'en rit,
Tant dépent-on qu'on n'a chemise,
Tant est-on franc que tout y frit,
Tant vaut "Tiens !" que chose promise,
Tant aime-on Dieu qu'on fuit l'Eglise,
Tant donne-on qu'emprunter convient,
Tant tourne vent qu'il chet en bise,
Tant crie-t'on Noël qu'il vient.

Prince, tant vit fol qu'il s'avise,
Tant va-il qu'après il revient,
Tant le mate-on qu'il se ravise,
Tant crie-t'on Noël qu'il vient.

Un Noël d'Allemagne - Henri-Frédéric Amiel

Enfants et fleurs, vous, grâce de la vie,
Calices purs d'innocence et d'amour,
Voici Noël ! Noël tous nous convie,
Mais vous surtout êtes rois en ce jour.
Au ciel, enfants, dérobez son sourire,
Fleurs, à la terre empruntez vos couleurs ;
Notre allégresse auprès de vous s'inspire,
Enfants et fleurs !

Enfants et fleurs, ô suave rosée,
D'un Dieu clément envoi mystérieux,
Vous ignorez pour toute âme embrasée
Quelle fraîcheur vous distillez des cieux !
Un vent plus doux vient caresser la lyre,
Du cœur blessé vous calmez les douleurs ;
Tout reverdit à votre aimable empire,
Enfants et fleurs !

Enfants et fleurs, par quels magiques charmes,
Vous, chers aux bons, mais aux méchants jamais,
Au repentir arrachez-vous des larmes,
A l'espérance apportez-vous la paix ?
Serait-ce hélas ! que, miroirs sans nuage,
Purs de toute ombre et non ternis de pleurs,
D'un ciel perdu vous reflétez l'image,
Enfants et fleurs ?

Sainte au front pâle et couronné d'étoiles,
A l'œil profond comme l'éternité,
Fille de Dieu qui lis en Dieu sans voiles,
Descends vers nous, chaste Sérénité ;
Sur un berceau tu mis ton auréole,
Dans un rayon consume nos langueurs ;
Et, pur encens, que notre âme à Dieu vole,
Enfants et fleurs.

Joyeux Noël à tous - Clément Clarke Moore

C'était la nuit de Noël, un peu avant minuit,
À l'heure où tout est calme, même les souris.
On avait pendu nos bas devant la cheminée,
Pour que le Père Noël les trouve dès son arrivée.

Blottis bien au chaud dans leurs petits lits,
Les enfants sages s'étaient déjà endormis.
Maman et moi, dans nos chemises de nuit,
Venions à peine de souffler la bougie,
Quand au dehors, un bruit de clochettes,
Me fit sortir d'un coup de sous ma couette.

Filant comme une flèche vers la fenêtre,
Je scrutais tout là haut le ciel étoilé.
Au dessus de la neige, la lune étincelante,
Illuminait la nuit comme si c'était le jour.

Je n'en crus pas mes yeux quand apparut au loin,
Un traîneau et huit rennes pas plus gros que le poing,
Dirigés par un petit personnage enjoué :
C'était le Père Noël je le savais.

Ses coursiers volaient comme s'ils avaient des ailes.
Et lui chantait, afin de les encourager :
« Allez Tornade !, Allez Danseur ! Allez , Furie et Fringuant !
En avant Comète et Cupidon ! Allez Eclair et Tonnerre !
Tout droit vers ce porche, tout droit vers ce mur !
Au galop au galop mes amis ! au triple galop ! »

Pareils aux feuilles mortes, emportées par le vent,
Qui montent vers le ciel pour franchir les obstacles ,
Les coursiers s'envolèrent, jusqu'au dessus de ma tête,
Avec le traîneau, les jouets et même le Père Noël.

Peu après j'entendis résonner sur le toit
Le piétinement fougueux de leurs petits sabots.
Une fois la fenêtre refermée, je me retournais,
Juste quand le Père Noël sortait de la cheminée.

Son habit de fourrure, ses bottes et son bonnet,
Etaient un peu salis par la cendre et la suie.
Jeté sur son épaule, un sac plein de jouets,
Lui donnait l'air d'un bien curieux marchand.

Il avait des joues roses, des fossettes charmantes,
Un nez comme une cerise et des yeux pétillants,
Une petite bouche qui souriait tout le temps,
Et une très grande barbe d'un blanc vraiment immaculé.

De sa pipe allumée coincée entre ses dents,
Montaient en tourbillons des volutes de fumée.
Il avait le visage épanoui, et son ventre tout rond
Sautait quand il riait, comme un petit ballon.

Il était si dodu, si joufflu, cet espiègle lutin,
Que je me mis malgré moi à rire derrière ma main.
Mais d'un clin d'oeil et d'un signe de la tête,
Il me fit comprendre que je ne risquais rien.

Puis sans dire un mot, car il était pressé,
Se hâta de remplir les bas, jusqu'au dernier,
Et me salua d'un doigt posé sur l'aile du nez,
Avant de disparaître dans la cheminée.

Je l'entendis ensuite siffler son bel équipage.
Ensemble ils s'envolèrent comme une plume au vent.
Avant de disparaître le Père Noël cria :
« Joyeux Noël à tous et à tous une bonne nuit. »

J’espère de cette sélection des poèmes les plus beaux et les plus connus sur Noël vous a plu. Joyeux Noël et bonnes fêtes de fin d'année !

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